Les sources de notre mécontentement




Le monde se délite, et seuls les Etats-Unis disposent de la puissance et de l’envergure
morale nécessaires pour endiguer cette déroute. Une déroute qui pourrait entraîner des conséquences catastrophiques. Pas un jour ou presque ne passe sans que ne survienne un événement atroce et dramatique – attaque sanglante de terroristes islamistes ; coup d’Etat
avorté en Turquie servant de couverture à son dirigeant islamiste pour imposer sa dictature ; attaques répétées de la Chine pour s’emparer du contrôle de la mer de Chine méridionale ; ou pressions exercées par Vladimir Poutine sur les vestiges de l’Empire soviétique. L’économie mondiale, elle, s’enlise – le FMI a une fois de plus revu à la baisse ses prévisions de croissance pour le reste de cette année et pour 2017 –, tandis que la longue stagnation économique nourrit la rancœur générale contre les responsables politiques et que la vague autoritaire prend de l’ampleur en Europe.
Deux sources majeures ont donné naissance à ce malaise mondial.

L’économie. Oublions le tissu d’inepties à propos d’une « stagnation séculaire » ou de forces de mauvais augure qui nous condamneraient à une croissance anémiée, voire quasi nulle. La situation a dégénéré par la faute des gouvernements et de leurs manquements politiques. Dans les cercles politiques et économiques, personne ne pointe du doigt la grande coupable – la politique monétaire –, car les décideurs politiques et les spécialistes estiment qu’il s’agit là d’un instrument vecteur de croissance. Or l’assouplissement quantitatif et l’abaissement des taux directeurs à zéro, politiques monétaires menées par les banques centrales, ont faussé les marchés du crédit, et mis à genoux les économies au lieu de les stimuler. Les gouvernements et les grandes entreprises ont accès à de l’argent bon marché, tandis que les petites et nouvelles entreprises sont pratiquement à court de vivres.
Imprimer des changements structurels favorables à la croissance aux politiques fiscales et monétaires remettrait rapidement à flot les pays en pleine dérive économique.
Mais ces réformes n’impliquent aucunement de saboter le commerce mondial via de nouveaux droits de douane ou autres entraves aux échanges commerciaux. Nous avons en réserve quantité d’expédients pour réguler les véritables abus commerciaux.

L’isolationnisme. Barack Obama gobe allègrement les délires gauchistes selon lesquels les Etats-Unis – et avant eux, les Etats impérialistes d’Europe – seraient la source de tous les maux du monde. Ils voudraient que les Etats-Unis se retirent de la scène internationale et laissent les autres pays s’en sortir par leurs propres moyens. Selon eux, le processus se révélera peut-être laborieux, mais les choses s’arrangeront bien un jour ou l’autre.
Pourtant, les événements des années 1930 témoignent de ce qu’il advient lorsqu’une offensive n’est pas contrée avec fermeté. Et c’est pour cette raison que les Etats-Unis sont le chef de file du monde libre depuis la Première Guerre mondiale. Aucune autre démocratie ne dispose de la puissance et de l’influence adéquates à l’international pour exécuter cette tâche. Coûteuse, cette responsabilité ? Pour tout dire, le budget actuel alloué à la défense des Etats-Unis est infime par rapport au coût qu’engendrerait une autre grande guerre, sans compter les lourdes pertes humaines. Empêcher une puissance hostile ou potentiellement hostile de dominer une région, voire le monde, a permis de doper la prospérité mondiale depuis 1945, portée par le commerce international. Si nous maintenons les politiques isolationnistes de Barack Obama, le monde deviendra moins sûr et moins prospère.
Tout cela nous amène aux illusions de Donald Trump sur l’OTAN, une des réussites les plus fabuleuses de l’Histoire et de la liberté. L’organisation repose sur un principe simplissime : attaquer un seul de ses pays membres équivaut à tous les attaquer. Par le passé, l’OTAN a réprimé la convoitise de l’Union soviétique ; voilà pourquoi Vladimir Poutine ne s’est pas montré plus agressif envers les anciens pays de l’Union (Lituanie, la Lettonie et l’Estonie), sans parler des ex-satellites soviétiques désormais membres de l’OTAN. Cuirassée par le cadre sécuritaire de l’OTAN, l’Europe est désormais un continent prospère et autocentré, et non une arène pour les jeux de pouvoir des grandes puissances. Certes, [ainsi que le demande Donald Trump], les alliés des Etats-Unis devraient consacrer davantage de ressources à leur défense. Mais le principe fondamental est le suivant : leur sécurité est aussi la nôtre.
Tout comme sous la présidence de Ronald Reagan, dans les années 1980, les Etats-Unis doivent prendre les devants, mener des réformes profitables à la croissance et mettre un terme aux errements des banques centrales qui pervertissent nos marchés du crédit. D’autres pays nous emboîteront le pas, tout comme il y a plus de trente ans.
Les Etats-Unis doivent jouer un rôle actif à l’international  et maintenir à l’écart les protagonistes malveillants.

Fixation des prix par la FED

L’attention portée sur l’éventuel relèvement des taux d’intérêt par la Réserve fédérale suscite une interrogation que personne ne semble vouloir exprimer : doit-il revenir à la FED de manipuler les taux d’intérêt ?
La réponse est non.
L’Histoire a prouvé que depuis l’époque de la Rome antique la manipulation des prix était vouée à l’échec. Elle fausse les marchés et cause davantage de tort que de bien. Le président Richard Nixon a instauré cette pratique au début des années 1970, et l’issue s’est révélée désastreuse. Lorsque Ronald Reagan, peu après son entrée en fonction, a supprimé les plafonds pour le pétrole et le gaz, le prix du pétrole a chuté et les conduites de gaz ont peu à peu disparu…
Fixer les taux d’intérêt ne diffère en rien de tout cela. C’est le prix payé par les emprunteurs aux prêteurs pour obtenir de l’argent. Reste à connaître l’étendue des dégâts causés sur l’économie par les machinations des banques centrales.
Ce sujet est particulièrement délicat depuis la crise économique de 2008-2009, lorsque la FED a supprimé les taux d’intérêt à court terme, puis ceux des intérêts à long terme. La Banque du Japon (BoJ) se livre au même jeu depuis les années 1990. Aujourd’hui, la BoJ et la Banque centrale européenne optent pour l’application de taux d’intérêt négatifs sur les obligations. Et cette situation engendre des conséquences épouvantables. La manipulation des taux d’intérêt, conjuguée à la réglementation immodérée des banques, a contribué à tarir le flux du crédit bancaire pour les petites et nouvelles entreprises. Les start-up n’ont atteint qu’une fraction de leur potentiel. Le fonds de roulement nécessaire au financement des stocks devient moins accessible et, contrairement aux intentions de la Fed, beaucoup plus coûteux. Idem pour les capitaux requis pour l’expansion.
Qu’elle en prenne toute la mesure ou non, la Réserve fédérale est désormais une entreprise d’octroi de crédit.
Il est si peu coûteux et si facile pour l’oncle Sam et les grandes sociétés d’obtenir leurs crédits, alors que le reste de l’économie est en détresse ! Ainsi, Apple dispose d’une trésorerie et d’actifs financiers valant plus de 230 milliards de dollars. Pourtant, l’entreprise a émis des dizaines de milliards de dollars en obligations pour se lancer dans l’ingénierie financière, à savoir le rachat de ses propres actions et la relève des dividendes. En début d’année, Exxon Mobil a émis 12 milliards de dollars sur le marché obligataire pour racheter des actions, et d’autres entreprises ont fait de même afin de racheter leurs capitaux propres. Pourquoi ne le feraient-elles pas ? L’argent est quasiment bradé !
Le célèbre économiste David Malpass souligne que la part des obligations dans le total des crédits octroyés au sein de l’économie américaine a explosé, passant de 39 % il y a dix ans à 53 % aujourd’hui. De toute évidence, tout cela est malsain, ainsi qu’en témoigne la situation économique mondiale. Le fait de dépendre des banques centrales pour soutenir la croissance a permis aux gouvernements de ne pas appliquer les réformes dont leurs pays avaient cruellement besoin.
Les économistes allégueront que les taux d’intérêt sont une tout autre paire de manches et que la manipulation du prix du prêt de l’argent est essentielle pour garder l’économie sur les rails. C’est absurde ! Quand de telles mesures de planification centrale ont-elles jamais porté leurs fruits ? Piloter une économie, ce n’est pas piloter une voiture, dont on peut réguler la vitesse grâce à l’accélérateur ! Si on suit cette logique, la FED devrait pouvoir décréter une réduction des prix pour tout et n’importe quoi. Il suffirait de réduire tous les prix de 50 % pour encourager les gens à acheter davantage et assurer ainsi l’essor de l’économie !
La manipulation à la baisse du coût de l’argent est-elle un instrument essentiel pour surmonter les crises ? Certainement pas. Libres de barrières structurelles, les pays se redresseront suffisamment rapidement, en misant sur leurs propres forces.
Quid de la Grande Dépression ? Ce cataclysme n’est pas né d’une mystérieuse défaillance des marchés libres, mais des répercussions des mesures désastreuses déployées par le gouvernement. En d’autres termes, l’effondrement du commerce mondial, déclenché par l’adoption de l’écrasante loi Smoot-Hawley et par les représailles des autres pays, sous forme de mesures de restriction commerciales.
Avant la Dépression, les banques centrales majoraient ou minoraient les taux facturés aux banques emprunteuses uniquement pour arrimer leur monnaie à l’or.
L’action la plus constructive que pourrait mener la FED ? Fixer une échéance à laquelle elle cesserait toute manipulation des taux d’intérêt. Les débiteurs et les créanciers seraient seuls décisionnaires du prix de l’argent. Et le seul taux que fixerait alors la FED serait son taux d’escompte, le prix qu’elle facture aux institutions financières qui souhaitent lui emprunter de l’argent.
Rien de tout cela, bien évidemment, ne déposséderait la Réserve fédérale de son rôle de prêteuse en dernier ressort.
Libérer les taux d’intérêt de toutes ces entraves générerait des retombées salutaires pour les marchés du crédit, pour l’heure dévoyés et défaillants.