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Sindika Dokolo restitue des trésors culturels volés à l’Angola

Par Raissa Okoi le 20 Juin 2018

Pour Sindika Dokolo, homme d’affaire congolais qui posséde la plus importante collection africaine d’art contemporain et classique, il est primordial que les africains retrouvent leur héritage culturel tout en continuant d’enrichir ce patrimoine et de le valoriser.



Le collectionneur Sindika Dokolo
Le collectionneur Sindika Dokolo
« L’art africain ne sera jamais plus fort que lorsque les africains eux-mêmes auront conscience de sa valeur, l’apprécieront et en seront des acteurs présents et actifs » S’appuyant sur l’équipe de sa Fondation, Sindika Dokolo mène depuis 2015 un combat pour récupérer des œuvresd’art pillées durant de la guerre civile angolaise (1975-2002).
 
Le 7 juin 2018, la Fondation Sindika Dokolo (FDS) a ainsi présenté six pièces volées au Musée de Dundo, qui abrite le riche patrimoine culturel du peuple Chokwe. La restitution officielleau gouvernement angolais, représenté par son ambassadeur en Belgique et par la directrice des Archives nationales d’Angola de ces deux masques, d’une chaise, d’un tabouret, d’une pipe et d’une coupe Chokwe s’est faite à Bruxelles en marge de la BRUNEAF (Brussels Non European Art Fair),qui s’affirme comme le rendez-vous incontournable des collectionneurs d’art africain.
En trois ans, il s’agit là de la troisième restitution d’oeuvres d’art Chokwe organisée par la FDS, portant à onze le nombre de pièces qui retrouvent leur place d’origine, l’Angola.
Parmi les six œuvres présentées, figurait un masque de Mwana Pwoappartenant à la collection personnelle de Sindika Dokolo.
 

Un projet historique et ambitieux

Sindika Dokolo avec des officiels angolais,  dont sur la gauche l'ambassadeur Georges Chikoti en Belgique
Sindika Dokolo avec des officiels angolais, dont sur la gauche l'ambassadeur Georges Chikoti en Belgique
Le combat pour les restitutionscommence en 2015 lors d’une visite de Sindika Dokolo et son ami, le marchand d’art congolais Didier Claes, au Musée de Dundo. Situé aunord-est de l'Angola, à la frontière avec la République Démocratique du Congo, “le petit musée était remarquablement réhabilité, avec un sens de soi et une approche dignifiante de la révélation des cultures et des valeurs Chokwe. Malheureusement, il ne comportait aucune œuvre d’art » se rappelle Sindika Dokolo. Ce dernier s’engage alors, avec Didier Claes, à faire le nécessaire pour identifier, retrouver et restituer un maximum des milliers d’œuvres volées au peuple Chokwe et aux africains en général.
 
« La question de la restitution est centrale, morale, politique et philosophique. L’Afrique est le continent qui regorge de la plus grande réserve de croissance et notamment humaine. Donc il est important de nous redéfinir autour de ce patrimoine culturel fondamental. »
 
Père de cinq enfants, l’époux d’Isabel Dos Santos, se promet de revenir visiter le Musée de Dundo enrichi de ses œuvres retrouvées, avec sa progéniture, à qui il transmet naturellement sa passion pour l’art, héritée de son père, l’entrepreneur congolais Augustin Dokolo Sanu. 
 

Sindika Dokolo pendant sa conférence de presse à Bruxelles
Sindika Dokolo pendant sa conférence de presse à Bruxelles
S’ensuit un travail méticuleux de recherches et d’identification des œuvres. Suite à la disparition des archives du musée, la FDS s’appuie principalement sur la documentation fournie par les travaux de Marie-Louise Bastin (1918-2000), Professeure émérite de l’Université Libre de Bruxelles (Belgique). Ilsdéfinissent les différents types de l’art Chokwe, et permettent à la FDS de retracer l’origine de ces pièces.
 
Mr Dokolo explique ainsi : « à l’instar des œuvres du Royaume d’Ife au Nigeria,  il est important qu’un cadre juridique empêche que des transactions  de type ventes aux enchères ne soient faites pour ces œuvres ». Protégées, les œuvres d’art recensées appartiennent au patrimoine national angolais et sont régies non seulement par la loi angolaise, mais aussi par le droit international, à travers la convention de l’Unesco de 1970 portant sur le commerce illicite d’œuvres d’art. Les recherches d’oeuvres dérobées sont donc effectuées dans un cadre légal clair. 
 
Si certaines oeuvres sont remises à titre gracieux par certains collectionneurs, d’autres acceptent d’être dédommagés. “Plutôt que de mener des poursuites contre ces dépositaires, nous avons considéré que ces œuvres ont été acquises de bonne foi. Et nous considérons que si ces acquéreurs n’avaient pas préservé ces œuvres en les collectionnant, elles ne seraient peut-être plus accessibles. Donc le système était de présenter nos recherches aux collectionneurs puis de leur proposer non pas le prix du marché, mais une indemnisation, en remboursant le montant déboursé pour l’œuvre ». 
 
À date, une soixantaine d’œuvres ont été recensées par la Fondation. Parmi les plus recherchées, figurent deux œuvres majeures de statues Tshibinda Ilunga. Le combat se poursuit. « Ma démarche aujourd’hui est de sensibiliser les uns et les autres à jouer pleinement leur rôle à un moment déterminant de leur histoire, dans le domaine de la culture et de la connaissance de soi ».



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