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Tonjé Bakang une détermination à tous crins

Par Fleur-Jennifer Ntoko Moussio le 1 Septembre 2015

Qui n’a jamais regretté de ne pas pouvoir accéder à tel ou tel film afro sur la Toile ou de ne trouver que peu de films afro au cinéma ?
Grâce à Afrostream, l’accès au meilleur du cinéma afro en ligne devient possible – les Africains pouvant enfin s’identifier à des personnages fictifs qui ont le bon rôle, avec, pour une fois, un « happy ending ».
Le fondateur et PDG de cette plateforme de téléchargement s’appelle Tonjé Bakang, un Franco-Camerounais de 35 ans.



Dans l’univers du divertissement, il est l’étoile filante qui n’est pas prête d’arrêter de briller. PDG du site Afrostream, la plateforme de vidéos en ligne dédiée au cinéma et séries afro-caribéennes, Tonjé Bakang (T.O.) a le vent en poupe.
Que ce soit pour son partenariat avec la plateforme de vidéos à la demande MyTF1 VOD, pour Inspir’Talks 3, un talk-show dédié à la culture, ou encore pour le lancement de son site Afrostream, T.O. n’a pas une minute à lui. 
Nous sommes tout de même allés à la rencontre de cet autodidacte qui fait ces derniers mois les gros titres sur la Toile.
 

SON PARCOURS

Tonjé Bakang est un jeune entrepreneur de 34 ans qui a toujours évolué dans le monde du divertissement et de l’audiovisuel. 
A l’heure où certains passaient leurs vacances au soleil, ce « mercenaire du travail », comme il se surnomme, lui, était stagiaire sur des tournages de films d’auteurs indépendants. 
Rapidement, il évolue. « J’ai continué mes aventures dans l’audiovisuel, en étant toujours une petite main sur les tournages de clips. J’ai été régisseur puis producteur exécutif. J’ai aussi été réalisateur et photographe d’artiste », raconte-t-il. up, ce jeune entrepreneur, qui a grandi dans l’Hexagone, a importé ce concept en France. Créateur du Comic Street Show, il a notamment contribué à révéler des talents comme Patson, Thomas Ngijol ou Fabrice Eboué… Producteur de la pièce de théâtre Couscous aux lardons, pièce sur la mixité, via une histoire d’amour entre une catholique et un musulman, il a connu six années de succès.
Riche de toutes ces expériences, il a ainsi créé Afrostream.

UN MARCHÉ EN EXPANSION

« Afrostream, c’est la continuité de la défense d’une culture, d’un point de vue,  d’un regard différents », affirme T.O. La start-up a décidé de se positionner sur un marché quelque peu abandonné des distributeurs occidentaux. Mais, tout comme le continent africain, le 7e art à la sauce afro est en plein développement. Les productions afro-américaines par exemple, certes peu relayées par les distributeurs occidentaux et bénéficiant parfois de peu de publicité, rencontrent tout de même un fort succès. 
Les distinctions pleuvent pour les récompenser. Ainsi, le film Timbuktu du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako, a remporté sept récompenses, dont le César du meilleur film 2015. Tout comme le long-métrage Twelve Years a Slave du réalisateur afro-américain Steve McQueen qui a, pour sa part, obtenu douze prix, dont l’Oscar du meilleur film 2014. Sur le continent, de nombreux pays exportent déjà leurs films, comme le Nigeria, l’Afrique du Sud ou encore le Mali. Les productions africaines ont été récompensées durant le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou 2015 (Fespaco), où le Mali, le Ghana et le Burkina Faso se sont illustrés avec brio. 
A l’heure où les films autour de la culture afro attirent toujours plus de monde, dépassant ainsi les frontières raciales, où le terme égérie  – du cinéma et de séries TV – rime avec Lupita Nyong’o, Zoe Saldana ou encore Kerry Washington, la « black culture » s’impose, s’exporte et fait vendre.

DES FACTEURS PROPICES

Fort de ces constats, T.O. s’est décidé à se lancer. Et sa maturité, son expérience et son indépendance financière ont contribué à ce qu’il se fasse une place. 
Mieux encore, les nouvelles technologies et Internet lui ont permis de créer un médium plus simplement. « Parce que les jeunes consomment désormais les produits culturels via Internet, les éléments étaient réunis pour pouvoir lancer cette offre-là », renchérit-il.
Les films sélectionnés doivent 
être centrés sur des personnages afro descendants. « La modernité, la qualité de production et le jeu d’acteurs ainsi que le réalisme des histoires » sont des critères déterminants.
Afrostream achète « les droits Internet des films à prix fixe pour une certaine durée et pour certains territoires », explique-t-il.
Le concept est simple et sans engagement. Avec un abonnement à moins de 7 euros par mois, les internautes auront un accès illimité  à tous les films et séries télé afro. Dans le panel des films disponibles sur la plateforme, on compte les productions suivantes : Think like a man, Case départ, Aya de Yopougon, Being Mrs Elliot, Mother of George ou encore The best man holidays. 

UN INVESTISSEMENT PERSONNEL ET UNE COMMUNICATION EN BÉTON ARMÉ

Tonjé Bakang a financé son projet en fonds propres. Accompagné de son coéquipier Ludovic Bostral, directeur de la technologie d’Afrostream et ancien de chez M6, ils n’ont eu de cesse de travailler pour le mener à bien : « Ça fait bientôt un an et demi qu’on a lancé ce qui n’est plus un projet maintenant, mais ça a été beaucoup de résilience, de travail, de sacrifices. »
Avec un capital annoncé de 100 euros symboliques pour lancer sa start-up, Tonjé Bakang a mené et mène encore une campagne de communication acharnée pour s’imposer dans le monde très concurrentiel et fermé des médias. 
« On a obtenu les droits (de diffusion) en allant au contact des studios et des producteurs indépendants » et en jouant sur une communauté de followers de plus de 60 millions d’inscrits sur Facebook et Twitter. C’est avec une base de clients certains qu’Afrostream a su convaincre. Omniprésent sur les événements tels que le MIP Com, le MIP TV ou le Discop Africa, la persévérance de ce jeune entrepreneur a fini par payer. Désormais, Afrostream compte son premier investisseur. 

LE CONTINENT EN LIGNE DE MIRE

L’Afrique représente un terrain favorable pour une croissance exponentielle 
d’Afrostream. Avec une croissance économique de 5,2 % en 2014,
l’Afrique subsaharienne se dessine comme un eldorado. T.O. voit le continent comme un marché d’avenir : « A terme, l’Afrique sera notre marché numéro 1.»  Avec 700 millions de personnes possédant un téléphone portable, la manière de 
consommer les séries et les films se veut résolument portative.  La clef du succès sur le continent devra tout de même passer par le dépassement de quelques obstacles liés aux équipements et la connexion. Cet optimiste, de son propre aveu, n’y voit en rien un frein à une quelconque expansion : « Ce sont des problèmes qui vont se régler pays par pays. Afrostream ira dans les pays dans lesquels il sera susceptible de 
croître. Un avenir avant la fin de cette année est possible mais pas dans tous les pays.»
Mais, Tonjé Bakang ne compte pas en rester là. Il envisage aussi d’avoir son propre studio de production pour créer toujours plus de films et séries originales à
l’image des internautes qui le suivent.
Ambitieux et obstiné, Tonjé Bakang est un adepte du Just do it. Il n’attend pas que 
d’autres s’exécutent à sa place et se veut « porte-voix d’une nouvelle génération de 
storyteller, de réalisateurs, de comédiens de scénaristes ». Il s’impose désormais comme un expert dans son domaine.

Publié en Juillet/Août 2015


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