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Techno

Les défis de la 4G en Afrique subsaharienne

Par Par Myriam Carius le 25 Janvier 2016

Dans un contexte de concurrence accrue et d’explosion des taux de pénétration du mobile à travers le monde, l’offre data s’annonce comme l’enjeu majeur d’une rude bataille entre les opérateurs.



À l’instar des pays leaders dans le domaine des TIC, les pays africains amorcent leur entrée dans la nouvelle génération de l’ère Internet. Après les pionniers du continent (Afrique du Sud, Angola, Namibie et Nigéria), des pays comme la Tanzanie, le Kenya et le Ghana bénéficient aujourd’hui d’une couverture 4G, ouvrant le pas aux pays d’Afrique francophone comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Sénégal. Nouveau terrain de bataille des opérateurs à travers le monde et sur le continent africain, la 4G représente un bond en avant significatif, puisqu’elle permet un débit 50 à 500 fois plus rapide que la 3G. Cet écart sous-tend la mise en place d’une infrastructure technique coûteuse, car les obligations réglementaires encadrées par les différentes institutions de régulation des services mobiles, de plus en plus harmonisées à travers le continent, contraignent les acteurs du secteur à un certain niveau de qualité.

Facteurs limitants

Les licences accordées aux opérateurs sont assorties de cahiers des charges très spécifiques détaillant les obligations de ces derniers en termes de qualité de service, de couverture minimale du réseau et de fréquence d’opérations. Le volet réglementaire ne constitue pas le seul défi pour les opérateurs, les évolutions technologiques liées à Internet prenant parfois le pas sur la réalité du terrain. Ainsi, autant la couverture mobile est très forte en Afrique subsaharienne, autant la pénétration des Smartphones reste, elle, assez faible, bien qu’en amélioration significative ces dernières années. Selon une étude du cabinet Deloitte, le nombre de Smartphones en Afrique devrait doubler pour atteindre les 320 millions d’unités en 2017. Cependant les capacités technologiques limitées des téléphones à bas prix ne permettent pas une réelle démocratisation du Smartphone, et les prix des téléphones compatibles 4G restent très élevés par rapport au pouvoir d’achat des populations, sans compter la réalité de la fracture numérique dans certains pays. Par exemple, selon le Global Information Technology Report 2015 du Forum économique mondial, la Côte d’Ivoire se classe 135ème sur 143 pays en termes de nombre d’utilisateurs Internet.

Un business model délicat

Aves les obligations qualitatives pesant sur les opérateurs et les coûts engendrés par le déploiement de la technologie 4G, il est pour l’instant difficile de présumer d’un business model gagnant à court terme sur le continent. La tendance première des opérateurs est de limiter le niveau de couverture aux zones fortement urbanisées afin de réduire les coûts, ce dans la limite du cahier des charges parfois très contraignant fixé par le régulateur. En janvier 2016, l’Autorité de régulation des télécommunications du Cameroun attirait ainsi l’attention des opérateurs bénéficiaires d’une autorisation de déploiement de la 4G sur la qualité du service Internet. Les consommateurs étant de plus en plus regardants sur la qualité, le régulateur n’hésite pas à aller jusqu’à la sanction financière.
Tout l’enjeu consiste donc à trouver l’équilibre entre qualité du service, obligation réglementaire et rendement économique. Dans cette optique, le positionnement stratégique des opérateurs sur une offre qui n’a pas encore démontré une rentabilité avérée sur le continent, demeure très important pour le développement des activités mobiles et du data. Contraints pas la concurrence, les opérateurs se voient investir un segment à faible rendement, en réponse à une problématique marketing et stratégique. En réalité, la 4G en est encore à ses balbutiements en Afrique subsaharienne. Selon le rapport 2014 du GSMA (Groupe Speciale Mobile Association), la proportion de connections avec le réseau 4G devrait passer de près de 0 % en 2013 à 4 % en 2020 sur l’ensemble du continent. Il semble donc probable que cet équilibre difficile à tenir pousse les opérateurs à flirter avec les limites des réglementations en vigueur, afin de minimiser les coûts d’opérations sur un segment encore peu rentable. La bataille marketing autour de la 4G s’apparente ainsi davantage à une bataille stratégique sur le court terme pour un service que l’Africain moyen sera susceptible d’utiliser sur le long terme. 


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