Naufrage de l'Obamacare : et maintenant ?


Quelle stratégie adopter alors que les bourses d’échange de l’Obamacare [marchés d’assurance spéciaux] s’effondrent et que des millions de personnes ploient sous les hausses de prix monstrueuses qui pèsent sur les primes d’assurance maladie ?



Numéro 41 février 2017
Numéro 41 février 2017
Oubliant que le «socialisme» est voué à l’échec — qu’importe sa profonde amoralité — les démocrates demeurent obnubilés par l’idée d’instaurer un système de santé publique régulé par le gouvernement fédéral. La crise terminale de l’Obamacare [Aordable Care Act, la réforme de l’assurance maladie] représente pour eux l’occasion idéale de mener à bien leur éternelle quête d’une «médecine socialisée». Voilà pourquoi partout fleurissent des slogans tels que «le système de payeur unique», «Medicare pour tous» et «les options d’assurance publique» oertes aux consommateurs. Ces dernières ne représentent rien de moins que des polices subventionnées, vendues par une compagnie d’assurances gérée par l’Oncle Sam.
     Les républicains doivent se tenir prêts à présenter des propositions visant à réformer le secteur des soins de santé pour le muer, à terme, en marché conventionnel, où les patients, et non des tiers payeurs tels que les assureurs, Medicare et Medicaid, mèneraient la danse. Pour l’heure, ces patients ne sont pas considérés comme des «clients». Voilà pourquoi des milliers d’entre eux décèdent malencontreusement des suites d’infections nosocomiales ou d’erreurs médicales. Le système actuel est conçu de telle sorte que le patient joue un rôle aussi passif que possible. La révolution de la consommation [des soins de santé] ne s’accomplira pas du jour au lendemain, mais plusieurs projets peuvent servir cet objectif.
• Supprimer les frontières de la souscription d’assurances. Eliminer la balkanisation en supprimant les régimes actuels, propres à chaque Etat. Après tout, les Etats-Unis ne sont qu’un seul et même pays. Rien ne justifie qu’un résident du New Jersey, par exemple, ne soit pas autorisé à souscrire à une police proposée dans le Wisconsin. Au lieu de quelques compagnies, ouvrons donc la concurrence à des centaines d’entre elles.
• Transparence des tarifs. Exigeons des hôpitaux et cliniques qu’ils a›ffichent le coût de chaque soin, traitement et service offert. Les écarts de prix relèvent parfois de l’absurde. Le système de tiers payant et le manque de transparence expliquent pourquoi la pression sur les prix n’est pas aussi rapide et implacable dans le secteur des soins de santé, que celle couramment exercée sur d’autres marchés. Si les télésécrans plats 16/9 étaient assujetties au système médical actuel, nous débourserions non pas une poignée, mais 10 000 dollars, pour les acquérir.
• Transparence des résultats. Exiger des hôpitaux qu’ils révèlent chaque mois le nombre de patients décédés des suites d’une infection contractée après leur
admission.
• Transparence de Medicare. Publier chaque année le montant annuel remboursé aux bénéficiaires de Medicare — hôpitaux, cliniques, médecins — dans le cadre de ce programme. De telles indications s’avéreraient extrêmement utiles pour débusquer les fraudeurs, dans la mesure où elles mettraient rapidement en lumière les scénarios et les pratiques douteuses.
• Uniformiser le régime fiscal. Les employeurs et les travailleurs indépendants ont la possibilité de déduire leurs primes d’assurance. Ce n’est pas le cas pour les particuliers, qui sont donc parfois d’emblée défavorisés s’agissant du prix réel auquel ils obtiennent leur assurance.
• Liberté de choix. Que chacun puisse choisir ses polices d’assurance personnelles, et n’ait pas l’obligation d’accepter ce que les bureaucrates estiment bon pour eux. Il est curieux que les républicains du Congrès n’aient pas pris l’initiative de présenter un projet de loi en 2015, pour ensuite contempler M.Obama y mettre son veto avec embarras. Cela aurait fait un formidable sujet de débat pour la campagne présidentielle.
• Stop aux injonctions restrictives «achetez-ça-sinon-gare». Contraindre les employeurs et les particuliers à contracter une assurance est à la fois contraire à l’esprit des Etats-Unis et à la Constitution, quoi que sous-tende le raisonnement grotesque et tordu de John Roberts, président de la Cour suprême [le vote du juge conservateur s’est avéré déterminant pour l’adoption de la loi sur l’assurance maladie]. Ces mesures auraient une portée immense, mais feraient également consensus. Elles aideraient grandement à doter le marché des soins de santé américain des caractéristiques que nous tenons pour acquises dans d’autres marchés: réduction des coûts grâce à la productivité et à l’innovation, transparence et variété de l’offre en lieu et place du dispositif uniforme dans lequel nous avons tous été entassés et qui mènera inexorablement à un rationnement accru et délétère. D’autres ajustements s’avèrent nécessaires, mais jamais nous ne mettrons en route la machine de l’économie de marché, plus favorable au patient, si les réformateurs tentent de courir plusieurs lièvres à la fois. Il va falloir que les républicains se penchent sur la question des mesures de protection ; ces derniers devraient aussi s’atteler à la préparation des projets de loi qui d’une part permettront aux Etats de créer des bourses d’échange labellisées à haut risque pour les personnes qu’il est véritablement impossible d’assurer, et qui prévoiront d’autre part l’allocation d’une partie du financement. Autrement, nous devrons nous cantonner à l’obligation faite aux assureurs d’assurer à tout venant, qui a laissé toute latitude à cette monstrueuse manipulation du système : Ne souscrivez pas de couverture à moins d’être malade.
    Le Grand Old Party, le parti républicain, devra par ailleurs préserver cette disposition très populaire en faveur des familles, qui couvre les enfants jusqu’à leurs 26 ans. Choisissez vos batailles avec discernement !

Le plus grand banquier d'Amérique

Amadeo Peter Giannini était l’un des plus remarquables banquiers de l’Histoire, un dirigeant d’entreprise exceptionnel dont le nom n’est connu que de quelques-uns. La réputation des banquiers étant entachée depuis la crise de 2008–2009 — le dernier scandale en date est dû à la banque Wells Fargo [qui aurait ouvert des comptes fictifs au nom de clients à leur insu] — il serait peut-être salutaire, voire inspirant de se pencher sur l’histoire de ce banquier qui a su accomplir tant de choses opportunes.
Né dans le nord de la Californie en 1870, ce fils d’immigrés italiens se lance dans le secteur des produits agricoles en tant que courtier. Sa réussite est telle qu’il prend sa retraite à 31ans. Peu après, alors qu’il siège au conseil d’administration d’une banque locale, M.Giannini ne parvient pas à comprendre pourquoi cette dernière refuse d’offšrir ses services à la population d’immigrants, alors en croissance rapide. A maintes reprises, on lui répète que les services bancaires sont réservés aux nantis. Il quitte alors la banque pour fonder sa propre institution, la Bank of Italy, qui deviendra la Bank of America (BofA), que M.Giannini hissera au rang de première banque des Etats-Unis. L’histoire de cet homme est riche d’enseignements pour les entrepreneurs tentés par l’aventure.
• M.Giannini a enfreint toutes les règles. Sa banque pratiquait des horaires prolongés pour pouvoir accueillir les travailleurs faisant les trois-huit. Outre l’anglais, les guichetiers parlaient la langue de leurs clients immigrés. Ils aidaient ceux-ci à comprendre les ressorts du système bancaire, que ce soit remplir les bordereaux de dépôt ou gérer leur compte courant. Les prêts étaient octroyés à partir de 25dollars — une somme dérisoire aux yeux des banquiers traditionnels — et assortis de taux d’intérêt minimes, à des années lumière de ceux pratiqués par les usuriers auxquels les immigrants devaient auparavant s’adresser. Rares étaient les défauts de paiement. En habitué des quais de San Francisco pendant une bonne partie de sa jeunesse, M.Giannini avait appris comment jauger les hommes. Il fit de la publicité [pour ses services], stratégie inédite dans le milieu bancaire. Et avec ses collaborateurs, il frappa à un nombre incalculable de portes pour conquérir des déposants.
    Amadeo Giannini ouvrit également sans relâche de nouvelles succursales
et racheta des banques de moindre envergure. Il posa les premiers jalons de la société de holding bancaire et étendit ses activités à d’autres Etats.
    Le non-conformisme de M.Giannini ne se cantonna pas à l’ošffre de services aux immigrants et à la révolution du crédit à la consommation (voitures neuves et d’occasion, prêts immobiliers et appareils électroménagers). Il appliqua la même méthode à des secteurs entiers, et finança ainsi la nouvelle industrie du film, alors bourgeonnante à Hollywood (notamment les studios Columbia et MGM), et les établissements vinicoles californiens.
    En 1937, alors que Walt Disney était au bord de la ruine en raison des lourds surcoûts induits par la production de ce qui était à l’époque considéré comme une entreprise de toutes les folies, à savoir le long-métrage d’animation Blanche-Neige et les Sept Nains, M.Giannini accepta de lui octroyer un prêt considérable et salutaire, en dépit des conseils de tous ses collaborateurs.
    En 1932, au plus fort de la Grande Dépression et alors qu’elle subissait une forte pression financière, la banque fit l’acquisition, sur ordre de M.Giannini, de toutes les obligations qui financèrent la construction du Golden Gate.
    M.Giannini alloua également des fonds à William Hewlett et David Packard, alors que leur entreprise était encore hébergée dans un garage.
    Après la Seconde Guerre mondiale, sous son impulsion, la BofA accorda crédit sur crédit à l’Europe et au Japon, dévastés par la guerre. Il finança ainsi la reconstruction des usines en ruine de Fiat.
• Gestion de crise. En 1906, San Francisco fut frappée par un séisme et les incendies qui s’ensuivirent réduisirent la ville en ruines fumantes. Après le tremblement de terre, mais avant que les flammes ne se propagent dans toute la ville, M.Giannini prit un chariot pour y charger l’argent et l’or de la banque, le tout caché sous des fruits et légumes, et conduisit le véhicule hors de la ville. Il s’était rendu compte que les incendies, qui gagnaient du terrain, feraient fondre les cošffres, emprisonnant ainsi l’argent de la banque. Une fois les incendies circonscrits, il retourna en ville, posa une planche sur deux barils, plaça l’argent sur son bureau de fortune et fit savoir que tout commerçant souhaitant obtenir un crédit pour financer la reconstruction pouvait s’adresser à lui et obtenir son prêt sans délai.
    Il n’est donc pas surprenant que M.Giannini ait suscité des jalousies féroces au sein de la concurrence. Lorsque Franklin Roosevelt ordonna la fermeture de toutes les banques en 1933 — le célèbre Bank Holiday — afin de déterminer quelles banques étaient saines et seraient autorisées à rouvrir, et lesquelles mettraient définitivement la clé sous la porte, les banques traditionnelles firent pression sur le ministère des Finances afin que ce dernier ferme la BofA. Amadeo Giannini dut user de chaque levier politique en sa possession et de toute sa force de persuasion pour
sauver sa banque. Si au regard des politiques conventionnelles, nombre de prêts qu’il avait consentis semblaient à risque, M.Giannini estimait néanmoins qu’il connaissait, bien mieux que tout bureaucrate de Washington, la solvabilité réelle de ses emprunteurs.
• Force de caractère. M.Giannini inspirait une confiance absolue, car c’était à l’évidence un homme investi d’intentions honnêtes, qui servait avec compétence une clientèle ignorée.
• La richesse ne constitue pas une fin en soi. Lorsque M.Giannini décéda en 1949, son patrimoine réel était inférieur à celui qu’il possédait lors de la vente de son entreprise de courtage agricole, près d’un demi-siècle auparavant. Il avait la conviction qu’«aucun homme ne possède véritablement sa fortune ; [et que] c’est elle qui le possède». Régulièrement, il effšectua des dons pour financer des bourses d’études et des travaux de recherche médicale. Il ne s’accorda jamais plus de 50 000 dollars de salaire par an, somme coquette en son temps, mais dérisoire selon les normes de rémunération actuelles des PDG des grandes entreprises. Pendant la Grande Dépression, il ne se versa aucun salaire.
    Hélas, le secteur bancaire est à présent si réglementé que quiconque doté des exceptionnels talents d’entrepreneur d’Amadeo Giannini éprouverait une frustration telle qu’il baisserait définitivement les bras.