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Sommet WISE : L’Afrique à l’honneur au Qatar

Par Jacques Leroueil le 20 Novembre 2017


Venus nombreux à Doha, les participants à la huitième édition du World Innovation Summit for Education (WISE) ont planché du 14 au 16 novembre sur le futur de l’éducation. Un sommet qui a notamment mis à l’honneur cette année la contribution africaine, avec l’attribution du WISE Prize pour l’éducation au ghanéen Patrick Awuah.



Les autorités qataries peuvent avoir le sourire : embargo[1] ou pas, l’édition 2017 du World Innovation Summit for Education (Wise) de Doha a de nouveau fait le plein avec plus de 2000 participants venus d’une centaine de pays. Le thème de cette année- « Co-exist, ­Co-create : learning to live and work together » (« coexister, cocréer, apprendre à ­vivre et à travailler ensemble ») était il est vrai des plus consensuels.
Tenue du 14 au 16 novembre, à l’initiative de la Fondation du Qatar, dirigée par la Cheikha Moza bint Nasser, mère de l’émir actuel connue pour ses engagements en faveur de l’éducation et de la promotion des femmes, cette nouvelle édition a, une fois encore, réuni des chercheurs et des porteurs de projets qui ont fait le déplacement pour discuter de l’avenir de l’éducation, échanger leurs bonnes pratiques, gagner en visibilité ou- plus prosaïquement- chercher des fonds. 
Placé sous le signe de la recherche de solutions pratiques, cette édition 2017 du sommet mondial sur l’innovation en éducation a centré les débats sur les changements pédagogiques à apporter dans un contexte d’évolution technologique accélérée (avènement des cours en ligne [MOOC], intelligence artificielle, réalité virtuelle…) et d’inégalité persistante dans l’accès à l’éducation.
 
[1] Depuis le 5 juin, le Qatar doit faire face au blocus imposé par ses voisins, L’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte. Ces quatre pays accusent Doha de « soutenir » le terrorisme et d’entretenir des relations trop étroites avec l’Iran chiite.

©WISE
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Défi

Particulièrement touchée par cette dernière problématique, l’Afrique subsaharienne voit encore un jeune sur trois ne pas achever le primaire et ce malgré un accroissement substantiel des dotations allouées par les États de la région depuis 2000. Autre défi à relever, au-delà de la démocratisation de la scolarisation, celui de fournir une éducation de qualité. Sentant le filon, de plus en plus d’acteurs privés investissent ainsi la filière éducative sur le continent. Un modèle privé qui inquiète nombre d’observateurs avertis.
Au Kenya par exemple, le risque d’une marchandisation est ainsi clairement posé avec les écoles privées de la Bridge Academy (près de 400 établissements pour plus de 120 000 élèves scolarisés), financées entre autres par Bill Gates et Mark Zuckerberg, et qui sont accusées de faire payer au prix fort leur enseignement. Une inquiétude que ne partage cependant pas Vivian Onano, pour qui « ces initiatives privées sont d’abord un complément à une offre déficiente des pouvoirs publics et non un substitut ».
Noella Coursaris Musunka, de la Fondation Malaika, qui se consacre en particulier à l’éducation des jeunes filles démunies en RD Congo, se veut pour sa part volontariste.  Pour elle, c’est une logique assumée de l’action (« Make it Happen ») et du résultat qui doit prévaloir.

Patrick AWUAH. ©WISE
Patrick AWUAH. ©WISE

Patrick Awuah, lauréat du WISE Prize

Du reste, la majorité des participants au sommet s’est accordée sur le rôle globalement positif des actions éducatives entreprises par les- nombreux- acteurs privés du continent. Au premier rang d’entre eux, Patrick Awuah, fondateur et président de l’Université Ashesi, une institution privée à but non lucratif, reconnue depuis dix ans comme la meilleure université du Ghana, s’est ainsi vu décerné le WISE Prize pour l’éducation par Son Altesse Sheikha Moza bint Nasser, lors de la session plénière d’ouverture du Sommet mondial de l’innovation pour l’éducation à Doha.
Revenant sur son parcours, Patrick Awuah a rappelé qu’il avait «  décidé de créer une nouvelle université au Ghana non parce qu’il manquait des universités, mais parce qu’il manquait des universités qui enseignent aux étudiants les compétences du 21e siècle ».
Après une brillante carrière chez Microsoft aux Etats-Unis, où il a notamment dirigé la conception de l’accès Internet par ligne commutée, Patrick Awuah est rentré au Ghana avec l’intention de créer une entreprise de logiciels. Mais de retour au pays, il a vite compris que la mise en place d’un leadership éthique était fondamentale pour former une génération capable d’apporter des changements positifs en Afrique. D’où l’idée de créer un établissement d’enseignement supérieur fondé sur ces valeurs. Aujourd’hui, l’Université Ashesi possède un campus de plus de 40 hectares à Berekuso, sur les hauteurs d’Accra, la capitale du Ghana, et accueille 900 étudiants.
Commentant l’attribution de ce prix, Stavros N. Yiannouka, Directeur général de WISE, a quant à lui rappelé que «[…] Patrick Awuah […] rejoint un groupe de personnalités qui partagent une passion commune pour l’éducation comme moteur de l’émancipation ».

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