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Rédigée le 21 Mars 2016

Lionel Zinsou et le continent


Lionel Zinsou et le continent
Il a dit : «L’Afrique appartient à l’Europe.» Et voici le Web en folie. L’affaire est sérieuse. C’était en 2011. Mais depuis qu’il est Premier ministre de son pays, puis candidat à la présidentielle, sa vie mérite bien d’être passée au scanner. Vous l’aurez compris, il s’agit de Lionel Zinsou. « L’Afrique appartient à l’Europe. Et il explique : L’Afrique parle en français, en anglais, en portugais. L’Afrique pense en ces langues, achète les marques de ces pays. Qui possède les mines, le pétrole, les produits agricoles, l’immobilier ? L’Europe. »

Voilà un constat succinct, mais bien clair. L’Afrique noire est le seul espace où l’on transmet l’identité aux enfants avec une langue étrangère. Le creuset de l’identité, c’est l’école. Dans tous les pays d’Asie, on apprend les mathématiques, l’histoire-géo, la technologie… dans la langue du pays. Tous les gentilés – nom des populations – s’expriment dans leur langue. Les Français parlent le français, les Anglais, l’anglais, les Vietnamiens, le vietnamien, les Coréens, le coréen… Le Camerounais parle quoi ? L’aliénation est telle que c’est l’élite intellectuelle qui est convaincue que l’expression française est une marque d’élévation sociale. C’est elle qui, en imposant le français, a tué les fondements de l’identité que constituaient nos langues. Le reste de la démonstration de Zinsou n’est que logique. Quand on parle une langue, on pense dans cette langue. Puis s’ajoute la consommation. Les cassandres qui vitupèrent Zinsou font partie de ces atrabilaires qui s’opposent systématiquement à toute logique. 

Pourquoi a-t-il dit cela ! Et la réponse : c’est parce qu’il est le pantin de la France. Lionel Zinsou est l’un des hommes les plus pertinents, les plus percutants et les plus performants sur l’analyse du développement de l’Afrique. Son afro-optimisme n’a rien à voir avec cette fièvre saisonnière qui s’abat sur l’Occident aujourd’hui, et qui repose sur une fausse analyse. Il a toujours pensé que les choses bougeaient dans le bon sens et que nous venions de loin, la colonisation n’ayant laissé aucune infrastructure digne de ce nom. « Je suis surpris, me disait-il, quand les Africains arment que c’était mieux du temps des Blancs, l’école, la santé. Je dis, oui, l’école était mieux, la santé aussi. Mais il n’y avait ni école ni hôpital. » C’est lui qui professe que la croissance de l’Afrique, contrairement à ce que l’on dit, n’est pas due aux exportations ni à l’amélioration des termes de l’échange, mais à la consommation des classes moyennes en forte progression.

Prônant le retour de la diaspora, il joint le geste à la parole. Le PDG du premier fonds d’investissement d’Europe plaque tout et descend au pays. Quand on écoute sa vision, on est séduit. Mais sait-on écouter ? Si on l’avait écouté, on aurait saisi sa conclusion. « Chose un tout petit peu plus préoccupante, l’Afrique n’appartient toujours pas aux Africains. » Voilà pourquoi l’homme est rentré au pays : pour contribuer à rendre l’Afrique aux Africains. 
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