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Rédigée le 15 Septembre 2016

Les errements africains de la quête identitaire

Vous croyez peut-être que c’est anodin, mais les dimensions symboliques font, elles aussi, les peuples et les nations. Je m’époumone à travers ces lignes de Forbes Afrique, et à travers toutes celles que mon métier d’écrivain m’offre, à rappeler à mes frères africains certains fondamentaux de la construction des identités nationales.


Chronique parue dans le numéro 37 de Forbes Afrique, daté septembre
Chronique parue dans le numéro 37 de Forbes Afrique, daté septembre
Je l’ai déjà dit, l’Afrique noire est le seul espace où de manière assez générale, le gentilé – nom du peuple – ne correspond pas à la langue. En effet, quand on est français on parle français. Idem en ce qui concerne les Anglais, les Cambodgiens, les Vietnamiens… qui parlent respectivement anglais, cambodgien, vietnamien. L’Afrique noire est le seul espace où la langue de l’enseignement est une langue étrangère, qui plus est, celle de l’ancien dominant. Dans les pays d’Asie, eux aussi anciennes colonies, on enseigne les mathématiques, l’histoire, et les sciences par le biais des langues locales. Sont-ils pour autant moins présents que nous sur la scène internationale ? Non, bien au contraire !

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai beau être un francophile décomplexé, quand j’entends chanter les hymnes africains en français ou dans une autre langue étrangère, le sang qui coule dans les veines de l’intellectuel que je suis se glace. Vous penserez ce que vous voudrez, mais quand dans un manuel scolaire africain – camerounais en l’occurrence –, je vois que l’apprentissage des saisons est illustré par le printemps, l’été, l’automne et l’hiver… Ajoutant à cela le fait que ces livres sont conçus par des Camerounais et édités par des Camerounais, je me dis que si le Blanc devait aujourd’hui illustrer les saisons africaines dans un livre pour les enfants africains, il n’oserait pas cette transposition insolite et parlerait de saison sèche et de saison des pluies. Vous penserez ce que vous voudrez, mais qu’une nation continue à porter, un demi-siècle après son indépendance, une appellation rocambolesque héritée d’une anecdote, cela m’interpelle. Alors, je ne supporte plus de savoir que le Cameroun doit son nom à l’abondance de crevettes que les Portugais trouvèrent à l’embouchure du fleuve Wouri. Je supporte encore moins de voir que l’élite intellectuelle s’en accommode et ne juge pas nécessaire d’opter pour une identité moins imbécile, plus conforme à la mythologie, au projet du pays. La France est passée de la Gaule romaine au pays franc, c’est-à-dire, libre. On a connu la Haute-Volta coloniale, on connaît désormais le Burkina Faso, pays des hommes intègres. Je m’agace de la floraison africaine de Guinée-Bissau, Conakry, équatoriale, dont je ne comprends pas le bien-fondé.

Pour terminer, je me souviens du temps où le choix du nom d’un enfant était plein de poésie, d’originalité, de sens. On honorait un beau-parent en donnant son nom au nouveau-né. Souvent c’était un repère historique. On a des Kundè –indépendance−, Eboa –prison– ou Gwet –guerre–, parce que la naissance de l’enfant correspondait à ces temps historiques. Nous avons troqué cette poésie contre la rigidité d’un modèle étranger. Avons-nous fait cela par souci de simplification ou, comme pour le reste, sans réflexion aucune, parce que c’était occidental ? Je m’interroge. Il est temps que nous apportions des réponses à tous ces questionnements. Ce sont là aussi les repères de la renaissance des peuples.
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