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Techno

W. Afate, l'imprimante 3D togolaise

Par Par Emmanuelle Sodji le 9 Décembre 2015

Il y a trois ans, au Togo, ouvrait le premier espace consacré à une communauté NTIC. Tout un chacun peut y concrétiser un projet high-tech, grâce à une approche collaborative. Ce « WoeLab » fait parler de lui depuis la création d’une imprimante 3D à partir de déchets informatiques, récupérés sur des unités centrales, des imprimantes et des scanners.



Crédits / DR
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"C’est la première contribution de l’Afrique à l’aventure de l’impression 3Dˆ", avance fièrement le jeune Togolais Sénamé KoŒ Agbodjinou, l’initiateur de ce petit laboratoire de fabrication numérique. Cette innovation inspirée de la Prusa Mendel (l’imprimante 3D la plus épurée et la plus simple à construire) lui a récemment valu de figurer au palmarès des 30 meilleurs concepts – sur près de 700 projets développés partout dans le monde – lors du dernier International Space Apps Challenge, en avril 2013. Et de décrocher le premier prix du Space Apps Challenge Paris, une distinction qui récompense cette recherche sur les moyens de délocaliser hors terre les dépotoirs informatiques via le développement d’une nouvelle génération de machines autonomes. En l’occurrence des appareils fabriqués à base de déchets recyclés, en vue des prochaines missions spatiales de la Nasa. Cette nouvelle imprimante 3D s’appelle W.AFATE. Le W évoque le nom de cette communauté numérique «­WoeLab­» – «­woe­» qui signifie «­fais-le­» en langue locale (l’ewe) et «­lab­» pour laboratoire – et «­Afate­» est le nom de l’inventeur et autre pionner de cet open-space. «­Nous proposons d’accompagner les populations modestes dans cette reconquête du pouvoir de transformation de la ville et de la vie, grâce à un apport “Low High Tech”­», a‘rme Sénamé, le créateur de ce lieu atypique, anthropologue et architecte de formation. «­Si le Low High Tech apparaît un peu comme le vaccin, l’instrument pour l’inoculer est l’association originale Camp+Lab. Nous avons ainsi décliné BarCamps et FabLabs, ces deux approches révolutionnaires du collaboratif venant des Etats-Unis, en ArchiCamp et WoeLab, tentatives de leur adaptation aux réalités africaines­». 

Une implication collective

Pour la petite histoire, lors de l’ArchiCamp de Lomé, en 2013, les deux inventeurs de l’imprimante DOM (3D) issus du FabLab de Cergy-Pontoise, en région parisienne, sont venus assembler un prototype pour le laboratoire technologique togolais. L’autre objectif, au cours de leur séjour, était de former quelques utilisateurs, notamment Afate, très actif au sein du WoeLab de Lomé, et qui déjà travaillait avec acharnement sur l’imprimante 3D écologique, mais en partant de loin, comme le confirme Clément Chappert, co-inventeur de l’imprimante DOM : «‚Le FabLab togolais n’est pas très équipé : pas de découpe laser, connexion Internet capricieuse, une foreuse qui ne fonctionne pas. Mais ces manques matériels sont très largement compensés par la volonté de son équipe de proposer des projets et d’impliquer tout le monde : ateliers informatiques, impression 3D, stage de réflexion sur l’aménagement, l’architecture et les nouvelles technologies. Cela contraste avec certains FabLabs qui laissent leurs usagers s’initier à diˆérentes technologies, mais sans réelle finalité.‚»
Crédits / DR
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Incubateur de communautés

Et pourtant, Afate, qui n’avait de sa vie vu qu’une seule et unique imprimante 3D, la classique Prusa Mendel, en participant à son montage, mettra moins de neuf mois pour créer sa propre machine, soit deux fois moins de temps que la plupart des hackers pour inventer une nouvelle imprimante. Le WoeLab utilise la Toile mondiale pour relever le défi que s’est lancé le jeune passionné de NTIC, notamment grâce au système de fundraising, en communiquant sur la plate-forme du plus grand site de financement participatif européen, Ulule. Ce crowdfunding lui a permis de récolter en quelques semaines tous les moyens nécessaires à la construction de cette imprimante.

Le WoeLab, dopé par cette réussite, a lancé d’autres projets de conception, comme la fabrication, en mai dernier de «‚Jerry Do It Yourself‚», un ordinateur fabriqué avec des composants informatiques recyclés (carte mère, processeur, disque…), assemblés dans un bidon de 20 litres. Ou le projet sur lequel on fait tourner une application open source, un logiciel libre de droits utilisateur, comme le système Linux. Ou encore l’Open Street Map de cartographie libre et collaborative. Le WoeLab de Lomé est en bonne voie pour devenir un incubateur de communautés, de start-up sociales, dans le domaine du Low High Tech. Prochaine étape pour ce lieu atypique de démocratie technologique : faire émerger de grandes entreprises innovantes grâce à des projets de jeunes Togolais portés par une intelligence collective. Cette nouvelle technologie de proximité, spécialisée dans le recyclage, peut trouver d’excellents débouchés dans les pays en transition, et surtout sur un continent comme l’Afrique, champion forcé de la lutte contre l’obsolescence programmée. 



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