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Rédigée le 7 Avril 2016

Patrice Emery Lumumba à genoux


Patrice Emery Lumumba à genoux
Deux statues de Patrice Emery Lumumba ont été récemment inaugurées en Allemagne. L’intention était excellente. Certes ! Mais hélas, comme le dit le proverbe : «Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions.» Après de nombreux hommages, dont celui de la Russie qui lui a dédié une université, deux villes allemandes ont voulu honorer la mémoire de Patrice Emery Lumumba, Premier ministre congolais et martyr de la libération de son pays, assassiné en 1961 par les forces coloniales. Un buste a été dressé à Berlin et une statue à Leipzig. Mais hélas, je défie quiconque de reconnaître en ces « choses » immondes et iconoclastes, le grand homme que l’on a voulu immortaliser ! Les statues sont tristes et odieuses autant dans le fond que dans la forme. Ces sculptures ne traduisent pas la vraie personnalité de Lumumba. Certes, on l’a souvent vu martyrisé par ses assassins qui le traînaient par les cheveux. Mais son regard restait grave comme sondant un horizon lointain.

Sur les deux représentations allemandes, on voit un homme chauve. Or la caractéristique qui représente le mieux Lumumba a toujours été sa coi‚ure élégante avec sa raie impeccable. Sur la statue grandeur nature, on voit un homme assis, les pieds dans une posture bancale, en guenilles, chauve donc et le visage empreint d’une misère qu’aucun artiste n’a jamais prêtée, même aux statues portraiturant les esclaves. L’homme se distinguait par son élégance, sa beauté et son ra…ffinement. Fier, il l’était au point d’avoir signé son arrêt de mort quand il a défié l’horreur coloniale belge. Ici, il est comique et laid. Qui a eu l’idée d’immortaliser sous les traits de la misère et de l’abaissement l’un des plus grands noms de l’Afrique libre, de l’Afrique digne, de l’Afrique debout ?! La vraie et seule question qui mérite d’être posée, la voici : comment le peuple congolais, les pouvoirs congolais et la famille Lumumba ont-ils pu accepter un tel égarement ? Pourquoi faut-il que l’Africain soit toujours dépeint avec son consentement ou peut-être même avec une jouissance masochiste et « essentialisante » sous les traits de la servitude et de l’apitoiement ? Nom de nom, l’homme a été un Premier ministre !

Pourquoi donc ce portrait d’esclave ? Qui s’imagine Jeanne d’Arc, même sur le bûcher, avec l’air que l’on a prêté à ce héros universel ? A-t-on jamais vu même Toussaint Louverture ainsi portraituré ? Que l’on me montre une seule figure de la résistance européenne ainsi dépeinte. L’intention était bonne, je le dis et je le répète. Si j’en veux aux Allemands, c’est parce qu’ils sont à tout jamais incapables de voir un héros universel noir autrement que dans la peau et la posture de la soumission. Dois-je en vouloir aux autorités congolaises et à la famille de ce grand homme ? Au bout de ce petit matin de ma tristesse, je n’en sais rien. Au bout de ce petit matin de ma colère, je me dis que la route qui nous conduira vers le changement de regard envers nous-mêmes est longue.
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