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Les mille et un combats d’Alieu Badara Conteh

Par Michel Lobé Ewané le 3 Juin 2016

Alieu Badara Mohamed Conteh est l’homme d’affaires qui a fait entrer la République démocratique du Congo dans la révolution de la téléphonie mobile avec l’opérateur Vodacom. Après le succès fulgurant qui a hissé le groupe au rang de n°1 en RDC, il a été écarté du conseil d’administration et doit batailler sur différents fronts judiciaires pour continuer à exister dans l’univers impitoyable du business.



© Jodi Bieber
© Jodi Bieber
En Afrique, le chemin de la réussite ressemble à un long fleuve tortueux s’enfonçant et serpentant dans la forêt équatoriale. Dans le cas d’Alieu Badara Conteh, comme bien souvent dans nos contrées, il s’agit de tout sauf d’un long fleuve tranquille : son cours a emprunté des chemins de traverse, croisé des mangroves labyrinthiques, transporté des crocodiles féroces, et s’est vu altéré par de nombreuses chutes et rapides. Autant dire que pour l’homme qui a créé le premier réseau GSM de téléphonie mobile en RDC, la vie des affaires n’aura pas été de tout repos. Son parcours se distingue en effet aussi bien par ses remarquables succès que par les durs revers subis, ainsi que les défis et conflits dans lesquels l’homme n’a pas toujours eu gain de cause. Un itinéraire passionnant, qui reflète bien la dure réalité du monde des affaires sur le continent. 

Au moment où ces lignes sont écrites, l’homme d’affaires gambien, éjecté de la barque en cours de route, affronte des vents contraires soufflant si fort qu’un gros point d’interrogation plane sur son sort, rendant incertain son avenir dans les affaires. Son actualité de ces derniers mois a été ponctuée de rendez-vous judiciaires divers à l’issue d’autant plus hasardeuse que l’homme affronte des adversaires particulièrement puissants.
 
Alieu Badara Conteh est engagé sur au moins deux fronts. Il a bataillé pendant de longues années contre ses partenaires au sein de la société Congolese Wireless Network (CWN), qu’il a créée en 1997, et qui détient 49 % de Vodacom Congo. Ces partenaires bénéficient pour certains de solides appuis politiques. La bataille qui les oppose a pour enjeu le contrôle de cette société à travers laquelle le géant sud-africain de téléphonie mobile, Vodacom, est entré au Congo et devenu le leader du marché. Vodacom Congo comptait 12,5 millions d’abonnés en 2015. Au terme d’un interminable feuilleton à rebondissements, Alieu Badara Conteh a perdu la majorité des parts qu’il revendiquait sur CWN – l’œuvre de sa vie, et été éjecté du poste de président du conseil d’administration par ses partenaires congolais. L’entrepreneur accuse le groupe sudafricain d’être impliqué dans cette opération d’éviction et a engagé un deuxième front en le saisissant devant la justice congolaise.

Il a en effet introduit l’année dernière une plainte au tribunal de commerce de Kinshasa contre Vodacom et sa filiale Vodacom Congo, et réclame au groupe une indemnité de 14 milliards de dollars. Il exige également la révision de la décision du conseil d’administration de CWN d’avril 2014 par laquelle il se retrouve évincé de la présidence de sa propre société. En engageant ces procédures, Alieu Badara Conteh joue son va-tout : c’est sa survie en tant que businessman qui est désormais en jeu. En plus de trente ans, il s’est construit, non sans succès et en suivant des intuitions audacieuses, une stature d’homme d’affaires incontournable et respecté. Il a souvent été un pionnier et a pris le risque d’investir dans des secteurs innovants, comme les télécoms et en particulier la téléphonie mobile. A cette époque, peu de gens misaient sur l’avenir du secteur, et l’on n’y trouvait que très peu d’Africains. 
 

ORIGINES

Gambien d’origine ayant la nationalité américaine, Alieu Badara Conteh est né dans le village de Gunjur. « J’ai fréquenté l’école primaire de Gunjur, un village très pauvre où il n’y avait ni eau potable ni électricité » raconte-til. A cette époque, les enfants de son âge n’allaient pas à l’école mais travaillaient dans les champs pour aider les parents. « Je n’aimais pas aller aux champs. En revanche, je traînais devant l’école et regardais la classe à travers les fenêtres. Le directeur de l’école qui m’avait remarqué est venu dire à ma mère qu’il fallait qu’elle m’inscrive. Finalement, ce directeur m’a fait inscrire et c’est ainsi que j’ai commencé l’école. » Il poursuivra ses études secondaires au lycée de Latrikunda, une petite localité voisine, avant de s’envoler pour Londres à l’âge de 17 ans, grâce à l’un de ses frères qui finance son voyage. Une fois sur place, il se met en quête d’un travail, sans grand succès.

Quelque temps plus tard, il obtient un visa pour les Etats-Unis et quitte le fog anglais pour l’ensoleillée ville de Long Beach, en Californie. « Mon objectif était de m’inscrire dans un institut, mais financièrement je n’avais pas les moyens, pas plus que mes parents qui étaient des agriculteurs. C’est pourquoi je me suis inscrit aux cours du soir et je travaillais le jour pour pouvoir financer mes études. Je pouvais aussi envoyer de l’argent à ma famille en Gambie. » C’est à cette époque que l’un de ses amis gambiens lui fait rencontrer Alex Haley, l’auteur afroaméricain du roman Roots : The Saga of an American Family, qui a connu un succès mondial. Alex Haley proposera à Conteh un rôle de figurant dans l’adaptation cinématographique de son livre. « Après cette expérience, la seule chose que j’avais en tête était de devenir acteur », se souvient ce dernier, amusé.
 
Pour lire l'intégralité de cet article, rendez-vous sur FORBES-AFRIQUE-N-34-MAI-2016  à la page 30 du magazine Forbes Afrique N34 / Mai 2016.
 



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