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Nicole Gakou L’amazone de l’économie sénégalaise

Par JULIEN CHONGWANG le 1 Juillet 2016

De l’art graphique aux BTP en passant par l’édition et le conseil, la présidente de l’Union des femmes chefs d’entreprise du Sénégal ne laisse passer aucune occasion d’entreprendre. Question d’affirmer les capacités de la gent féminine en matière de création, de gestion et de développement d’entreprises.



Nicole Gakou  L’amazone de l’économie sénégalaise
L'orsqu’elle ne peut honorer le rendez-vous qu’elle vous a fixé, Nicole Gakou vous prévient d’un coup de téléphone ou d’un SMS. Lorsqu’elle est à nouveau disponible, elle vous le fait savoir avec précision. Arrivé dans les locaux de l’Union des femmes chefs d’entreprise (UFCE) du Sénégal dont elle est la présidente, vous êtes accueilli immédiatement par ses collaborateurs. Lorsqu’elle vous reçoit finalement, Nicole Gakou s’excuse avec courtoisie.

C’est un problème technique qui est à l’origine de ce premier rendez-vous manqué. Il a fallu toute la disponibilité de la chef d’entreprise pour relancer la production à la Nouvelle société d’arts graphiques – une entreprise d’impression industrielle que 
Mme Gakou a créée sur fonds propres en 1999, neuf années après l’obtention de son diplôme d’ingénieur en technologies informatiques à l’Ecole supérieure d’informatique de Paris (Supinfo).

Cette qualification est venue réveiller l’esprit d’entreprise qui sommeillait en elle depuis son adolescence. Mariée très jeune à un entrepreneur sénégalais, elle a pris en charge dès les années 1980 les volets administratif et ressources humaines d’Ereca (Etudes réalisations conseils approvisionnement), l’entreprise de ce dernier. Elle quitte ces responsabilités pour aller effectuer son cycle d’ingénieur à Paris. La formation terminée, elle décide de voler de ses propres ailes.

​ÉDITRICE

Aujourd’hui, elle se dit fière des performances de la Nouvelle société d’arts graphiques. Cette entreprise lui a appris à saisir chaque « opportunité d’affaires ». L’une des plus concluantes est l’appel d’offres remporté en 2003 pour l’impression de livres. L’exécution de ce contrat lui permet de côtoyer Edicef (maison d’édition et filiale de Hachette Livre, dont la vocation est de répondre aux multiples attentes du public francophone d’Afrique et de l’océan Indien). 

C’est son directeur général d’alors, Laurent Loric, qui l’a introduite dans le monde de l’édition. Tant et si bien que l’année suivante, elle ouvre sa propre maison d’édition baptisée Les Editions Kalaama.
Spécialisée dans l’édition jeunesse, cette maison d’édition est le fruit de sens de l’observation. « J’ai opté pour l’édition jeunesse car, en tant que mère de famille, je me suis rendu compte que pour l’éducation de nos enfants, nous n’avions pas de référentiel culturel africain. Tout ce que nous avions parlait d’autres cultures, en l’occurrence de la culture européenne, et notamment de la culture française. Ainsi, lorsque je cherchais un livre de contes pour mes enfants, c’était toujours des contes de Blanche-Neige que je trouvais. Ce qui n’était évidemment parlant ni pour moi ni pour mes enfants. J’ai donc voulu créer quelque chose dans ma culture africaine », indique cette femme posée. L’entreprise qui publie aussi en français et en anglais édite en priorité dans les langues nationales. Pourquoi ? « Pour construire le monde, on a besoin de rêve. Mais, on ne rêve pas dans la langue des autres ; on rêve dans sa propre langue », explique-t-elle. 
Douze ans après leur lancement, les Editions Kalaama se sont imposées sur le marché sénégalais au point d’être chaque fois citées parmi les principales maisons d’édition.

TOUCHE-À-TOUT

Forte de sa notoriété, la dynamique promotrice explore d’autres domaines. D’abord, le conseil. Ainsi, elle crée, en partenariat avec M. Babacar, la société BES Consulting Group dont elle est la directrice associée. Si M. Babacar est un professionnel de la pêche, Nicole Gakou, elle, a suivi des formations notamment en leadership et en entrepreneuriat féminin. Les activités de BES Consulting Group reflètent ainsi les profils et les parcours de ses deux associés. « Mais, nous faisons aussi volontiers des travaux dans d’autres secteurs lorsqu’ils nous sont confiés », précise Mme Gakou. La vérité, c’est que Nicole Gakou est une touche-à-tout.

Aussi, il n’est pas surprenant de la retrouver dans le secteur des bâtiments et travaux publics (BTP). En effet, depuis 2012, elle est à la tête de la Société africaine des travaux (SAX) qui, outre l’immobilier, fait aussi de la décoration d’intérieur. « Vous savez, on crée une entreprise par opportunité. […] J’avais commencé par refaire ma maison et beaucoup de gens avaient estimé que le travail avait été très bien fait, aussi m’avaient-ils confié le réaménagement de leurs propres maisons. C’est de là que tout est parti. » Précision : son époux, acteur majeur du BTP, a été d’une grande aide dans cette transition… Aujourd’hui, à la tête de quatre entreprises indépendantes, Nicole Gakou emploie une centaine de personnes pour un chiffre d’affaires compris « entre 3 et 5 Mds de francs CFA par an », selon elle.

MILITANTE

Grandie par ses expériences, elle entre et milite dans les syndicats patronaux, parmi lesquels le Mouvement des entreprises du Sénégal (MDES) dont elle devient même la vice-présidente entre 2003 et 2008. « Mais, au fil du temps, je me suis rendu compte que beaucoup de préoccupations des femmes chefs d’entreprises n’étaient pas prises en compte », dit-elle. Les responsabilités de mère de famille, le difficile accès aux financements et à la terre figurent en bonne place parmi ces préoccupations.

Aussi, elle crée une organisation patronale propre aux femmes. L’Union des femmes chefs d’entreprise (UFCE) voit le jour en mai 2007. Neuf ans après sa création, l’organisation est devenue le principal syndicat patronal féminin du Sénégal et compte quelque 500 membres répartis sur tout le territoire national, avec des bureaux à Dakar, Saint-Louis et Ziguinchor. C’est désormais sous cette casquette qu’elle est la plus connue dans le pays et en dehors. « 52 % des Sénégalais sont des femmes, avance-t-elle. Tant qu’on ne considérera pas cette force comme pouvant permettre le développement de notre pays, tant que ces 52 % seront toujours considérés comme de micro-citoyennes parce que réduites aux micro-crédits, tant qu’il n’y aura pas de femmes entrepreneuses riches, tant qu’on ne comprendra pas que l’éducation de la femme est primordiale pour nos Etats, je pense que l’émergence ne restera que dans des documents bien ficelés. » 

Publié en Avril 2016.



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