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Marie Chantal Uwitonze : « l’expertise de la diaspora doit être utilisée de manière optimale pour le développement économique de l’Afrique »

Par Patrick Ndungidi le 6 Juin 2016

Belge d’origine rwandaise, âgée de 34 ans, Marie Chantal Uwitonze a fondé et préside l’African Diaspora Network in Europe (ADNE), une organisation faîtière des organisations de la diaspora africaine en Europe. Objectif : aider les organisations membres à parler d’une seule voix auprès des décideurs politiques sur les questions d’intérêt commun pour l’Europe et l’Afrique, soutenir les efforts de l'Union africaine et de l'Union européenne pour promouvoir l'utilisation optimale de l'expertise de la diaspora africaine sur le développement économique de l'Afrique, et renforcer l’intégration de la diaspora africaine en Europe. Elle est conseillère au Parlement européen, au sein notamment de la Commission sur le développement et de la délégation de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE. Marie Chantal Uwitonze est détentrice d’un master en sciences politiques spécialisé en relations internationales (diplomatie et résolution de conflits) et d’un master complémentaire en développement, environnement et société, obtenus avec distinction à l’Université catholique de Louvain en Belgique. Elle est également titulaire d’un diplôme en droit international et diplomatie obtenu à l’Ecole nationale d'administration (ENA) à Alger. Polyglotte, Marie Chantal Uwitonze parle 7 langues : français, anglais, espagnol, kinyarwanda, swahili, néerlandais et arabe. Elle est l'auteur du livre « Union européenne, acteur du maintien de la paix en Afrique : succès et limites d’un engagement », publié en juillet 2014, et a également dirigé la rédaction du livre bilingue (français-anglais) « Les ressources naturelles en Afrique : une bénédiction », du député européen Louis Michel.



Marie Chantal Uwitonze : « l’expertise de la diaspora doit être utilisée de manière optimale pour le développement économique de l’Afrique »

Forbes Afrique : Qu’est-ce qui a motivé la création de l’African Diaspora Network in Europe ?

Marie Chantal Uwitonze : ADNE a été créé pour combler les lacunes existantes dans l'interaction entre la diaspora africaine et les autorités nationales, européennes et africaines, ainsi que d'autres organismes de développement basés en Europe. Aujourd’hui, le rôle de la diaspora dans le développement des pays d’origine et dans les pays d’accueil est reconnu de tous. Mais la diaspora n’est pas toujours consultée ou impliquée en tant qu’acteur important. Les transferts financiers de la diaspora sont plus importants que le montant total de l’aide publique au développement. L’Union africaine a également reconnu la diaspora comme la sixième région de l'Afrique et l’Union européenne ne cesse de rappeler le rôle que joue celle-ci dans le développement économique des deux continents. Pourtant, il n'y avait pas d'organisation visible au niveau européen pour assurer une bonne intégration de cette région dans le processus de prise de décision en Afrique et en Europe. 

Quels sont les objectifs spécifiques de l’ADNE ?

M. C. U. : ADNE poursuit plusieurs objectifs : aider la diaspora africaine en Europe à parler d’une seule voix auprès des décideurs politiques sur les questions d’intérêt commun pour l’Europe et l’Afrique ; soutenir les efforts de l'Union africaine et de l'Union européenne pour promouvoir l'utilisation optimale de l'expertise de la diaspora africaine sur le développement économique de l'Afrique et de l'Europe ; intégrer la participation de la diaspora dans les agendas respectifs de l'Union africaine et de l'Union européenne, tel que l’agenda  2063 et  le partenariat Afrique-UE  pour la migration, la mobilité et l’emploi ; servir d’interlocuteur légitime de l'Union européenne, l'Union africaine, des pays africains, des ambassades africaines, du secrétariat ACP, des agences gouvernementales et des organisations internationales en ce qui concerne la diaspora africaine ; promouvoir l’intégration des membres de la diaspora africaine dans leurs pays d’accueil et leur offrir une plateforme de dialogue constructif et de partage de connaissances de façon à les autonomiser et à soutenir leurs efforts pour le développement durable de l'Afrique  et encourager une plus grande implication des Africains dans la construction de l'avenir de l'Afrique et de l'Europe.

Quelles sont les actions concrètes que mène cette organisation ? Pourriez-vous nous citer quelques résultats auxquels vous êtes parvenus ?

M. C. U. : ADNE a été la première organisation à impliquer la diaspora africaine dans le processus de prise de décision en Europe.  A titre d’exemple, chaque année, nous organisons des sessions de haut niveau sur des questions clés dans le domaine du développement au sein des Journées européennes de développement.  En 2015, nous avons organisé une session sur la culture et le développement. A cette occasion, nous avons réuni 10 organisations de la diaspora africaine ainsi que des organisations européennes et internationales telles que l'UNESCO et la Fondation européenne pour le tourisme durable. Les parties prenantes ont signé conjointement un manifeste sur la culture et le développement qui a été présenté au Sommet des nations sur le développement durable en septembre 2015 et au Parlement européen à Strasbourg en octobre 2015. Par ailleurs, nous organisons des rencontres entre les parlementaires européens et une délégation composée des représentants des organisations de la diaspora venant de plusieurs pays d’Europe. La première rencontre a eu lieu à Strasbourg en octobre 2015 et a réuni 50 membres de la diaspora. Pendant deux jours, les deux parties ont discuté de questions clés comme la migration, la gestion des ressources naturelles en Afrique, etc. C’était la première fois que la diaspora était invitée à exprimer son point de vue dans la seule institution élue de l’UE. Cela marque un grand pas en avant dans la reconnaissance des citoyens européens au même titre que tous les autres. Récemment, ADNE a également participé au Sommet mondial de l’aide humanitaire à Istanbul du 23 au 24 mai 2016, à l’occasion duquel nous avons rédigé une déclaration. Dans le cadre des Journées européennes de développement prévues du 15 au 16 juin 2016, le plaidoyer de l’ADNE inclut l’organisation d’une session de haut niveau sur la question des migrations et des réfugiés, et de deux auditorium de haut niveau sur les « moyens d’exécution de l’agenda 2030 » et « l’engagement du secteur privé », ainsi qu’une session sur « l’entrepreneuriat et l'emploi des jeunes en Afrique ».

Vous prévoyez de lancer « African Diaspora Skills Database – ADSD ». En quoi cela consiste-t-il et quelle en sera la valeur ajoutée ?

 
M. C. U. : « L’African Diaspora Skills Database » est une base de données qui aura pour objectif de recenser les compétences de la diaspora en Europe. L’objectif est de soutenir deux des missions de l’ADNE, dont la promotion de l'utilisation optimale de l'expertise de la diaspora africaine sur le développement économique de l'Afrique. Elle permettra de renseigner l’Union européenne, l’Union africaine et leurs Etats membres sur les secteurs où la diaspora peut servir d’expertise et aussi fournir de la main d’œuvre aux secteurs en pénurie. Il s’agit également d’un outil pour la promotion  de l’intégration et de l’emploi. Cette base de données permettra de renforcer le recrutement des membres de la diaspora par les institutions européennes, les administrations, les sociétés multinationales, les pays africains et les organisations internationales.


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