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Un fonds souverain pour le Togo

Par Michel Tobias le 8 Juin 2016

En lançant la holding d’Etat Togo Invest Corporation, le gouvernement togolais dévoile un pan de sa nouvelle stratégie économique.



Un fonds souverain pour le Togo
 Sans doute faut-il considérer la création de Togo Invest Corporation comme un signal fort – pourtant passé presque inaperçu –, qui préfigure la nouvelle stratégie économique du gouvernement togolais. Créé par décret présidentiel le 14 novembre 2012 et lancé officiellement à Lomé le 29 mai 2013, il s’agit d’un fonds souverain, sous la forme juridique de holding publique, doté d’un capital de 20 milliards de francs CFA. A ce jour, 5 milliards ont été libérés par l’Etat, qui détient 100 % des parts.

Cette initiative née au sein des services de la présidence souligne clairement les ambitions économiques du président togolais, Faure Gnassingbé. « Il est temps pour le Togo de profiter de sa situation géographique, de sa position stratégique », a-t-il déclaré au cours de la cérémonie de lancement, à laquelle participaient l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote et le patron français Claude Peyrot, qui sont membres du conseil d’administration de cette institution unique en son genre en Afrique francophone.

Il suffit de parcourir la liste des membres de ce conseil pour comprendre que les Togolais ont voulu mettre la barre très haut et donner une dimension internationale à Togo Invest. Présidé par l’ancien ministre togolais Barry Moussa Barqué, il comprend ainsi, outre le magnat nigérian et le patron français, les hommes d’affaires ghanéen sir Sam Jonah et sud-africain Thulani Gcabashe, et, parmi les personnalités togolaises, l’ancien ministre
Seth Kokou Gozan et Ignace Clomegah. 

UN CORRIDOR DE DÉVELOPPEMENT

Togo Invest a pour mission la réalisation d’un important corridor de transport, qui doit relier le port autonome de Lomé à la localité de Cinkassé, à l’extrême nord du pays, à la frontière avec le Burkina Faso, sur une distance d’environ 760 km. Comme l’explique Guy Lorenzo, conseiller économique du président togolais, « cette institution va être l’instrument du gouvernement pour nouer des partenariats public-privé dans le cadre de la construction d’un chemin de fer, d’un réseau routier viable, d’un terminal minéralier, ainsi que d’autres infrastructures qui doivent permettre d’accélérer le développement économique
et social le long du corridor ». Une centrale thermique et un réseau de télécommunications à larges bandes intégré au chemin de fer viendront compléter le dispositif.

Pour la présidence togolaise, la création de ce fonds s’inscrit dans le cadre d’un programme économique ambitieux qui vise à pousser le Togo vers un taux de croissance à deux chiffres d’ici à 2015. « L’originalité du projet est que ce chemin de fer ne servira pas seulement pour le transport des minerais. Il nous permettra de développer véritablement notre économie. Et il sera financé par des ressources minières que nous avons longtemps négligées ou que nous n’avons pas pu exploiter, parce que la rentabilité n’était pas assurée », indique Faure Gnassingbé.

Dans un premier temps, Togo Invest va financer les études de faisabilité de chaque élément du projet, dont le premier sera probablement la ligne de chemin de fer. « Le gouvernement a choisi de financer lui-même les études, avant de lancer les appels d’offres, détaille une source proche du dossier. En général, ce sont les opérateurs retenus à l’issue d’un appel d’offres qui financent les études de faisabilité. Mais le Togo va faire appel à des cabinets d’experts indépendants hautement qualifiés. Par ailleurs, sur chaque projet, nous serons impliqués en étant actionnaires à un niveau significatif, afin de préserver les intérêts de l’Etat et des populations et de faire prendre en compte les aspects sociaux. Par exemple, concernant le chemin de fer, il sera nécessaire que les zones traversées bénéficient des retombées du projet. »
Le gouvernement souligne également que le corridor de développement au Togo aura une portée sous-régionale. Il permettra notamment aux pays de l’hinterland en quête de débouchés maritimes d’acheminer différents types de fret au départ et à destination du port autonome
de Lomé. « L’organisation et le fonctionnement de Togo Invest Corporation sont calqués sur le modèle des holdings d’Etat des pays de l’OCDE et accordent une place centrale à la transparence et à la rigueur dans la gestion », précise Guy Lorenzo.

Le chef de l’Etat togolais, qui s’est personnellement impliqué dans ce projet, a exhorté les parties prenantes à faire de Togo Invest un modèle en matière de gouvernance d’entreprise. « Si cette holding
n’est pas gérée en respectant les critères internationaux, il est sûr que nous ne pourrons pas attirer les investisseurs privés dont nous avons besoin. Ils ne viendront pas
si nous sommes continuellement dans l’instabilité et dans les désordres sociaux ou s’ils ne trouvent pas une main-d’œuvre qualifiée dans notre pays», explique Faure Gnassingbé. 

SORTIR LE TOGO DES PMA

Le programme économique mis en place par le gouvernement pour 2011-2015 parie sur l’accélération de la croissance, la promotion
de l’emploi et ce qu’il appelle « l’inclusion sociale », dans un contexte qui reste marqué par un taux de pauvreté élevé (58,7 %), un taux de chômage de l’ordre de 3,5 % et un
taux de sous-emploi estimé à 29,1 %. Autant d’indicateurs qui maintiendront le Togo, si rien n’est fait, dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA) jusqu’en 2030. « Une thérapie de choc s’impose donc comme une nécessité si le Togo veut parvenir à un taux de croissance bien supérieur à 7 %, le minimum requis
selon les spécialistes du développement pour inverser de manière significative les tendances en matière de pauvreté », pointent encore les experts économiques du gouvernement.

Ainsi, le Conseil présidentiel pour l’investissement, mis en place par le président togolais en janvier 2011, avait préconisé dans cette optique une approche basée sur le modèle du corridor de développement. La position géographique du Togo, qui dispose du seul port en eau profonde de la sous- région, représente de ce point de vue un atout stratégique.
Togo Invest engagera des investissements et prendra des actions, y compris des actifs constitués d’éléments du patrimoine de l’Etat, dans diverses sociétés privées, pour aider le gouvernement togolais à réaliser ce corridor.
                                                         
 
Publié en septembre 2013
 
 
 



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