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Mobile banking en Afrique de l’Ouest francophone enjeu stratégique pour la bancarisation

Par YOUSSOUF CARIUS, DIRECTEUR, CHEF ÉCONOMISTE DE BLOOMFIELD INVESTMENT CORPORATION le 8 Août 2016

En proposant des services financiers à moindre coût, la banque mobile, alternative au secteur bancaire
traditionnel, devient incontournable.



Devenu en moins de dix ans un sous-secteur de poids dans les économies locales de par son volume dans les transactions opérées sur le continent, le mobile banking constitue aujourd’hui une réponse alternative à la bancarisation pour des populations restant déconnectées du système financier traditionnel. Loin devant les économies développées, les outils de mobile money s’inscrivent peu à peu parmi les vecteurs de transactions les plus prisés en Afrique subsaharienne. 

En 2014, le marché de la banque mobile en Afrique subsaharienne est estimé à plus de 100 milliards de dollars. Orange estime à 10 millions d’euros le volume journalier de transactions qui passe par son service Côte d’Ivoire. En UEMOA, l’activité de banque mobile se concentre principalement sur la Côte d’Ivoire, le Mali et le Burkina Faso 
(près de 91 % des transactions en valeur). L’expansion des transferts de fonds via mobile ne s’arrête pas aux pays : on assiste à une intensification importante des transferts interrégionaux qui pousse les opérateurs à réduire les coûts 
de transferts d’un pays à l’autre. Si les volumes de transactions sont conséquents, au regard du leadership incontestable de l’Afrique de l’Est, il y a encore du potentiel. En Tanzanie et au Kenya par exemple, les niveaux de couverture des comptes mobile money sont de respectivement 120 % et 101 %.
Ce modèle de transaction surfe sur la force des opérateurs : leur taux de couverture du continent, probablement le meilleur toute activité de service B to C confondue, devant la distribution de l’électricité et de l’eau. Le vecteur mobile permet de toucher une très large part de la population et de proposer des services financiers de base à moindre coût pour les opérateurs. C’est le principal avantage comparatif du mobile banking sur le secteur bancaire traditionnel.

En effet, le déploiement opérationnel d’une banque présente des coûts élevés (installation d’agences, maintenance des systèmes bancaires, déploiement de conseillers et d’agents opérationnels, transport de fonds sécurisé) et un dilemme au niveau du retour sur investissement, qui n’aura d’intérêt que dans des zones au potentiel d’épargne élevé et à la logistique aisée. En Afrique subsaharienne, les banques se contentent de couvrir les grandes villes en rationalisant au mieux la couverture géographique, là où le mobile banking mutualise les coûts opérationnels des services financiers basiques. 

Le principal avantage comparatif de la banque mobile réside dans 
l’efficacité des services proposés (proximité avec les populations, rapidité d’exécution d’un transfert ou d’un retrait de fonds sur des transactions d’un faible niveau). Les opérateurs de téléphonie mobile ont su exploiter leur réseau de distribution de façon très rationnelle pour atteindre cet objectif. Les coûts marginaux pour le déploiement et le développement du réseau de la banque mobile sont beaucoup plus faibles que ceux des banques traditionnelles.

De quoi penser que les services financiers mobiles seront probablement la solution au faible taux de bancarisation des pays d’Afrique subsaharienne. De la même façon qu’a émergé le binôme banque-assurance à travers le monde, la banque mobile devient de plus en plus incontournable sur le continent, au point de contraindre les banques centrales à encadrer l’activité et anticiper son développement. La capacité d’innovation quasi innée des télécoms et leur force marketing feront office de « boosters » pour 
ce sous-secteur qui s’annonce de plus en plus dynamique. Moyens de paiement mobile, services d’épargne, investissement sur le marché des capitaux, crowdfunding mobile, autant de produits déjà accessibles aujourd’hui par le biais d’un simple téléphone. Les banques traditionnelles l’ont bien compris : elles ont tout intérêt à intégrer cette variable à leur stratégie à moyen et long terme.

Plus la couverture du mobile – déjà à un très bon niveau – s’améliore, plus les services de banque mobile se développent rapidement. Selon les estimations, en 2020, le parc des abonnés mobiles devrait atteindre les 518 millions, soit un Africain 
sur deux. L’implication des services administratifs dans le processus 
de numérisation des moyens de paiement est aussi un vecteur à développer à court terme. En Côte d’Ivoire, certains essais peuvent déjà être considérés comme des succès. Les paiements mobiles des services publics rendus progressent d’année en année et quelques tests concluants confortent les acteurs publics et privés dans des initiatives innovantes, comme le succès du paiement par mobile des frais de scolarité en 2015.


La banque mobile en Afrique de l’Ouest a donc de beaux jours devant elle. Le Kenya et la Tanzanie ont encore quelques années d’avance et présentent de nombreux business models qui fonctionnent autour de ce segment d’activité et qu’il est possible de répliquer en Afrique de l’Ouest et centrale. Le poids des transactions effectuées par ce canal ne cesse de prendre de l’envergure et d’attirer l’attention des investisseurs, mais aussi du régulateur du système financier. Il est important que les Banques centrales de la zone franc (BCEAO et BEAC) fassent preuve de réactivité face à un secteur qui emprunte ses lettres de noblesse aux banquiers, sans pour autant brider le développement de la banque mobile. Cet équilibre est certes difficile à trouver dans un environnement régional où les opérateurs présents sur le segment mobile money n’ont pas tout à fait le même positionnement d’un pays à l’autre. 


Publié en Mars 2016.



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