Les monstrueuses séquelles du Brexit


Le Brexit aura laissé une note salée à la planète. Bien plus salée que celle de l’onde de choc qu’il a propagée sur les marchés boursiers.



Editorial paru dans le numéro 37 de Forbes Afrique, daté septembre
Editorial paru dans le numéro 37 de Forbes Afrique, daté septembre
•     Un climat d’incertitude. L’investissement est crucial pour favoriser la croissance et assurer un niveau de vie plus élevé. Dans la plupart des pays, les dépenses en capital stagnent depuis 2008-2009, retenues par la fiscalité en hausse, le déferlement de nouvelles réglementations et les politiques infiniment préjudiciables menées par les banques centrales. Le Brexit aggravera ces dysfonctionnements en Europe et au Royaume-Uni. Pourquoi miserait-on son argent sans connaître au préalable les règles du jeu ? L’économie mondiale s’essoufflera encore davantage.
•     La dislocation de l’UE. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, afin que l’Europe ne devienne le ferment d’une autre guerre mondiale, les efforts diplomatiques furent consacrés à la consolidation d’une union entre les pays du continent. Contre toute attente, cet effort a porté ses fruits. Malgré des siècles de rivalités sanglantes, impossible d’imaginer qu’une guerre puisse éclater aujourd’hui entre les pays de l’UE, notamment entre la France et l’Allemagne.
Mais des forces obscures grondent une fois encore à couvert, nourries par la stagnation économique chronique et l’immigration massive issue du Moyen-Orient. En France, en Autriche, en Hongrie et ailleurs, on assiste à la percée de partis xénophobes se faisant l’écho des mouvements qui consumèrent l’Europe avant la Seconde Guerre mondiale. L’Allemagne, et cela ne présage rien de bon, n’est hélas pas immunisée contre les élans antilibéraux. La figure la plus emblématique de cet élan est un membre du parti écologiste, le second est le ministre des Affaires étrangères – un socialiste –, qui a qualifié de « provocation » les sanctions prises contre la Russie en réponse aux manœuvres belliqueuses exécutées par le pays en Crimée et en Ukraine.
•     Le spectre de l’invasion se fait plus redoutable. Pour l’immédiat, le plus grand danger réside dans les ambitions de la Russie. Vladimir Poutine souhaite accomplir le dessein inachevé de l’ancienne Union soviétique : la domination de l’Europe. La crise existentielle de l’UE, avivée par le Brexit, joue assurément le jeu de son entreprise malveillante. Le désarroi de l’Europe poussera Vladimir Poutine à assujettir les pays baltes – l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie – sous couvert de protéger les minorités russes qui y résident, et qui, soit dit en passant, ne désirent aucunement devenir à nouveau des sujets de Moscou. Comme ces Etats sont membres de l’OTAN, les Etats-Unis et les autres pays membres de l’organisation sont tenus, en vertu des engagements découlant du traité, de les défendre contre une invasion de la Russie. Si le président Barack Obama signait une capitulation comparable à celle de Munich, il sonnerait le glas de l’OTAN, l’alliance grâce à laquelle l’Ouest remporta la guerre froide. De toute évidence, les Baltes redoutent que le temps de l’indépendance leur soit compté. La Pologne craint aussi de plus en plus pour sa sécurité.
•     Les banques centrales renouvelleront leurs politiques stériles. La Réserve fédérale, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon (BoJ) ont adopté une ligne de conduite hostile à la croissance (les errements de la Banque d’Angleterre en la matière ont été moins sévères). La suppression des taux d’intérêt et l’achat compulsif d’obligations à long terme ont perverti et miné les marchés du crédit, et comprimé le flux de capitaux disponibles pour les petites et nouvelles entreprises. A l’instar de ces médecins qui autrefois s’obstinaient à saigner leurs patients malgré l’insuccès de la pratique, les dirigeants de la BCE et de la BoJ persévèrent avec ardeur dans leur incurie économique.
L’affligeante lenteur avec laquelle la Réserve fédérale libéralise les taux d’intérêt ne s’arrangera pas de sitôt. Si elle n’étoffe plus son épais portefeuille d’obligations, la Fed rééchelonne tout de même leur maturité, exacerbant ainsi les défaillances de nos marchés financiers.
•     La survie du Royaume-Uni. Les nationalistes écossais ont repris du poil de la bête après le vote du Brexit. Une écrasante majorité d’Ecossais a plaidé le maintien dans l’UE, incitant les sécessionnistes à penser qu’ils pourraient prendre le dessus lors d’un nouveau référendum sur l’indépendance. Seule éclaircie de la tourmente post-Brexit : le vote pourrait donner à réfléchir aux Ecossais modérés.
Le destin de l’Irlande du Nord, qui s’est aussi prononcée contre le Brexit, demeure, quant à lui, encore en suspens.