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Marie Chantal Kaninda, dans les hautes sphères du secteur minier en Afrique

Par Patrick Ndungidi le 19 Juillet 2016


Marie Chantal Kaninda est la présidente du British Congo Business Group (BCBG) à Kinshasa, une association qui vise le développement des relations d’affaires entre la République démocratique du Congo et la Grande-Bretagne. Mariée et mère de deux filles, cette économiste, diplômée de l’université de Liège en Belgique, cumule 19 années d’expérience professionnelle dans le secteur minier au sein de grands groupes internationaux. Elle occupe actuellement le poste de directrice des relations extérieures pour l’Afrique de Rio Tinto, deuxième groupe minier au monde par sa capitalisation boursière. Marie Chantal Kaninda est également membre du conseil d’administration du Diamond Development Initiative (DDI), dont l’objectif est de structurer les artisans miniers dans plusieurs pays.



Avant de rejoindre Rio Tinto, Marie Chantal Kaninda a évolué au sein de groupes miniers internationaux, occupant différents postes administratifs dans les ressources humaines, la gestion, la communication, les relations extérieures ainsi que les communautés. C’est en 1998 qu’elle commence sa carrière dans le secteur minier au sein du groupe Ashanti Goldfields, une société de droit ghanéen, où elle a occupé pendant cinq ans des responsabilités administratives en RDC. Lorsqu’Ashanti Goldfields fusionne avec AngloGold, devenant AngloGold Ashanti, elle continue à évoluer au sein de l’administration de la nouvelle société. Après avoir commencé dans le secteur de l’or, Marie Chantal Kaninda passe au diamant lorsqu’en 2005, elle rejoint l’entreprise sud-africaine De Beers où elle a évolué pendant six ans en RDC avant d’intégrer Rio Tinto. « Je trouve le secteur minier extraordinaire et passionnant, néanmoins il est encore à prédominance masculine, particulièrement sur le terrain », indique notre interlocutrice, tout en reconnaissant qu’aujourd’hui le secteur minier est beaucoup moins viril qu’il ne l’était auparavant. À ce sujet, se rappelle-t-elle, pour l’une des entreprises où elle a évolué précédemment dans le département exploration, elle travaillait avec des géologues aguerris qui passaient beaucoup plus de temps sur terrain et vivaient très souvent dans des camps en pleine campagne. Elle, en tant que responsable de l’administration et des ressources humaines, travaillait à Kinshasa. « Nous communiquions donc bien souvent par email. Je sentais que le courant ne passait pas très bien, les géologues pensaient que je ne les comprenais pas, car je croyais que tout se faisait comme dans mes bureaux climatisés à Kinshasa. J’ai donc pris la décision de faire le tour de tous les camps, choisissant de dormir sous des tentes, de parcourir avec eux des centaines de kilomètres de routes très abîmées, d’utiliser des douches de fortune construites avec des feuilles de palmier, de traverser des rivières où l’eau vous arrive à la mi-cuisse, de dormir sous une tente complètement mouillée par ce que j’avais oublié d’en fermer les fenêtres et qu’entre temps il y avait eu une grosse averse… tout cela sans me plaindre, et sous le regard discret, mais attentif de mes collègues masculins qui se demandaient quand j’allais craquer. Toutes ces expériences m’ont valu le respect de mes collègues géologues ainsi qu’une nette amélioration de nos relations professionnelles ». 
 
Expériences professionnelles enrichissantes
 
Marie Chantal Kaninda a mené de grands projets au sein des groupes dans lesquels elle a évolué. Certains, bien qu’importants, se sont néanmoins avérés des expériences malheureuses, reconnaît-elle. Ainsi, elle a été la responsable de la fermeture de plusieurs projets dans différents pays, notamment en République centrafricaine et en RDC, mais, explique-t-elle, tout en préservant la réputation des entreprises pour lesquelles elle travaillait. En Angola, elle a mené à bien la double relocalisation d’une communauté rurale, dans un environnement dont elle ne comprenait pas la langue et où, perçue comme une étrangère, elle devait se faire accepter par cette communauté pour assurer un travail conforme aux normes internationales, dans le but de protéger la réputation de la société. « Et finalement dans mon pauvre mélange de portugais, d’espagnol et de français, j’ai réussi à établir un bon contact, d’abord avec les femmes et les jeunes de la communauté, puis ensuite avec les hommes. Les relocalisations qui ont été un succès nous ont valu les félicitations du groupe pour lequel je travaillais. Et ce modèle a été repris dans plusieurs autres pays où le groupe avait des activités ». Par contre, cela a été plus dur en Centrafrique avec la fermeture des opérations de la société pour laquelle elle travaillait. « Après avoir réussi le licenciement du personnel en respectant toutes les procédures légales et sociales, en raison du grand groupe international que nous constituions, le ministre des Mines ainsi que le chef de l’État devaient être informés de notre décision de fermer nos opérations dans le pays. La guerre ayant commencé dans le nord du pays, ce n’était pas la meilleure des informations que nous puissions communiquer au chef de l’État. J’étais la seule à parler français au sein de la délégation qui devait être reçue par le Chef de l’État. Nous étions tous des étrangers, mais j’étais la seule Africaine et femme de surcroît. Le chef de notre délégation parlait en anglais et je devais traduire en français. Comme vous le savez, l’anglais est une langue plus directe, alors que le français est plus atténué. Je devais donc trouver des mots qui disaient la même chose, mais de manière beaucoup plus nuancée. Le chef de l’État n’écoutait que moi, donc la tournure de la discussion dépendait de ma traduction et il était très tendu. Finalement, comprenant que nous avions décidé de quitter le pays, il est resté calme une fraction de seconde, qui nous a paru une éternité, avant de nous dire qu’il acceptait notre départ et qu’il espérait que nous reviendrions. Nous avons ensuite filé à l’aéroport et n’avons soufflé qu’une fois l’autorisation de décoller accordée à notre jet », se rappelle-t-elle avec humour.
 
Lutte contre la corruption
Pour Marie Chantal Kaninda, travailler pour de grands groupes miniers lui a permis d’acquérir une certaine réputation et une très grande expertise dans divers domaines. « En étant impliquée dans ce secteur et en travaillant pour de grands groupes miniers internationaux, j’ai aussi pu leur permettre d’avoir une meilleure compréhension du continent africain ». Cette implication dans le secteur minier lui a également permis de s’engager dans la question de la bonne gouvernance, qui selon elle est un facteur clé pour le développement des pays et du continent africain. À cet effet, cette professionnelle qui dit défendre l’intégrité, le respect des autres et de soi-même, ainsi que le travail, préside une initiative de lutte contre la corruption pour le secteur privé en RDC dont elle est également cofondatrice. Marie Chantal Kaninda a été désignée à cette fonction par les créateurs de l’initiative que sont notamment la Fédération des entreprises du Congo (FEC), les organisations internationales telles que Ethics South Africa, United State Institute for Peace et African Institute for Corporate Citizenship (AICC). « Je dois avouer que je me suis sentie flattée », indique-t-elle. Ces structures avaient organisé plusieurs séminaires avec les entreprises du secteur privé pour déterminer quels étaient les problèmes qui perturbaient le plus les entreprises opérant en RDC. Et le fléau qui a retenu l’attention de toutes les entreprises était la corruption. Cette initiative a élaboré un code de conduite pour le secteur privé qui comprend comme valeurs l’intégrité, la bonne gouvernance, le respect et la transparence. À ce jour, plus de 25 entreprises ont adhéré à ce code. L’initiative a également été invitée par le Premier ministre de la RDC à participer à l’élaboration d’un pacte national de lutte contre la corruption, signé le 9 décembre 2013 par les secteurs public et privé et la société civile. « Ce pacte est une grande avancée dans la lutte contre la corruption en RDC, mais son implémentation fait encore défaut », reconnaît cependant Marie Chantal. Très engagée sur le plan social, cette dernière est également présidente de la fondation MCKM, qui a pour objectif l’éducation des jeunes filles, particulièrement en milieu rural. La fondation, sur la base du mérite qu’elle prône, a ainsi été en mesure de prendre en charge les frais académiques de 137 filles pour l’année scolaire 2015-2016, et espère dépasser cette réalisation pour l’année scolaire 2016-2017. Marie Chantal Kaninda est aussi deuxième vice-présidente de la Commission nationale du football féminin en RDC, qui vise la promotion du sport chez les jeunes filles.

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