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Sidi Marrakech Tailoring : pionnier du luxe masculin au Maroc

Par FOUNÉ DIARRA le 6 Juillet 2016

Avec Sidi Marrakech Tailoring, créé en novembre 2014 sous l’impulsion de Chakir Belhaloumi et Victor Da Costa, le royaume chérifien se dote de sa première maison de haute couture pour hommes. Un événement qui marque une nouvelle ère pour le marché du luxe en Afrique.



Si vous prenez les doigts de fée de Victor Da Costa et que vous y ajoutez l’expérience de businessman de Chakir Belhaloumi, cela donne naissance à Sidi Marrakech Tailoring. Séduit par les créations de ce jeune maître tailleur portugais de 28 ans, M. Belhaloumi lui propose une collaboration. « Mon seul talent est de déceler les aptitudes, le don chez l’autre », déclare le gérant belgo-marocain. Formé à l’Ecole de la chambre syndicale de la couture parisienne et l’Ecole des tailleurs des maîtres tailleurs de Paris, Victor a fait ses preuves dans trois grandes maisons parisiennes : Cifonelli, Brano et Francesco Smalto. Quant à Chakir Belhaloumi, il compte à son actif plusieurs années dans le monde entrepreneurial. « Avant Sidi, je gérais douze sociétés, dont une qui était chargée de la distribution pour Kenzo et Thierry Mugler pendant une dizaine d’années », dit-il. A Marrakech, les deux hommes nous accueillent dans leur showroom de 80m2, situé dans le quartier moderne de Guéliz.

UN MARCHÉ À CONQUÉRIR

« Au Maroc, le marché est quasiment vierge. Il n’y a pas beaucoup de boutiques de prêt-à-porter hormis les grandes enseignes occidentales, explique le maître tailleur. Il n’y avait pas de milieu ni de haut de gamme marocain. Du coup, il y avait un vide qu’il paraissait opportun de combler avec la moyenne gamme pour notre prêt-à-porter, et le haut de gamme pour notre sur-mesure. Bien sûr, il y a beaucoup de créateurs locaux, mais ils confectionnent des habits traditionnels, comme le caftan, entre autres. » Chez Sidi, le client a le choix entre des costumes, des gilets, des boutons,  des parfums d’ambiance, de la petite maroquinerie, des foulards et des chaussures, le tout dans un cadre décoré aux couleurs noire et ivoire. « Nous avons préféré une décoration neutre et élégante de style européen, rehaussée de touches marocaines comme le fer forgé, les motifs du carrelage au sol, le zellige noir au mur », explique M. Da Costa. 

D’UNE MAIN DE MAÎTRE

Les premiers clients ciblés, ce sont les Marocains, qui représentent 75 à 80 % de la clientèle de la maison. « C’est ce que nous souhaitions », précise Victor, tandis que la direc-trice de la boutique et de l’atelier de sur-mesure, Meriem Tarouchi, ajuste les ourlets du costume gris clair d’un client français. Outre cette volonté de satisfaire en premier lieu l’homme marocain, Chakir et Victor mettent un point d’honneur à valoriser le savoir faire local. Si les tissus –coton, lin, satin, super 120’S et 220’S, cachemires, soies– proviennent de tisserands de renom comme Holland & Sherry, Loro Piana, Caccioppoli, toutes les petites mains donnant vie aux différentes pièces proposées chez Sidi sont marocaines. « Nous travaillons avec quinze personnes dans notre atelier situé à l’étage, mais également avec une usine de sous-traitance à Casablanca. En tout, ce sont une cinquantaine de personnes qui travaillent pour nous là-bas », précise Chakir Belhaloumi. 

Pour un costume fait sur mesure,  il faut compter au minimum 12 000 dirhams (1 100 euros), plusieurs essayages et un délai de « trois semaines pour la confection et plusieurs essayages », affirme le gérant. Selon Victor, « 70 heures de travail sont nécessaires. »

UNE GRANDE VISIBILITÉ

La maison haute couture a déjà pris part à des défilés, notamment lors du Fashion Show « So Africa Sensations », en avril dernier à Agadir. Certains palaces du pays lui mettent également à disposition un corner store, c’est-à-dire un point de vente, comme à La Mamounia et au Royal Palm, situés dans la ville ocre. Et cela ne s’arrête pas là. En décembre dernier, Sidi Marrakech Tailoring a présenté sa première collection lors d’une exposition au Royal Mansour qui s’est vu décerner le titre de « meilleur hôtel d’Afrique » et « meilleur hôtel de luxe » du Maroc en 2015.

Plusieurs personnalités du royaume affectionnent les créations de Sidi, comme l’acteur Mourad Zaoui et le chanteur Badr Soultan. Et la qualité du travail de Chakir et Victor est réputée au-delà des frontières marocaines, puisque le chanteur américano- sénégalais Akon a également été séduit. Depuis le mois d’avril, Sidi peut se  vanter de proposer sa première collection de chaussures, signée Gérard Sené, un célèbre créateur de luxe français.

VISER L’AFRIQUE ET LE MOYEN-ORIENT

« Nous sommes sur une plate-forme internationale et il y a pas mal d’échanges entre le Maroc, l’Afrique et le Moyen-Orient. Parce que nous avons une identité africaine et arabe, nous travaillons déjà avec des personnes au Moyen-Orient, notamment au Bahreïn et à Dubaï », explique Chakir Belha-loumi. Selon le maître tailleur, « le marché en Europe est tellement saturé qu’autant avantager le continent. »
Avec Sidi Marrakech Tailoring, la ville des sept saints démontre que « le luxe n’est pas réservé qu’à  l’Occident », dixit Victor Da Costa.


Publié en Juin 2016



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