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Rédigée le 1 Février 2016

Tous mes vœux de bonheur


Si je vous dis que le bonheur est idéal en Afrique, comprenez que c’est au sens rimbaldien du terme. C’est-à-dire que c’est plus une idée qu’une réalité. Du moins, c’est ce qui apparaît à la lecture du rapport d’experts indépendants dont Jerey Sachs, directeur de l’Institut de la terre à l’université Columbia à New York, est un bon ami de notre journal Forbes Afrique (publié le 23 avril 2015 à New York).

Les critères choisis pour classifier 158 pays sont : espérance de vie en bonne santé, PIB par habitant, soutien social (quelqu’un sur qui compter), confiance, c’est-à-dire perception de non-corruption en politique ou dans les a­ffaires, perception de liberté dans ses choix de vie, générosité. Ne cherchez pas un pays africain dans le top 10 inchangé depuis deux ans, avec de légères modifications de rangs : Suisse, Islande, Danemark, Norvège, Canada, Finlande, Pays-Bas, Suède, Nouvelle-Zélande, Australie. En quelque sorte, pour vivre heureux, vivons au Nord, les pays scandinaves étant au sommet de la pyramide. Une honorable 15e place situe les Etats-Unis parmi les 10 % de tête. Que dire des ténors de l’Europe qui s’agglutinent dans cette espèce de ventre mou du top 50 : Royaume-Uni 21e , Allemagne 26e , France 29e , Espagne 36e , Italie 50e , la Grèce arrachant une inattendue 102e place parce qu’on l’aurait imaginée 158e . Sans barguigner plus longtemps, allons droit à notre but, l’Afrique. Sans surprise, elle est bonne dernière. Mais une belle surprise, la Libye serait le pays le plus heureux d’Afrique avec son inattendue 63e place. Le rapport est bien de 2015… On s’interroge ! Des apparitions sporadiques jusqu’à la centième place (68 Algérie, 71 île Maurice, 78 Nigeria, 85 Zambie, 91 Somalie, 92 Maroc, 94 Mozambique, 97 Lesotho), puis la cavalcade des bons derniers, ceux qui chanteraient la ballade des « pas-heureux ». And the winner is… Togo, 158e . Parmi les dix derniers, il y aurait huit pays africains (157 Burundi, 155 Bénin, 154 Rwanda, 152 Burkina Faso, 151 Côte d’Ivoire, 150 Guinée, 149 Tchad). Seuls la Syrie (156) et l’Afghanistan (153) viennent fort logiquement s’encastrer dans cette jungle noire, vu l’horreur humanitaire qui y sévit depuis des années.

Certaines de ces données peuvent paraître fantaisistes. On peut hasarder des explications pour tel ou tel pays. La majorité hutu du Rwanda, se pensant lésée, peut avoir fortement pesé sur le classement. Il pourrait en aller de même pour la Côte d’Ivoire et le ressentiment que les pouvoirs publics n’ont pas réussi à juguler. Mais que penser des autres ? De la 142e place du Sénégal. On peut une fois de plus se réfugier derrière la malveillance internationale. Mais l’explication sonnerait court ou comme la solution de facilité. Peut-être est-ce tout simplement une autre manifestation de cette haine de soi, de cette autoflagellation, de ce misérabilisme qui font que l’Africain est heureux quand il est à plaindre, qu’il revendique les dernières places ? Mais dans ce domaine aussi, les choses avancent. Les classes moyennes se multiplient, la fierté gagne du terrain et cette jeunesse qui court vers la consommation et le bien-être n’acceptera plus bientôt de revêtir les oripeaux de la misère qu’aff­ectionnaient tant leurs aînés.
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