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Rédigée le 2 Août 2016

QUE FEREZ-VOUS AU TEMPS CHAUD ?

Vous l’aurez compris, il s’agit de la parodie de la question posée par la fourmi besogneuse de la fable de La Fontaine à son acolyte, la cigale musicienne fauchée. Ma question aux Africains : où passerez-vous vos grandes vacances ? Je sais que l’été venu, certains voyagent. En Afrique, quand un membre de la nouvelle classe moyenne dit : « J’ai voyagé » avec ce sourire de béatitude indescriptible, comprenez, j’ai fait « THE » voyage : j’ai été en Europe.


Chronique parue dans le numéro 36 de Forbes Afrique, daté juillet/août
Chronique parue dans le numéro 36 de Forbes Afrique, daté juillet/août
Comme il est drôle d’entendre les tropicaux africains parler d’été ! 
L’été à Kinshasa, Douala ou Port Harcourt… au mois de juillet ! Même si les saisons ont là-bas les mêmes noms qu’au-dessus des tropiques, le temps qu’il y fait généralement à cette époque de l’année renverrait plutôt à l’automne. Le plus cocasse dans tout ça n’est pas tant cette dénomination certes inattendue, que l’aliénation dont témoigne ce choix de la période des grandes vacances en Afrique. 

A la base, les grandes vacances répondent à un besoin. Avant la révolution industrielle, elles correspondaient en France au temps des moissons. Les villages avaient alors besoin de toute la main d’œuvre disponible pour faire face à la charge de travail induite. Les enfants devaient donc être dégagés des obligations scolaires. Les parents et amis venaient même des villes pour prêter main-forte. Et comme le ciel sait faire les choses, les moissons coïncident sous toutes les latitudes avec la belle saison où tout n’est que joie et fête(s). Avec la révolution industrielle, sont arrivés les congés payés. On a conservé la belle saison pour que les travailleurs puissent jouir de belles vacances. Le tourisme est né, créant des millions d’emplois. Aujourd’hui on va toujours à la campagne, mais pour son plaisir. On va aussi à la mer… 

Avec la colonisation, l’Afrique a hérité de facto de cette tradition estivale qui lui correspond pourtant si peu. Car chaque année à la même période, les Européens, ne pouvant sacrifier leur sacro-saint été, s’en retournaient au pays natal, tandis que les Africains regardaient le déluge en cette saison des pluies. Ni moissons, ni semaillesfi: seul l’ennui à perte de vue. Puis les indépendances sont arrivées. Dans ce contexte d’émancipation, le changement de la période des vacances aurait semblé tout naturel, pour permettre aux Africains de profiter de leur belle saison à eux, décembre, quand l’air embaume l’igname nouvelle. Mais ici, comme ailleurs, les élites profondément aliénées aux modèles occidentaux n’ont pas pensé à adapter leurs vacances aux besoins et aux réalités locales des saisons, du tourisme et des moissons. Pourtant, même en France, elles diffèrent selon les hémisphères et leurs saisons. Ainsi, la Réunion a-t-elle un régime différent de celui de l’Hexagone. 
N’allez pas croire que nos économies n’en souffrent pas. C’est justement là le fond de mon propos. L’été venu, où vont nos élites ? Dans les contrées où il fait beau !

Evidemment. Ce sont nos nouveaux Blancs, comme ces nantis aiment à se désigner eux-mêmes. Et leur migration saisonnière génère des devises au profit des pays visités. Quand il fait beau sur l’équateur, les enfants assommés par la canicule 
affrontent les rigueurs de l’école pour un rendement amoindri. Ainsi en va-t-il des vacances comme du franc CFA: des anachronismes coloniaux qui perdurent sous nos tropiques contre toute logique, par la seule aliénation de nos élites. Des anachronismes qui perturbent les métabolismes, les saisons et l’économie. Comme disait Césaire: « Fin à ce scandale ! » 
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