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Solaire : le Maroc à la pointe

Par DOUNIA BEN MOHAMED le 14 Juillet 2016

En inaugurant la centrale Noor en février dernier, qualifiée de plus important projet solaire au monde, le royaume chérifien s'est affiché comme un pays novateur en matière d’énergie solaire.



Tamezghitane, 4 février 2016. Cette bourgade située en plein désert, à quelques kilomètres d’Ouarzazate, scène de décor des grosses productions hollywoodiennes, accueillait cette fois des personnalités d’un tout autre ordre. La ministre française de l’Ecologie Ségolène Royal, le ministre espagnol des A¦aires étrangères José Manuel García-Margallo, Luc Chatel, président du groupe d’amitié France-Maroc à l’Assemblée nationale, David Assouline, vice-président du groupe d’amitié France-Maroc au Sénat, ainsi que le roi du Maroc, Mohammed VI, accompagné de l’ensemble des membres du gouvernement Benkiran. Un casting de prestige pour célébrer un événement qui fera date dans l’histoire du Maroc, mais aussi dans celle du développement de l’énergie solaire : l’inauguration de la première phase de la centrale 100 % thermosolaire du pays, Noor I. Un projet qualifié par les experts du secteur de plus important au monde en matière d’énergie solaire. 

​580 MW À L’HORIZON 2020

Le complexe solaire Noor («lumière» en arabe) Ouarzazate, qui vient d’achever sa première phase, Noor Ouarzazate 1 (NOORo I), une centrale d’une capacité de 160 MW, doit abriter d’ici 2018 une capacité totale de 580 MW, soit la puissance d’un réacteur nucléaire moderne. D’une superficie projetée de 3000 ha, il induira une consommation d’eau évaluée à 2,5-3 millions de m3/an. Noor I, qui s’étend sur plus de 450 ha avec une capacité de 160 MW – l’équivalent de la puissance nécessaire pour faire voler un Boeing 747–, recourt à la technologie thermosolaire à capteurs cylindro-paraboliques, avec une capacité de stockage thermique prévue de 3 heures à pleine puissance : grâce à ses 500000 panneaux de douze mètres de haut, cette centrale solaire thermodynamique (CSP) capte les rayons du soleil pour chauffer un fluide qui transmet ensuite la chaleur à l’eau, actionnant des turbines à vapeur et générant de l’électricité. Ce processus nécessite 1,7 million de m3 d’eau/an. 

L’énergie produite par Noor I, livrée au réseau de l’Office national de l’électricité 
et de l’eau potable (ONEE), permettra de fournir 600 GWh/an, soit l’équivalent de la consommation de 630000 Marocains. Grâce à son système de stockage innovant, la centrale conserve l’énergie thermique accumulée durant la journée et peut fournir de l’électricité indépendamment des variations d’ensoleillement. Le concept est également 
«écofriendly», puisque Noor I évitera le rejet de 2,9 M de tonnes de CO2 sur une période de dix ans. A terme, Noor Ouarzazate permettra annuellement d’économiser 1 M de tonne équivalent pétrole (TEP) et d’éviter l’émission de 3,7 M de tonnes de CO2.

​COÛT TOTAL ESTIMÉ À QUELQUE 9 MDS$

Noor I doit entrer en production dès juin 2017, Noor II (200 MW), déjà en construction, devrait être opérationnelle en 2017-2018, et Noor III (150 MW) est annoncée pour 2020. Noor IV,  centrale photovoltaïque de 80 MW, viendra ensuite compléter le dispositif. 
D’un coût total de quelque 9 Mds$, le complexe solaire géant de Noor est le projet phare de Masen (Moroccan Agency for Solar Energy, l’agence solaire marocaine), en charge de la mise en œuvre du plan solaire marocain. C’est un consortium majoritairement saoudien, conduit par Acwa Power, qui a remporté l’appel d’offres pour la construction et l’exploitation de Noor. Plus de 730 M€ ont été réunis par Masen pour la construction de Noor I, en un tour de table qui comprend entre autres des financements de la BAD, de la Banque mondiale, et de l’AFD. 

​AUGMENTER LA PART DES ENR DANS LE MIX ÉLECTRIQUE NATIONAL

« Le plan solaire marocain démarre en 2009 après une série d’années de croissance économique de 5 à 6 % en moyenne », a rappelé Mustapha Bakkoury, président du directoire de Masen, lors d’une rencontre organisée par la Banque mondiale en mai dernier à Casablanca. « Nous devions doubler la capacité installée tous les dix ans afin d’assurer les besoins nécessaires pour les ménages et l’économie marocaine. » Pour sortir de cette dépendance aux énergies fossiles qui menaçait le développement du pays, le Maroc a fait le choix d’une «rupture», en amorçant sa transition énergétique. « La réalisation de la centrale Noor I est une étape importante dans la mise en œuvre des grands projets d’énergies renouvelables, en ligne avec l’objectif de porter la part des sources renouvelables dans le mix électrique national de 42 % en 2020 à 52 % en 2030, tel qu’annoncé par le Souverain à l’occasion de la COP21 à Paris ».

​Le plan solaire marocain

Pionnier dans le domaine des énergies renouvelables avec le plus grand parc éolien d’Afrique inauguré fin 2014 à Tarfaya dans le sud-ouest du pays, le Maroc poursuit son ambitieux plan de développement des ENR avec le parc solaire de Ouarzazate, réalisé dans le cadre du plan solaire marocain. Lancé en 2009, ce programme vise la production à l’horizon 2020 de 2 GW via l'énergie solaire, soit un cinquième du mix de production électrique du Maroc. L’utilisation des technologies Concentrated Solar Power (CSP) et photovoltaïque est envisagée pour les différentes stations entrant dans la mise en œuvre de ce programme qui augmentera la part de l’énergie solaire dans la capacité électrique totale du pays à 14 % avant 2020. Le royaume compte porter sa capacité installée en électricité tirée des ENR à 42 % d’ici 2020 et 52 % à l’horizon 2030, contre un ratio d’environ 15 % aujourd’hui.  

Publié en Juillet/Août 2016



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