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Les droits TV du football africain, un business lucratif

Par Harley Kenguéléwa le 21 Juin 2016

Compte-tenu de l’envolée des droits de retransmission des rencontres footballistiques africaines, la Confédération africaine de football (CAF) s’invite désormais à la grand messe du foot-business.



La prochaine Coupe d'Afrique des nations se déroulera du 21 janvier au 12 février 2017 au Gabon. Une occasion de rappeler que la retransmission des rencontres de ce tournoi, fortement génératrices d’audience, représente un enjeu financier colossal qui entretient un climat de concurrence féroce entre les diffuseurs.
 
En effet, les chaînes de télévision du monde entier s’arrachent déjà les droits de cet évènement : ITV4 pour le Royaume-Uni, Sony Six pour l’Inde, beIN Sports pour le Moyen-Orient et l’Australie,  et même Rede Globo pour le Brésil, terre sacrée du football.
 
Mais c’est surtout la CAF qui se frotte les mains devant les périodes de vaches grasses à venir. En effet, selon le site d’information Sportsmarketing.fr, alors que l’organe de tutelle du football africain ne percevait jusqu’en 2008 que 3,8 millions d’euros par édition, celui-ci a eu l’assurance d’engranger un revenu cumulé de 33 millions d’euros − soit 8 millions d’euros par édition − entre 2010 et 2015. Si l’on tient compte de l’ensemble des compétitions − Ligue des Champions, Coupe de la Confédération, CHAN –, d’après la même source, Sportfive, filiale du groupe français Lagardère spécialisée dans la gestion des droits marketing et audiovisuels sportifs, aurait permis à la CAF d’engranger une somme estimée à 97,1 millions d’euros par édition pendant la même période. D’ailleurs, l’instance suprême du foot africain a renouvelé en 2015 son contrat avec cette agence. Un partenariat qui devrait lui assurer un milliard de dollars de recettes au minimum sur la période 2017-2028.
 
Le talent des joueurs est bien sûr pour beaucoup dans la hausse vertigineuse de ces montants. Nombreux sont les joueurs africains à évoluer dans la crème de la crème des clubs européens : la Premier League anglaise,  la Liga espagnole, la Bundesliga allemande, la Série A italienne et la Ligue 1 française. Ces championnats sont retransmis partout dans le monde, y compris dans des pays où le ballon rond est loin d'être le sport le plus populaire, notamment aux Etats-Unis et en Chine, deux vastes marchés encore à conquérir où l’on peut néanmoins suivre des rencontres alléchantes :  Barça-Real, Dortmund-Bayern de Munich, Manchester United-Manchester City, ou encore PSG-Marseille… Autant de diffusions qui donnent aux footballeurs africains une visibilité sans commune mesure.
 
Selon une étude de France Football, en France, un footballeur étranger sur deux est issu du continent, et près de 24 nationalités africaines y sont représentées, parmi lesquelles le Sénégal, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Ces joueurs issus de la diaspora remportent régulièrement des titres avec leurs clubs respectifs. Au Royaume-Uni, un fort contingent de Nigérians et de Ghanéens  fait quant à lui les beaux jours du championnat d’Angleterre.
 
Le bon parcours des pays africains aux Coupes du monde explique aussi en partie l’intérêt grandissant des diffuseurs, prêts à verser des sommes astronomiques pour acquérir les droits de la CAN. En 1990, le Cameroun devient ainsi le premier pays du continent à franchir le cap des quarts de finale de cette compétition. Le Nigéria, emmené par une génération dorée exceptionnelle, avait le potentiel pour remporter les mondiaux de 1994 et 1998, mais a systématiquement arrêté sa progression en huitième de finale. Le Sénégal et le Ghana, quart-de-finalistes respectivement en 2002 et 2010, ont su démontrer qu’ils étaient des valeurs sûres du football africain. A cela il faut ajouter les célébrations de buts, les looks déjantés et la forte personnalité de certains joueurs, ainsi qu’un football pétillant qui transporte les foules, garantissant un véritable spectacle télévisuel.
 
Il n’est donc pas étonnant que les fans, toutes nationalités confondues, et particulièrement les supporters de ces clubs européens issus de la diaspora africaine, veuillent suivre les prestations de leurs idoles à la CAN, à l’instar du Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang, du Marocain Mehdi Benatia ou de l’Ivoirien Yaya Touré.
 
Revers de la médaille : le groupe Lagardère, propriétaire des droits concernant la CAN 2017 via son agence Sportfive, réclame aux chaînes africaines 1 million de dollars pour chaque match diffusé, voire davantage dans le cas où l’équipe nationale du pays émetteur parviendrait à se qualifier en quarts de finale au minimum. Un prix excessif et hors de portée pour certains diffuseurs africains qui ne seront peut-être pas en mesure de répondre à l’attente de leurs téléspectateurs l’année prochaine… Qui a dit que l’Afrique était pauvre de ses richesses ?
 
 
 


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