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Rédigée le 2 Août 2016

TCHIIIIP... !

Je fais appel à vos souvenirs d’enfance. Partons du principe que vous faisiez des bêtises et que votre maman ou vos tantes vous gratifiaient d’un «tchip».


Chronique parue dans le numéro 36 de Forbes Afrique, daté juillet/août
Chronique parue dans le numéro 36 de Forbes Afrique, daté juillet/août
Cette onomatopée, ce son particulier qu’émettent les Africains et les peuples noirs de la diaspora, est absolument suave. Il exprime tantôt la moquerie, tantôt un sentiment d’agacement mêlé de mépris, voire même une vive désapprobation. Le prononcer procure à son émetteur une satisfaction indescriptible, tandis que le destinataire en 
tire un sentiment de vexation irrépressible. Seuls les petits enfants espiègles prennent un malin plaisir à provoquer les adultes pour entendre, rien qu’une fois encore, ce son unique !

Sa prononciation requiert un cours de linguistique mêlant une grande technicité au respect des codes sociaux. Pour un tchip parfait, le son doit être prolongé, alto crescendo, ma non troppo. Suite à une petite promenade sur Internet, je découvre à ma grande surprise que l’on peut apprendre à tchiper visuel à l’appui. Dans un tutoriel sur YouTube, le tchip est décrit comme étant une « production buccale sonore… que les Noirs-Américains appellent sucking your teeth ». Le maîtriser exige de savoir entrouvrir les lèvres juste ce qu’il faut, serrer les dents, mais sans excès, et aspirer l’air avec nonchalance tout en promenant sa langue sur les dents. Fastoche ? Non ! Ne tchipe pas qui veut, car tout est dans l’art du dosage. Une fois la méthode de base acquise, on peut s’entraîner pour le « super tchip » qui, lui, se termine par un claquement de langue bien sonore au fond de la bouche et indique une sentence sans appel ! Saviez-vous que le tchip remporte désormais tellement de succès en France que certains établissements scolaires l’ont interdit ?

Les élèves en abuseraient, paraît-il, pour marquer leur mécontentement vis-à-vis de leurs professeurs. Je constate qu’ils n’ont pas bien compris la règle de base du tchip, car on ne peut tchiper que ses pairs ou plus jeune que soi. Une colonisation comportementale s’opère donc discrètement en France avec pour arme d’intégration massive une onomatopée… Humm... Eh oui ! Bien qu’étant mon favori, le tchip fait partie d’une gamme élargie d’onomatopées africaines dont nous nous servons naturellement, sans y prêter attention. Pour illustrer ce trait culturel, j’aimerais ici vous retranscrire ma conversation sans mots avec une amie. Nous tentions un recensement tout en goûtant le plaisir d’un dialogue succulent, mais impossible à partager sans bande-son pour cause de claquements et de sifflements incorporés dans la version originale. Et si vous usiez de votre imagination sans modération‘? « Hunhunhun 
(amusement)… Hun ? (question)... Huuuuunnnnn ? (surprise)… Huuuuuun (constat)… Huuun hun (non !) Tchéééé... ! (incrédulité)… Th th th th th th th (alors là !)… Péééé pépépépépé (incroyable) !!! Tchééi (compassion)… Awoooo 
(compassion) », etc.
Vous me suivez ? Attention, ceci n’est qu’un échantillon. Ça vous rappelle quelque chose ? Si vous êtes « mort de rire », c’est que vous êtes connaisseur. Les amateurs sont priés d’organiser une séance de rattrapage express sur YouTube, car nul n’est censé ignorer une telle richesse linguistique ! 
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