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Togo : La technologie à portée de tous

Par Forbes Afrique le 11 Juillet 2016

Ouvert en 2012 dans une salle de classe à Lomé, Woelab – espace de démocratie technologique et modèle inédit d’incubateur de proximité – dispose de 600 m2 pour accompagner la maturation de start-up. Un dispositif qui s’inscrit dans une démarche plus globale initiée par Sénamé Koffi Agbodjinou.



Dans le quartier populaire de Djidjolé, un fab lab (laboratoire de fabrication) ouvert à tous fait éclore des projets qui n’auraient jamais vu le jour dans une structure plus classique. « Nous sommes les seuls en Afrique à réunir en un même lieu et sur des projets communs des designers, des développeurs, des maçons, des menuisiers, des couturiers et même des SDF», confirme Sénamé Koffi Agbodjinou, chercheur indépendant en architecture et anthropologie. « La culture start-up est inexistante au Togo. Il faut faire émerger un écosystème qui rend accessible la haute technologie à l’ensemble des populations locales qui n’y ont pas ou très peu accès faute de moyens, et qui catalyse les idées et les talents de la scène tech togolaise. C’est ce que nous appelons le #LowHighTech, un concept de démocratie digitale et d’intelligence collective qui vise à autonomiser les habitants d’un quartier. » A terme, Sénamé Koffi Agbodjinou souhaiterait implanter des fab labs similaires tous les 3 ou 4 kilomètres.


 

UN PRINCIPE DE SHARINGCITY

La démarche découle du projet urbain HubCité (pour le quartier de Djidjolé) porté par l’espace d’innovation et incubateur Woelab*, fondée par Sénamé Koffi Agbodjinou. « Notre réflexion repose sur deux constatsı: dans notre pays et plus généralement en Afrique, nos sociétés traditionnelles sont à plus de 80 % informelles. Leur fonctionnement collaboratif, encore préservé dans les villages, produit des solutions pertinentes grâce à une symbiose entre les habitants, les coutumes et l’environnement. Par ailleurs, les gens modestes ne sont pas intégrés et encore moins parties prenantes de la mutation technologique que le monde est en train de vivre. Or c’est bien le potentiel apporté par ces nouvelles technologies qui nous donne aujourd’hui la possibilité de décliner des projets qui répondent aux besoins locaux en suscitant des synergies aujourd’hui difficiles dans une ville africaine. » D’où, selon Sénamé Koffi Agbodjinou, la nécessité de tout mettre en œuvre pour mettre ces technologies à portée de main.

Ce principe d’une SharingCity « vernaculaire » adaptée aux réalités togolaises s’incarne au travers de la star des fab labs : l’imprimante 3D, « objet symbolique de la troisième révolution industrielle », pour Sénamé Koffi Agbodjinou. Afin de ne pas dépendre des kits étrangers, un jeune du quartier est parvenu à construire une imprimante 3D à partir de déchets électroniques recyclés, la Wafate. Cette prouesse a été saluée au niveau mondial. Elle a été déclinée dans un programme social original, la 3D Print Africa Educative. Le principe : utiliser cette technologie comme support d’enseignement afin « qu’un maximum de jeunes Africains maîtrisent le principal outil du futur ». Le projet a été sélectionné par le Web Summit de Dublin (3 au 5 novembre 2015). L’incubateur fait aussi émerger une start-up qui trie et recycle les déchets domestiques (#Mizamike ScoPE), ainsi qu’un projet de compilation de données relatives à des initiatives d’agriculture urbaine (#Urbanattic). 

Tous ces challenges ont été relevés sans subvention. Sénamé Koffi Agbodjinou et son équipe –ıun noyau dur composé d’une trentaine de jeunes passionnés –, désormais installés dans 600 m2, souhaitent commercialiser la Wafate et accélèrent la seconde vague d’incubation d’entreprises. 

*Le mot « woe » signifie « fais-le » en ewé, la principale langue du Togo. ww.lafricainedarchitecture.com www.woelabo.com

Publié en Décembre 2015/ Janvier 2016 



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