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Portrait

Marie Nadège Diboma : une femme sur tous les fronts

Par Miriam Fogoum le 30 Janvier 2017

Directrice des Relations Extérieures et de la Coopération Internationale auprès du Netherlands-African Business Council, la jeune femme est également co-fondatrice de la ligne de vêtements Bilama Fashion.



©Patrick Nelle
©Patrick Nelle
Nous sommes dans un appartement à Colombes, près de Paris. Quelques éclats de rires nous accueillent. Marie Nadège Diboma est assise sur un canapé, entourée de quelques convives. A notre vue, son sourire s’élargit,  contagieux.  Nous essayons  nous aussi de faire risette, mais avec réserve.  Sous des airs de diva, Marina comme l’appelle ses proches, nous présente à tout le monde. Elle aime s’entourer de joie et de bonne humeur.  Et dire qu’elle aurait pu être juriste ! «Ca ne siérait pas à ma personne. En plus, ca m’aurait surement rendu assez nerveuse.», explique Marina, mi-sérieuse. Sa voie était tracée mais dans un autre domaine ; celui de l’économie des entreprises.  
 
Elle s’y épanouit complètement, et dispose d’un écrin dans lequel repose un joyau précieux : le poste de Directrice des Relations Extérieures et de la coopération Internationale. «Pour une noire c’est une longue marche», avance-t-elle d’un ton plaisantin.  Elle a pour rôle prépondérant de renforcer les liens économiques entre les Pays-Bas et l’Afrique en mettant un accent sur le commerce et les investissements agricoles, maritimes, éducatifs…« J’ai la charge de développer des partenariats avec des structures privées, publiques et parapubliques, notamment en Afrique subsaharienne».
 
En 2013,  un an après le coup d’Etat qui a secoué le Mali, le pays étant encore économiquement instable, fait fuir les investisseurs européens. Mais c’est sans compter sur la pugnacité de madame Diboma qui tient à maintenir un programme financé par l’ambassade des Pays Bas au Mali : «Le calendrier portait sur le  renforcement des PME du Mali, du Niger et du Burkina Faso.» raconte-t-elle. La jeune dame conduit alors une mission constituée de onze entreprises néerlandaises : «Nous avons été les premiers à nous y rendre et à réinstaller une collaboration économique, mais en plus cette descente a impacté sur la réputation du Mali en Europe.» Elle impose son style et s’offre ainsi  une apparition lumineuse : «On a cru en moi, en cette  manière de faire, d’attaquer de front sans baisser les bras.» C’est pourquoi, sa présence en tant que Directrice des Relations Extérieures et de la coopération Internationale sert aujourd’hui de gage de réussite pour les différents projets élaborés par le Netherlands African Business Council (NABC), un réseau d’entreprises néerlandaises qui font du commerce en Afrique. «Pour les missions, nous notons un succès d’au moins75% », précise, pas peu fière, Marie Nadège Diboma.

Une belle victoire

Sa gestuelle tout en rondeur et son regard  aiguisé ordonnent le respect. Ils lui permettent de gravir les échelons au sein du NABC, qui est un également un conseil d’appui au gouvernement néerlandais. Ensemble, ils travaillent sur les réformes concernant la coopération au développement « Nous représentons la voix des entreprises néerlandaises », explique-t-elle. « Avec une délégation de 20 à 25 entreprises, nous avons pour objectif de visiter les entreprises africaines et de connaître leurs réalités ; mais surtout de créer un partenariat gagnant-gagnant en instaurant une forme de transfert des connaissances.»
 
Peut-on la considérer comme le symbole d’une noire décomplexée ? « Oui » assure Aurélie M. sa grande amie. Car pour occuper son poste actuel, Marie Nadège Diboma a fait prévaloir son intelligence. Qui mieux qu’elle pour rapprocher l’Afrique subsaharienne des Pays-Bas ? « Elle est une constructrice de ponts », affirme son amie ; ce qui comme fait invariablement sourire la principale concernée : « Pour arriver à un développement inclusif et durable de l’Afrique, une approche de synergie et de chaîne de valeur est importante », déclare la trentenaire.
 
De son adolescence au Cameroun, elle vous en parle avec emphase et douceur. Son baccalauréat obtenu au Collège Alfred Saker de Douala, sa première année de droit à l’université de la même ville. Ou encore, le souvenir de son envol pour les Pays-Bas alors qu’elle a à peine 18 ans. Et dans ce pays d’adoption, elle a une vie professionnelle à construire ; il faut donc rapidement trouver ses marques. Entre baby-sitting et autres petits boulots, sa vie n’est pas un long fleuve tranquille. Mais le résultat est là : Un master 2 en économie des entreprises, puis plus tard la conquête de la planète NABC.

Bilama Fashion

Et comme si cela ne suffisait pas, Marie Nadège Diboma s’est aussi lancée dans l’aventure entrepreneuriale.  En elle bouillonnait en effet l’envie de devenir styliste et le déclic s’est fait au détour de deux rencontres décisives, Carine Laure Betsem et  Françoise Kaman Mbinguili. Des tempéraments différents mais une envie similaire qui prend corps et porte aujourd’hui le nom de  Bilama Fashion : «Notre entreprise est née d’une passion commune pour la mode, la culture et la richesse des tissus imprimés que nous découvrons lors de nos voyages respectifs », raconte Françoise.  
 
Les trois femmes développent leur formule et trouvent progressivement leur public. Le label prend depuis peu son envol et apparaît désormais dans certains magazines tels que Amina ou Elle magazine. Parmi les clientes conquises, la ministre néerlandaise du commerce internationale et de la coopération au développement, Liliane Ploumen, arbore fièrement «l’authenticité et l’élégance » de la griffe Bilama Fashion. Sans oublier les hôtesses du salon de la mode ethnique à Paris.
 
Les partenaires se souviennent des débuts, souvent compliqués : une politique catastrophique de production, des fournisseurs peu  fiables, sans oublier une  clientèle souvent réticente.  Et pourtant,  elles le savent, ces défaites amères leur ont permis d’ajuster leur projet initial et de parvenir aux premiers succès d’aujourd’hui. Et en attendant que l’entreprise Bilama Fashion soit auréolée de plus de lauriers, Marie Nadège Diboma entend bien développer la stratégie du NABC sur plusieurs années, en étant le porte-parole du secteur privé néerlandais en Afrique. Et, pourquoi pas, devenir un jour Directrice du groupe. En affaire comme dans la Vie, la fortune sourit aux audacieux.



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