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La vie Forbes

Quel tourisme en Afrique francophone ?

Par Par Pierre Leblache le 27 Novembre 2015

Alors que le tourisme est une véritable manne économique, ce secteur reste peu exploité en Afrique subsaharienne. Pourtant, les sites attractifs dans ce domaine ne manquent pas…



Quel tourisme en Afrique francophone ?
Alors que trois microparadis africains, en Namibie, en Afrique du Sud et au Mozambique, ont figuré dans les derniers numéros de Forbes Afrique, il peut paraître surprenant de soutenir que le business du tourisme est mal appréhendé en Afrique. C’est pourtant bien le cas, et spécialement sur la partie francophone du continent. La contradiction n’est qu’apparente : par sa vocation à s’intéresser à ce qui se fait de mieux dans le monde et à FORBES AFRIQUE stratégie politique touristique s’adresser aux élites et aux décideurs, notre magazine se doit de signaler les joyaux dans tous les domaines, même quand ils ne sont accessibles qu’aux happy few. Nous revendiquons le droit de dispenser un peu de rêve et d’expériences uniques, alors même que le tourisme du XXIe siècle doit miser sur une large base de visiteurs pour se montrer rentable. Cette base, dans le cas de l’Afrique, reste insuffisante. Le tourisme a fait ses preuves comme facteur de développement et d’enrichissement des populations. En Europe du Sud, en Amérique latine et aux Caraïbes, il a constitué le premier stimulant de maintes économies, souvent depuis les années 1950. Sur les rivages africains, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, le Kenya et une grande partie du sud du continent puisent depuis longtemps dans le portefeuille des touristes une grande part des revenus qui alimentent leur progrès.

Quelques chiffres

Selon un rapport d’avril 2013 de l’Organisation mondiale du tourisme, un milliard de touristes ont chacun dépensé en moyenne 1 100 dollars en 2012, un nombre total qui devrait progresser de 30 % en 2020 et doubler à l’horizon 2030, alors que les dépenses individuelles moyennes devraient croître de 3 % par an. Les visiteurs chinois sont récemment devenus les plus nombreux, ayant dépassé les Etats-Unis en 2011 et dépensant 20 % de plus que la moyenne mondiale. Ils sont par ailleurs 8 fois plus nombreux qu’en l’an 2000, 83 millions cette année, soit 6 % de leur population. Que ce soit au niveau d’un seul pays ou du monde entier, il ne s’agit ni de nombres insignifiants ni de faibles montants ! De ce flot bénéfique, l’Afrique n’a reçu que la portion congrue, 50 millions de visiteurs, à peine 5 % du total, dont un tiers pour les pays du Maghreb, Maroc et Tunisie en tête. L’Afrique du Sud, le Kenya, le Botswana, la Namibie et le Nigeria se partagent presque tout le reste. L’Afrique subsaharienne francophone ferme le ban avec moins de deux pour mille du tourisme mondial, dont les deux tiers pour le Sénégal et le Rwanda. Il est urgent de réagir. Ce n’est pas que l’Afrique occidentale et centrale soit défavorisée par la nature : elle jouit même d’atouts considérables. Le pays Dogon au Mali, les ruines de Loropéni, les cascades de Banfora et les pics de Sindou au Burkina, ou le lac Evaro au Gabon n’ont rien à envier aux paysages du Zambèze. La région de l’Adamaoua au Cameroun, le Sanctuaire des tambourinaires de Gishora au Burundi ou les forêts de gorilles du Rwanda valent tous les safaris du Kenya ou du Botswana… Et pourtant ! Quant aux rhinocéros blancs et aux paons géants, c’est en République démocratique du Congo que se trouvent les seules chances de les voir. 

Définir une politique

Ce n’est sans doute pas un hasard si le Sénégal, dont le nombre de visiteurs « loisirs » annuel approche quelquefois le million, est le seul pays de la zone à avoir un ministre uniquement chargé du tourisme. Car c’est là que le bât blesse : rien de suffisant n’a été fait ailleurs en Afrique subsaharienne. La naissance du tourisme de masse est contemporaine des indépendances africaines. A leur décharge, les dirigeants avaient assez à faire dans les années 1960 pour ne pas se soucier d’un secteur dont l’importance n’était pas encore évidente. Les choses auraient cependant pu évoluer. Les priorités nationales n’étant pas toujours faciles à remuer, il est possible que les voies les plus rapides pour promouvoir le tourisme africain passent par des organisations supranationales telles la Cemac et la Cedeao, qui ont déjà des commissions sur ce thème. Il faudra sans doute que les autorités nationales indiquent clairement l’avancement du sujet au rang de priorité. Par ailleurs, on ne s’improvise pas facilitateur de voyages en un jour. Il sera donc utile que les administrations concernées s’appuient sur la profession, tour-opérateurs, compagnies aériennes, chaînes hôtelières et organismes créateurs d’activités sur place. Ceux-ci feront bonne figure, car il s’agit pour eux d’une opportunité d’étendre leur activité à des territoires sans concurrence, du moins au début. 

Le "facteur cool"

Très important pour les touristes, le « facteur cool » regroupe les conditions d’un voyage facilement organisé et se déroulant sans stress. Sa variation justifie pour les candidats au voyage le choix de certaines destinations par rapport à d’autres, le « niveau cool » de chaque pays étant véhiculé par les rapports de voyage de ceux qui rentrent de vacances. Cela va très vite et il est important pour promouvoir sa destination. Deux exemples entre mille : les gens n’aiment pas se dessaisir de leur passeport pendant plusieurs jours pour solliciter un visa qui peut coûter cher. C’est ainsi que les Etats d’Afrique australe ont pratiquement tous généralisé l’obtention du visa de tourisme dans l’aéroport d’arrivée et pour un prix modique. Si le visa passe de 100 à 15 euros, mais que le pays gagne un touriste et ses dépenses pendant une semaine, où est la perte ? De même, les brimades et vexations occasionnelles de voyageurs lors des contrôles d’aéroport, les petites escroqueries au taxi ou aux « taxes » lors des embarquements ou dans les hôtels doivent disparaître là où elles existent encore. La situation s’est, sur ce plan, heureusement améliorée en maints endroits en même temps que les aéroports ont embelli. Par ailleurs, c’est le pendant du « facteur cool », la manne touristique joue un rôle de modérateur des passions et des excès dans le pays d’accueil. Il ne faut en effet pas tuer la poule aux œufs d’or, comme cela a été le cas dans les années 2000 au Zimbabwe. La fréquentation de l’hôtel des cataractes aux chutes Victoria s’y est en effet effondrée de 95 %, conséquence directe des troubles politiques et du manque de sécurité. En Tunisie ou en Egypte, les politiciens déploient actuellement leurs efforts pour calmer le jeu, afin de limiter la baisse du nombre de visiteurs. Quand des milliers de personnes profitent directement du tourisme, une stabilité sociale durable s’installe.

Tout cela ne se fera pas en un jour, mais les décisions et les impulsions sont d’autant plus urgentes que le jeu en vaut la chandelle et que des opportunités considérables, hélas rarement signalées, sont à portée de main. Les quelques années jusqu’à la prochaine décennie doivent absolument permettre de poser les bases et de définir la logistique d’une politique qui redonne à l’Afrique subsaharienne une position en rapport avec son potentiel et son importance statistique. Il s’agit d’un domaine où le rapport du profit à l’investissement est des plus prometteurs. Avis aux stratèges et aux bâtisseurs !



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