Rédigée le 25 Avril 2017

Les petits pas de la rumba africaine

Bien des danses –assiko, bafia, valse, tango, makossa– ont ceci de commun : des petits pas en avant, en arrière, dans l’ordre et dans le désordre. Il en va de même des petits pas de la rumba du développement des nations africaines. Ils peuvent paraître désordonnés, hésitants, mais on n’est plus dans l’immobile slow des années 1990, qui lui valait tous les superlatifs pessimistes des partenaires et de la presse.


Quand je dis «les choses avancent», je ne me réfère pas à cette neuve antienne supposée positive, aussi vide que le pessimisme d’hier: l’Afrique devenue l’avenir du monde, alors que son destin est d’assurer l’avenir de ses enfants. Bien sûr qu’il y aura encore tel candidat à une présidentielle européenne pour dire que son plan coup de coeur c’est d’aider l’Afrique, comme jadis un autre affima y avoir vécu le plus beau jour de sa vie. Malgré ce simplisme aƒffligeant d’un monde qui peine à comprendre l’Afrique, tout bouge. Dès lors, le vrai enjeu, c’est la lecture que l’Afrique elle-même fait de ces mouvements, légers ou telluriques.
    Parmi ces mouvements, il y a le problème linguistique: pas de nation sans langue propre, comme nous pouvons l’observer à travers l’Asie. Dans ce domaine, les choses bougent. Tel auteur accepte la gageure de publier en ouolof. Le laboratoire le plus convulsif est sans conteste le Rwanda. Rien n’y est clair, mais tout y est bien engagé: langue nationale unique; intégration régionale avec le swahili; pour l’international, remplacer le français par l’anglais… Ça bouge!
    Le front économique est lui aussi en ébullition. La jeunesse chau”e le débat sur le franc CFA, manifeste à travers le monde. Le Nigérian Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, vante le modèle de son pays dont les citoyens contrôleraient l’économie, quand d’autres –essentiellement francophones– seraient tributaires des décisions des étrangers qui «dictent leurs conditions aux gouvernements et à tout le monde». Et de raconter cette anecdote. Il s’est retrouvé en difficulté dans un pays dont «je tairai le nom par la charité chrétienne ou toute autre de votre choix». Il voulait créer une usine, mais ce pays attendait la décision de son concurrent, français.
    Les soubresauts n’épargnent pas la notion même de nation. Ici on parle de fédéralisme. D’autres
seraient sécessionnistes. Comment traiter ces revendications? Les nations en construction peuvent-elles se permettre l’émiettement d’un fédéralisme à l’espagnole ou, pire, le sécessionnisme? Ne doivent-elles pas consolider l’unité interne et chercher des regroupements régionaux! Est-il imaginable que l’on prône comme base de fédéralisme ou de sécession, le legs colonial –anglophone contre francophone, modèle éducatif, juridique, étrangers– au moment où s’impose la logique des modèles propres, adaptés à l’histoire et à un projet commun.
    Et comment exploiter ce débat français au sommet du politique? La colonisation: amical échange de cultures ou crime contre l’humanité? Alors, ce qui reste aux anciens colonisés africains : inscrire enfin ce débat à l’agenda de l’Union africaine et l’imposer à l’ONU, pour une reconnaissance universelle. Ainsi vont, vont, vont, les petits pas de la rumba!
Vous connaissez la chanson.
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