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Techno

Téléphonie : la menace "OTT"

Par Propos recueillis par Michel Tobias le 6 Février 2016

L’étude Future of African mobile profitability report, récemment publiée par le cabinet américain Xalam Analytics, met en garde sur le danger que représentent les « OTT » pour les opérateurs de téléphonie mobile. Directeur de cette structure, Guy Zibi revient pour Forbes Afrique sur les conclusions de ce rapport.



Crédits : Issouf Sanogo / AFP
Crédits : Issouf Sanogo / AFP
Forbes Afrique : Dans votre étude, vous vous interrogez sur la rentabilité du secteur de la téléphonie en Afrique dans un contexte en pleine mutation. Selon vous, vers quel modèle économique se dirige-t-on ?
 
Guy Zibi : Le secteur de la téléphonie en Afrique est rentré dans une toute nouvelle phase de développement, dite phase du data, ou du digital. Cette phase est beaucoup plus axée sur les services de données, et du fait de l’évolution des technologies, elle marginalise progressivement les chiffres d’affaires historiques sur les segments de la voix et du SMS. Les nouveaux modèles économiques doivent donc s’adapter à ce nouvel environnement : très forte demande des utilisateurs en trafic data, besoins forts en capital d’investissement, pression concurrentielle des concurrents opérant sur le même marché, mais aussi d’opérateurs Internet internationaux (WhatsApp, Skype, etc.). Pour s’adapter, le nouveau modèle économique devra être plus innovant, plus ouvert aux partenariats dans lesquels l’opérateur n’est pas forcément dominant - avec les start-ups notamment -, et plus agile, en mutualisant et en externalisant les ressources du réseau.
 
Selon vous, les services dits OTT tels que WhatsApp, Viber, Facebook, Skype, « cannibalisent » l’activité du secteur et constituent une réelle menace pour les opérateurs.
 
G. Z. : Les services OTT sont de bonne qualité et extrêmement populaires auprès des utilisateurs. Ils contribuent donc à une adoption accrue des services data, et donc à la croissance du chiffre d’affaires data des opérateurs mobiles. Le challenge pour ces opérateurs, c’est que cette croissance s’effectue au détriment des services traditionnels que sont la voix (notamment sur les appels internationaux) et le SMS. De fait, nous avons noté au cours de ces dernières années une baisse sensible des chiffres d’affaires SMS et voix pour de nombreux opérateurs. Et la croissance du data, aussi soutenue qu’elle soit, ne compense pas encore ces baisses, ce qui commence à créer des risques économiques. Nous pensons que les opérateurs peuvent apporter des réponses à trois niveaux. D’abord sur le plan du modèle économique, en intégrant potentiellement les offres OTT dans leurs packages de services et en nouant des partenariats avec ces OTT. Ensuite sur le plan technologique, en intégrant potentiellement une approche flexible qui valorise le trafic payant de ces acteurs. Enfin, en se basant sur l’axe réglementaire, extrêmement important, qui consiste à travailler avec les autorités de régulation pour s’assurer que tous les fournisseurs de services sont soumis aux mêmes règles.
 
Pourquoi affirmez-vous que la 4G est le plus dangereux des OTT pour le business ? Vous ne croyez pas au pari des opérateurs et des États sur cette technologie ?
 
G. Z. : Si, nous y croyons. Nous pensons même que les opérateurs africains, dans la mesure où ils le peuvent, doivent investir dans la 4G, car dans un contexte où le trafic data surpasse largement le trafic généré par les services voix, celle-ci permet d’offrir des services Internet de qualité, et de manager le trafic data de manière plus efficiente pour les coûts d’exploitation. De ce point de vue, investir dans la 4G est donc inévitable à long terme, sinon le réseau sera incapable de combler les attentes des utilisateurs ou va se faire dépasser par la concurrence. La contrepartie, c’est que la technologie 4G facilite et accélère l’adoption des services OTT. Tant que l’opérateur n’apporte pas de solution pérenne au challenge de la cannibalisation de ses services voix et SMS, le risque économique reste assez fort sur le court terme. À long terme, dans un contexte où le chiffre d’affaires est principalement nourri par l’offre data, il est tout à fait viable d’envisager un réseau complètement ouvert aux OTT. Dans cette perspective, WhatsApp, Viber ou Skype seraient juste des services parmi d’autres. Le problème, c’est la période de transition, qui fait que tout investissement dans la 4G doit s’accompagner d’une stratégie permettant de minimiser l’effet de cannibalisation à court terme.
 
*Over The Top : on appelle ainsi les diffuseurs qui utilisent l'infrastructure de l'opérateur pour fournir leurs services. Les services de vidéo à la demande tels que Netflix en font partie, ainsi que les services de messagerie de type WhatsApp, Viber, Skype et consorts.



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