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Rédigée le 28 Octobre 2016

Pas de deux

Les corps sculptés virevoltent, gracieux et souples, puissants et émouvants, dansant inlassablement, contant sans paroles tragédies et poèmes.


Pas de deux
Légers et aériens, les corps galbés se plient à toutes les exigences avec une incroyable aisance, vrais chefs-d’œuvre vivants, ils sont sublimés par des costumes colorés. Les danseurs du Alvin Ailey American Dance Theater sont talentueux, triés sur le volet et soumis à une discipline de travail très rigoureuse.

J’ai eu le bonheur de voir danser cette troupe extraordinaire à Paris au début des années 1990. Depuis, j’en redemande et je retourne voir ses spectacles dès que l’occasion se présente. Lorsque son fondateur afro-américain, Alvin Ailey, et un petit groupe de danseurs se sont produits en 1958 au 92nd Street Y à New York, ils ont révolutionné l’univers américain de la danse sans imaginer un seul instant qu’ils donnaient naissance à l’une des troupes de danse les plus admirées au monde ! En près soixante ans, 25 millions de spectateurs sur 6 continents, 71 pays et 48 Etats américains, sans compter les téléspectateurs, les internautes et ceux qui ont assisté à des projections de films sur la compagnie. Le prolifique Alvin Ailey, de son vivant, a créé 79 ballets dont Revelations (1960) – devenu la pièce maîtresse de tous les spectacles. Mais la compagnie compte aujourd’hui 235 ballets nés d’une collaboration avec plus de 90 chorégraphes. D’abord sous la direction artistique de Judith Jamison, chorégraphe émérite choisie par Ailey comme son successeur en 1989. Puis sous celle de Robert Battle que celle-ci a, à son tour, désigné pour lui succéder en 2011.

En septembre 2016, leur tournée au Royame-Uni proposait Mixed Bill, un assortiment de 10 ballets composant quatre spectacles (A, B, C, D) comme un menu au choix, et interprétés par 32 danseurs. Le 10 septembre au Sadler’s Wells Theatre de Londres, nous nous sommes régalés avec le programme B. En guise d’entrée avec Open Door (2015), nous avons vu les danseurs évoluer sur un morceau de jazz, puis glisser progressivement vers de la musique africaine et finir sur des rythmes latino avec un naturel et un plaisir contagieux. Le plat de résistance, Piazzolla Caldera (1997), fut une magnifique démonstration de tango argentin, langoureusement envoûtant. Le spectacle s’est achevé par Revelation, un tableau récapitulatif de l’héritage afro-américain sur fond de negro spiritual. Tout y est. Les joies et les peines, l’espoir et le désespoir sublimés par la puissance de ces corps superbes se déplaçant avec fluidité et la cadence d’une musique qui vous prend aux tripes. L’émotion régnant dans la salle. Nombre de spectateurs ont pleuré en silence, durant le passage sur I wanna be ready, avant de chanter Rock my soul in the bosom of Abraham pour la finale en tapant des mains.

Voir danser la troupe du Alvin Ailey American Dance Theater est un privilège que se réservent les connaisseurs. Rejoignez-nous à la première occasion, vous ne le regretterez pas.
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