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Techno

Pourquoi le mobile money piétine en Afrique francophone

Par Par Michel Tobias le 13 Février 2016

Si les services de banque mobile ont le vent en poupe en Afrique de l’Est, leur croissance reste encore lente en Afrique de l’Ouest et centrale. Thecla Mbongue, senior research analyst chez Ovum, nous éclaire sur ce phénomène.



Crédits : AFP / Isaac Casamani
Crédits : AFP / Isaac Casamani
Bien sûr il ne faut pas généraliser. « Des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Ghana ont récemment connu une augmentation du nombre de comptes enregistrés », souligne l’analyste.
Reste que dans cette partie du continent, ce business se développe encore très lentement.
Comment expliquer ce phénomène, encore plus frappant au regard du boom du mobile banking en Afrique de l’Est ?

Réticences

« En réalité, très peu d’opérateurs mobiles ont réussi à répliquer le succès de Safaricom au Kenya », explique notre spécialiste. Les raisons ? Au moment du lancement du mobile money au Kenya, l’environnement réglementaire lié à ce secteur d’activité était encore inexistant, et Safaricom était en situation de monopole avec 80 % du parc d’abonnés. L’opérateur a aussi bénéficié d’un réseau de distribution bien établi et du faible taux de bancarisation du pays. De plus, « le service était méconnu lorsque Safaricom l’a lancé et son succès a pris de cours les autorités de régulation du secteur financier. En Afrique de l’Ouest et du Centre, particulièrement en Afrique francophone, les organes de régulation et les établissements financiers ont été hostiles au début. Pour eux, ce service concurrençait directement les banques et ne relevait pas de la compétence d’un opérateur, ce qui n’est pas tout à fait exact, puisque le service est lancé en partenariat avec une banque. Safaricom fait exception, car il est détenteur d’une licence financière ».

Accompagner l'utilisateur sur le long terme

Entre-temps la régulation sur l’activité s’est structurée, mais les régulateurs ont préféré ménager les banques plutôt que de mettre en place des mesures incitatives pour le développement du mobile money. Or ce service s’adresse en premier lieu à des personnes non bancarisées. Les opérateurs ont aussi leur part de responsabilité : « il y a des lacunes dans la promotion du service et l’organisation du réseau de distribution. Les opérateurs communiquent beaucoup au moment du lancement du produit, puis passent à autre chose. Pour eux, ce n’est qu’une offre de plus dans leur package. Or, il est important d’éduquer et d’accompagner l’utilisateur pour le mettre en confiance sur la sécurité de ses transactions, et l’habituer à utiliser son téléphone pour d’autres services que la simple fonction appel ou SMS. Il ne faut pas oublier qu’une grande partie de la population non bancarisée ne maîtrise pas la technologie ».

Adapter l'offre au public cible

Autre élément important : la rentabilité. Le coût de la transaction est redistribué entre les banques, les agents et l’opérateur, et dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest et du centre, la part du mobile money reste infime : investir dans ce segment ne paiera qu’à long terme. Certains opérateurs préfèrent donc se concentrer sur des segments plus rentables comme l’Internet. Faut-il, dans ce cas, faire en sorte de rendre les dispositions réglementaires plus incitatives ? Sans doute, mais pour Thecla Mbongue, cela ne suffit pas. « Éduquer l’utilisateur est très important. Le service proposé doit être perçu comme un outil indispensable. Or, l’approche a souvent été élitiste, trop inspirée ou influencée par le modèle bancaire. Résultat : on se retrouve à servir essentiellement un public bancarisé qui utilise le mobile money comme une plateforme de services supplémentaire ». Bien sûr, « étendre le mobile money au paiement des factures d’eau, d’électricité ou de la télévision par satellite est une bonne initiative. Mais une grande partie de la population n’a pas accès à ces services. Pour l’atteindre, il faut donc renforcer et promouvoir les services qui la concernent le plus, ou mettre en place des programmes d’incitation. Le public cible varie des commerçants informels aux églises. Par exemple, dans certains pays, des églises recourent au mobile money pour récolter les dons. Au Tchad, l’opérateur Tigo a lancé un service dédié aux associations et aux tontines, qui permet de collecter les cotisations des membres via le mobile money ». En Tanzanie, ce même opérateur partage désormais une partie des profits générés par son service mobile money avec les utilisateurs. Au dernier trimestre de l’année 2015, Tigo Tanzanie a ainsi redistribué 2,1 millions de dollars à ses 4,6 millions d’utilisateurs.


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