Forbes Afrique magazine
Facebook
Twitter
Menu
Techno

Les robots de la route à Kinshasa

Par Par Habibou Bangré le 8 Avril 2016

L’association congolaise Women’s Technology a créé en 2013 deux robots écologiques chargés de réguler et sécuriser le trafic à Kinshasa. A terme, leurs caméras pourraient aussi faciliter l’établissement de juteuses contraventions…



Quand on dit que le robot bouge, il va bouger. Quand on dit que le robot a la faculté de langage, il va parler. Quand on dit que le robot sait faire la signalisation, il fait la signalisation.» Ce 22 janvier, lafemme d’affaires Thérèse Ir Izay Kirongozi fait une dernière mise au point avec son équipe et ses partenaires dans un bureau de la commune de la Gombe – cœur politique, économique et administratif de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. «5, 4, 3, 2, 1, 0», avertit le robot de démonstration, placé près de la fenêtre. Son torse passe du rouge au vert, tandis que son bras droit se lève pour autoriser l’avancée de véhicules imaginaires. Test concluant ! En revanche, il y a un problème sur une caméra équipant les yeux ou les épaules du robot posté près du Parlement. «La caméra CH1 a planté», signale par téléphone Thérèse Ir Izay Kirongozi, les yeux rivés sur les images projetées en direct.

Veste et hauts talons rouges, fines tresses nouées sur la nuque, l’ingénieure, mère de trois enfants, ne veut rien laisser au hasard. En face d’elle, les représentants de la Primature et des ministères des Finances, des Transports ou des Travaux publics. Son souhait : obtenir des fonds pour ses deux robots créés en 2013, avec pour objectif d’épeauler les agents de la circulation routière, appelés, ici, les «roulages» et reconnaissables à leurs gilets jaunes fluorescents.

Gérer la circulation

L’histoire de ces robots de la route commence en mars 2013, lors d’une foire aux inventions organisée à l’Institut congolais supérieur des techniques appliquées (Ista). Un prototype, un robot en bois, dont la fonction principale est de faciliter le trafic urbain, attire l’attention de Thérèse Ir Izay Kirongozi, technicienne en électronique industrielle, diplômée de l’Ista. Rapidement, le créateur rejoint l’association de la femme d’affaires –Women’s Technology – pour développer l’automate…

Le premier robot, chargé de sécuriser les piétons, est placé sur la 13e rue de la commune populaire de Limete. Le deuxième, plus élaboré, gère la circulation au carrefour près du Parlement. Equipés de panneaux solaires alimentant des batteries, les machines – brevetées par le ministère de l’Industrie, Petites et Moyennes Entreprises – fonctionnent de 5h du matin à 23h30. «Machines qui pourraient fonctionner 24h/24 si l’Etat le demandait», précise Thérèse Ir Izay Kirongozi. Ces robots, conçus pour résister aux pluies diluviennes, aux fortes chaleurs et à la poussière de Kinshasa, sont 100 % made in Congo ; les seuls composants importés étant les caméras. Ils ont chacun coûté environ 10 000 dollars et leur entretien mensuel s’élève à 2 000 dollars. Tout a été financé par la chaîne de trois restaurants, Planet J – dont le président Sébastien Kirongozi, n’est autre que le mari de Thérèse Ir Izay Kirongozi. 

Filmer les infractions

Pour motiver les investisseurs potentiels, Thérèse Ir Izay Kirongozi affirme que, avec leurs caméras, les automates peuvent rapporter gros. «En Afrique du Sud, les contraventions représentent 17 % du budget national. En France, aujourd’hui, les infractions routières font entrer des milliards dans les caisses de l’Etat. Sur l’année 2011, le gouvernement congolais a gagné à peine 110 000 dollars avec les contraventions aux infractions routières…», a-t-elle lâché devant les responsables ministériels. Les infractions seraient-elles moindres à Kinshasa? Loin de là ! Selon les projets de Women’s Technology, les robots vont filmer les infractions et envoyer les images aux services compétents pour l’établissement des amendes. Le contrevenant devra régler son dû et, doté d’un reçu, retourner dans les bureaux de la police pour prouver qu’il est bien en règle. «Dès que notre système d’identification des véhicules roulant sur la chaussée sera au point, il permettra des interpellations», signale Robert Kabakela, de la Nouvelle société civile congolaise.

Devant les représentants ministériels, Sébastien Kirongozi, à la tête de Planet J, a souligné le besoin pour la République démocratique du Congo de soutenir les innovations – «le début d’une révolution industrielle importante», selon lui. Il a expliqué que Women’s Technology avait fait le premier pas et qu’il revenait au gouvernement de donner un coup de pouce. Thérèse Ir Izay Kirongozi ne désespère pas de voir le président Joseph Kabila manifester son soutien. Un soutien nécessaire, notamment parce que les améliorations – telle la mise en place de capteurs de vitesse sur les robots – ont un coût. «L’Etat doit faire attention, met en garde une Kinoise de 37 ans. Sinon, ils vont vendre leur technologie ailleurs.» Ce n’est pourtant pas à l’ordre du jour. «Des pourparlers avancent avec l’Angola et le Congo-Brazzaville voisins, explique la technicienne. Le Canada et la Suisse nous appellent pour des conférences, et certains nous demandent de vendre la licence pour continuer l’affaire… mais nous avons refusé !»


publié en avril 2014



Inscription à la newsletter

Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine