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Patrice Passy, initiateur de la pensée stratégique endogène africaine

Par Patrick Ndungidi le 24 Mai 2016

Patrice Passy est le directeur associé de DB Conseils (Diagnostic Business), cabinet de conseil, spécialisé en intelligence économique et communication d’influence, management des organisations et gestion des problématiques interculturelles. Après avoir conseillé plusieurs autorités politiques africaines et des grands patrons, il est actuellement expert auprès de la directrice générale de l’agence pour la promotion des investissements (API) du Congo-Brazzaville.



Le 28 avril dernier à Paris, devant des invités triés sur le volet, Patrice Passy présentait la Pensée Stratégique Endogène Africaine (PSEA), en réponse à la complexification des marchés africains et à la violence de la concurrence des multinationales. La PSEA, à en croire son initiateur, se veut un processus innovant de destruction créatrice des anciennes ingénieries, paradigmes, concepts ayant régenté le développement, les croyances, l’agir et le vivre ensemble individuel ou collectif ainsi que les habitacles africains. Elle se conçoit dans un cadre de pollinisation mutuelle sur les sujets complexes et enjeux globaux désigné sous le vocable : l’Université des connaissances africaines (UCA). Objectif : « changer des paradigmes postcoloniaux devenus inopérants face aux exigences de la mondialisation et de nos développements ». Pour son auteur, cette pensée se mettra en œuvre grâce à la Nationale stratégique (la NS), un groupe d'institutions et d'expertises d'aide à la décision pour les gouvernements africains. Mission : éclairer le gouvernement dans la conceptualisation et la mise en œuvre des nouvelles réponses stratégiques nationales en matière de guerre économique, de rattrapage économique, des nouvelles solutions sur les thématiques sociales, environnementales ou technologiques. « On ne peut pas comprendre que le plan national de développement d’un pays africain soit proposé par un cabinet américain.  Nous voulons soutenir que l’Afrique est l’avenir du monde, mais nous disons aussi que l’Afrique maintenant est l’avenir des Africains parce que nous prenons en charge des projets que nous avons sous-traités aux autres. Nos compétences et nos expériences arrivent à maturité et nous pensons en conséquence que nous pouvons initialiser de manière endogène l’émergence véritable de nos pays d’origine ». La création de ces nouveaux concepts et structures est l’aboutissement de plusieurs années d’expérience de travail sur le continent africain du directeur associé de DB Conseils dont le parcours est assez atypique.

Des compétences pluridisciplinaires

Comment transformer en atout un parcours atypique ? A Paris, au début des années 2000, c’est la question principale qui a taraudé Patrice Passy, après l’obtention de diplômes en droit public, criminologie (Sorbonne), sciences criminalistiques (université Paris-Descartes), gestion des crises humaines, sociologie générale, victimologie (université Paris XIII), et sécurité intérieure.
 
« J’avais accumulé des compétences multiples, et mon parcours sortait de l'ordinaire, il me fallait faire de cette incohérence un atout dans le conseil et devenir original grâce à mes facultés créatrices et mon esprit d’innovation. J’avais conscience que la pluridisciplinarité qui était au cœur de mon parcours d'études devrait être la source de ma capacité de production d’expertises. Et pour cause, les métiers auxquels ces formations donnent accès privilégient des compétences dans des domaines multiples… », explique ce dernier. Après avoir effectué un bilan de compétences, il s’oriente vers le secteur du conseil en entreprise, à une période où le concept d’intelligence économique prenait de l’ampleur. « La maîtrise de l’’intelligence économique et de la complexité croissante des marchés, des enjeux géostratégiques et géoéconomiques nécessite des connaissances diversifiées dans l'économie, la finance, les sciences sociales, les normes juridiques, la gestion des crises humaines… etc. En outre, avec la globalisation croissante des marchés et l’interdépendance des États, la maitrise de l’information devenait un enjeu stratégique pour l’entreprise et les États et l’information, une matière première. J’avais compris qu’il se développait sous mes yeux un métier d’avenir », poursuit notre homme.
 
Au terme de ses études, à la fin des années 1990, et au vu des troubles politiques frappant le Congo à cette époque, il lui est impossible de rentrer exercer dans son pays natal. Patrice Passy relève le défi d’un nouveau départ professionnel. Il décroche un nouveau diplôme à l’Ecole supérieure de gestion et de finance (ESCIA). « En fin d’études, je devais effectuer un stage, mais j’ai préféré créer M.I.Q. Conseils, car je savais que les réponses à mes préoccupations d’entreprise ne seraient pas satisfaites par un stage. M.I.Q. Conseils est donc né de ma volonté de concevoir un appareil de solutions aux failles d’entreprises que j’avais préalablement identifiées lors de mon parcours ». C’est ainsi qu’en 2001, il crée M.I.Q. Conseils (Management des organisations - Intelligence Économique - Qualité), premier réseau de compétences franco-africaines qui deviendra dix ans plus tard DB Conseils (Du diagnostic au business). « Les différents dysfonctionnements que je constatais dans les entreprises découlaient d’une gestion des priorités à géométrie variable dans l’entreprise. On règle les problèmes en ‘’mode urgence’’. Cette méthode de résolution des dysfonctionnements n’inclut pas toujours la planification ou la stratégie. On réagit plus qu’on agit. Cela a de lourdes conséquences sur le rendement, la cohésion des équipes, la performance et les résultats. Nous étions obligés d’apporter des solutions au cas par cas, et cela fait notre notoriété en France et sur le continent. »

Transformer l'organisation et accroître la performance par l’intelligence économique

Le management des organisations est donc le cœur de métier de M.I.Q. Conseils, dans lequel est également inclue l’intelligence économique. « Nous sommes le premier cabinet africain à avoir valorisé l’intelligence économique dès 2002 », soutient Patrice Passy. Depuis lors, le cabinet a mené des projets et gagné des marchés dans plusieurs pays, notamment en Côte d’ivoire, au Bénin, au Congo-Brazzaville, en RDC, en Afrique du Sud, en Chine, en Belgique, en France, en Autriche et au Sénégal. Ce cabinet a travaillé notamment avec les patronats du Sénégal, des deux Congo et du Cameroun. « Nous avons été les premiers à sensibiliser sur l’importance d’une pensée stratégique endogène pour les États africains à Brazzaville et Cotonou. Nous avons également formé des cadres des ministères africains à la protection du patrimoine économique de l’État, à la protection des données sensibles dans les entreprises et enfin, nous avons été les premiers à réfléchir à la façon de s’approprier en Afrique l’intelligence économique qui commençait à se structurer en France », se rappelle Patrice Passy. 

Monsieur Plus

Bien plus, le cabinet a également été opérationnel sur le marché européen. « Dès 2007, après la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Sénégal, nous avions développé l’expertise et l’expérience de l’entreprise. Il nous fallait donc conquérir notre marché domestique. Notre premier marché a été conclu avec le ministère des Finances qui avait créé un appendice chargé d’évaluer l’utilisation des fonds à affecter à des projets de développement à destination des pays africains. Nous avons ensuite travaillé avec l’Agence pour la francophonie qui voulait contrôler le flux financier des migrants », déclare Patrice Passy. Le cabinet, composé de quatre salariés et de 19 consultants en freelance, a aujourd’hui des bureaux à Douala, Kinshasa et Brazzaville. Il envisage de s’installer également à Yaoundé et Casablanca. « Je peux être satisfait du parcours et des résultats, mais je demeure un éternel insatisfait, parce que je suis monsieur plus et j’ai besoin de trois fois plus pour pouvoir avancer », conclut Patrice Passy.



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