Forbes Afrique magazine
Facebook
Twitter
Menu
Exclusif web

Les possibles conséquences du « Brexit » pour le continent africain

Par Szymon Jagiello le 5 Juillet 2016

Kebour Ghenna est le directeur exécutif de la Chambre panafricaine du commerce et de l’industrie, dont le but principal est de servir les affaires de l’Afrique par la promotion de politiques publiques favorisant l’intégration continentale économique, la compétitivité et la croissance durable. Basée à Addis-Abeba en Ethiopie et regroupant plus de 50 chambres de commerce nationales, elle est la plus grande association d’entreprises en Afrique et compte parmi les plus influentes du continent. Forbes Afrique s’est entretenu avec cet expert, qui a notamment présidé les débats sur les investissements en Afrique lors du dernier forum « European Development Days » organisé par la Commission européenne, afin d’évoquer les possibles conséquences économiques du « Brexit »[1] en Afrique.



Forbes Afrique : Les électeurs britanniques ont récemment décidé que le Royaume-Uni devait quitter l’Union européenne (UE) lors du référendum « Brexit ». Selon vous, quelles conséquences aura cet évènement sur l’économie africaine à court terme ?

Les possibles conséquences du « Brexit » pour le continent africain
Kebour Ghenna : Je pense qu’il est encore trop tôt pour prédire quel sera le degré d’impact du « Brexit » sur l’Afrique. On peut supposer que les régions d’Afrique de l’Est et du Sud, plus connues comme l’Afrique anglophone, seront plus affectées que les pays situés à l’Ouest et au Centre du continent, lesquels ont des relations plus étroites avec la France et l’Europe continentale. Je pense qu’à court terme, il y a des chances que le cours du pétrole continue à chuter, suscitant une encore plus grande incertitude quant à l’avenir du développement de l’économie mondiale. Nous pourrions aussi avoir une baisse de la valeur de la livre sterling et des investissements, ce qui impacterait négativement l’économie africaine. Dans l’ensemble, bien qu’il soit un problème sérieux pour l’Afrique, le « Brexit » n’est qu’une épreuve de plus dans ce qu’a déjà connu le continent ces dix dernières années.  De ce fait, cet évènement aura un impact significatif mais néanmoins limité sur la dynamique économique de l’Afrique. 

Quelles sont vos prédictions à moyen terme ?

K. G. : Je ne crois pas qu’à moyen terme le Royaume-Uni quittera l’UE, bien que le référendum se soit soldé par une victoire en faveur du « Brexit ». Il y a beaucoup trop d’enjeux à la clé, y compris le risque d’aboutir à un démembrement du Royaume-Uni. Rappelons qu’en 2009, l’Irlande s’était prononcée contre la constitution européenne et avait été pressée de revoir sa position. Toutefois, je crois qu’une dynamique est en marche en Afrique, dans laquelle les pays africains vont accélérer leur intégration pour répondre à leurs développements respectifs, et que ceux-ci vont aussi développer des partenariats stratégiques renforcés avec la Chine et l’Asie, au détriment d’autres régions du monde telles que l’Europe. 

Comment les leaders africains devraient-ils gérer les défis économiques engendrés par le « Brexit » ?

Les possibles conséquences du « Brexit » pour le continent africain
K. G. : Le « Brexit » a ouvert la boîte de Pandore, et personne ne sait comment les choses vont évoluer. Même si le Royaume-Uni devait réellement quitter l’UE – ce qui comme je vous l’ai mentionné précédemment ne devrait pas arriver car cela engendrerait une période difficile de deux ans, voire plus, durant laquelle le gouvernement britannique devrait négocier les termes de sa sortie en tant que pays membre de l’UE – les leaders politiques africains devraient se préparer à affronter éventuellement des scénarii négatifs portant sur le développement économique mondial. Parallèlement, je pense qu’ils devraient prendre conscience que le vote britannique a été un vote de protestation contre l’establishment et que les peuples à travers le continent africain cherchent de nouvelles formes de coexistences sociales basées sur la transparence, l’inclusion, la solidarité entre les peuples. 

En parlant de nouvelles formes de coexistence et de coopération, les pays membres de trois communautés économiques régionales – la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC) et le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA) – ont récemment signé un accord* visant à établir une zone de libre-échange comprenant 26 pays africains. Pensez-vous que la ratification et la création d’un tel marché commun pourrait être considérée comme un élément permettant à l’Afrique d’être moins sensible aux ondes de chocs exogènes tels que le « Brexit » ?

K. G. : La Zone tripartite de libre-échange (ZLET)[2]pourrait créer un marché de plus de 600 millions de personnes représentant 58 %  du produit intérieur brut (PIB) du continent. Pour l’instant, le modèle économique en Afrique favorise une spécialisation dans les matières premières et les produits issus de l’agriculture. Je pense qu’un tel traité pourrait aider à augmenter les échanges commerciaux intra-africains permettant une diversification des profils de production. Au sein de la Communauté d'Afrique de l'Est, cette tendance est clairement visible. Les échanges commerciaux entre les 5 pays membres – le Burundi, le Kenya, la Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda – ont plus que doublé. Ce développement est notamment dû à la création d’une union douanière ainsi qu’au soutien continu et à l’engagement des leaders politiques des pays membres de l’EAC. Toutefois, le chantier est encore vaste car les pays signataires de l’accord pour la création de la ZLET doivent encore s’entendre sur plusieurs éléments tels que les procédures douanières, la résolution des litiges, etc. Les hommes politiques se sont mis d’accord sur une feuille de route d’une durée de 3 ans destinée à négocier tous ces aspects. De ce fait, je ne crois pas que l’on puisse considérer cette zone de libre-échange, surtout dans son état actuel, comme un élément de réponse immédiat par rapport aux chocs exogènes comme le « Brexit ».
 
[1] Le Brexit est une abréviation de « British Exit », évoquant l'hypothèse d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Le 23 janvier 2013, le Premier ministre David Cameron avait annoncé qu'il organiserait un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne. Celui-ci a eu lieu le 23 juin 2016. Selon les résultats définitifs publiés le 24 juin, les Britanniques ont choisi de quitter l'Union européenne avec 51,9 % des voix. Source : touteleurope.eu


[2]La Zone tripartite de libre-échange (ZLET) est une zone de libre-échange en cours de création sur la grande partie de l'Afrique de l'Est et centrale, de l'Égypte jusqu'en Afrique du Sud. Ce projet regroupe au total 26 pays. Le traité visant à créer cette zone a été signé le 10 juin 2015, à Charm el-Cheikh en Égypte.



Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 18 Avril 2018 - 16:47 La Fondation Samuel Eto’o fait le show à Paris

Inscription à la newsletter

Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine