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Enquête

Métiers du web : un potentiel en devenir

Par PATRICIA COIGNARD le 19 Juillet 2016

Les embauches dans le secteur du web se développent en Afrique à l’image de l’accès du continent à Internet : de façon hétérogène, avec une prééminence du téléphone mobile. Dopés par le taux de pénétration des Smartphone – 50 % à 70 % de la population africaine d’ici 2018 –, les besoins en compétences digitales sont de plus en plus importants. Mais la rencontre entre l’offre et la demande reste insuffisante. Enquête.



Nous sommes à l’ère du numérique, mais, ici, en Afrique francophone, une grande partie des entreprises ou des organismes ne disposent pas encore d’un site web ni d’une véritable stratégie numérique. Or, si vous n’avez pas de site en 2016, c’est comme si vous n’existiez pas du tout. Et si vous êtes mal référencé dans les moteurs de recherche Google, vous n’allez jamais atteindre vos objectifs. Pour booster leur croissance, les entreprises africaines locales accordent progressivement une place de plus en plus importante aux métiers du web. Cela constitue un marché potentiel pour les agences digitales qui sont en train de fleurir dans nos pays et un gisement d’emplois pour les community managers, les concepteurs web et les consultants indépendants, les web-rédacteurs et web-marketeurs se frottent les mains », explique l’Ivoirien Abou Kamagaté, ex-webmaster, administrateur de sites web d’un groupement de coopératives et entrepreneur web indépendant depuis 2013. Outre son blog professionnel – aboukam.net – et ses services associés, il a lancé en 2015 avec des amis entrepreneurs des services web (hébergement, référencement, communication digitale, e-commerce, formation). « Mon activité quotidienne consiste essentiellement à donner de la visibilité aux entreprises et aux marques », lâche-t-il.
 

​LE WEB : UNE HISTOIRE DE STRATÉGIE DE CIBLAGE

Visibilité, voilà le Graal commun et mondial à tous les secteurs sur un continent qui affıche un taux de pénétration d’Internet à 27 % (mais avec des disparités fortes) 
et plus de 120 millions d’utilisateurs de Facebook – sans compter tous les autres réseaux sociaux internationaux et régionaux. « On cherche à capter l’attention de la classe moyenne des grandes villes. Mais aussi celle de la génération qu’on appelle couramment “tête baissée”, c’est-à-dire ces jeunes qui passent pratiquement tout leur temps les yeux rivés sur leurs Smartphone. Avec le lancement de la 3 et 4G, les entreprises prennent de plus en plus conscience qu’être en ligne, via un site web professionnel, et proposer ses services, via une application web ou mobile, est aussi indispensable qu’innovant. Par ailleurs, les réseaux sociaux constituent un canal de choix pour atteindre un public et faire passer un message ou renforcer l’affınité pour la marque, et ce à un coût inférieur aux canaux traditionnels tels que les radios, la télévision, l’affichage », confirme Patrick Ndjientcheu. 
Le Camerounais a démarré sa carrière en 2007, à la direction informatique d’Orange Cameroun, en charge de la conception du système de facturation. Fin 2009, après avoir observé à quel point ses collègues peinaient à trouver un appartement, il crée, avec des amis, koutchoumi.com, un site d’annonces immobilières, devenu l’une des principales références de l’immobilier en ligne au Cameroun. En 2011, frustré de regarder les matchs de foot tout seul chez lui, il lance djoss.tv, une plateforme pour discuter en temps réel avec les téléspectateurs qui regardent la même émission. Une version Android a été lancée récemment pour saisir les opportunités ©ertes par la 3 et 4G et par la forte adoption des Smartphone dans son pays. En 2013, il rejoint l’équipe “Digital And Innovation” de MTN Cameroun en tant que responsable de l’innovation. «›Les entreprises du secteur brassicole, des télécoms, de l’information, de “l’infotainment” (télévision, presse, magazine) ont parfaitement compris l’enjeu que représente l’embauche de compétences “web”. Sur les réseaux sociaux, elles débordent d’imagination pour capturer l’attention des internautes. On constate aussi quelques initiatives dans le domaine de la banque et de la cosmétique, initiatives qui devraient s’accentuer dans un futur proche›», précise-t-il. « Certains entrepreneurs finissent par comprendre que le web n’est pas une histoire de technologie, mais de stratégie de ciblage sur les moteurs de recherche 
et les réseaux sociaux›», corrobore Abou Kamagaté. « Les grandes entreprises ou agences de communication digitale qui ont pris l’initiative de recruter les premiers community managers ont connu un succès considérable à travers leur communication en ligne, donc des retours sur investissement. Les entreprises locales en quête de croissance et qui ne veulent pas ou plus se faire distancer par leurs concurrents recherchent désormais ce type de profil dans notre pays. Les propositions d’embauches directes fleurissent sur le web ivoirien. » 

​UNE HYBRIDATION DES COMPÉTENCES

Programmation, référencement, marketing viral, ce sont donc tous les métiers web qui offrent une large palette d’emplois à explorer pour les jeunes Africains. Les recrutements requièrent une prise en compte des spécificités liées à la culture et au développement de chaque pays. Ainsi, un community manager «›n’a pas le même périmètre d’action en France, par exemple, où il conçoit la stratégie digitale. En Afrique, il s’agit d’un communicant qui maîtrise l’écosystème numérique et va mettre en place une newsletter, produire du contenu de marque, gérer le Big Data, c’est-à-dire relier les consommateurs aux produits et services qu’ils affectionnent. Cette fonction, qui englobe plusieurs autres, connaît une forte expansion », souligne Thierry Barbaut, responsable des stratégies digitales pour l’Agence des Micro Projets, fondateur de l’agence-conseil Stratégie Afrique.

Cette hybridation des compétences est, selon lui, encore plus prégnante et spécifique au continent dans le secteur du mobile banking, « un secteur qui se démocratise énormément et qui embauche beaucoup ». Ces prestations en forte croissance mettent en synergie des compétences du web, du téléphone, de la finance, de l’assurance, de l’éducation, des prévisions météorologiques, de la santé. Thierry Barbaut l’assure, l’une des clés du succès sur le marché colossal du e-commerce en Afrique (et le vivier d’emplois qu’il représente) est la capacité 
à recruter des talents locaux. « Un savoir-faire parfaitement maîtrisé par l’entreprise Jumia [40Mds de dollars de chiffre d’affaires en 2015, NDLR]. Dans chaque pays, elle recrute des équipes digitales du cru, capables de valoriser un produit exactement comme il le faut, mettre en confiance et orienter la commande vers du click and collect ou un paiement traditionnel par carte. Son concurrent en Afrique de l’Ouest – CDiscount– adopte des méthodes similaires. » 

Pour lire l'intégralité de cette enquête, rendez-vous à la page 86 du numéro de Mars 2016, en vente ICI



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