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Le roi des fonds de pension

Par HERY ANDRIAMIANDRA le 22 Mai 2016

Maminiaina Rasolondraibe est le fondateur de Funreco, premier fonds de pension privé malgache. Il est aussi propriétaire d’autres entreprises, dont Nams, une société d’édition multimédia. Ce jeune PDG fait partie de la génération d’entrepreneurs ayant accompagné le virage libéral de la Grande Ile dans les années 1990.



Le roi des fonds de pension
Maminiaina n’a pas vraiment changé depuis notre dernière rencontre, en 1986.   Discret, il accorde peu d’interviews. Cet entretien avec Forbes Afrique est exceptionnel.   L’itinéraire de ce businessman ne l’est pas moins. C’est en pleine crise politique, en mars 2009, qu’il crée sa troisième entreprise, une société d’édition dont le fer de lance est le quotidien La Nation, assez critique changé depuis vis-à-vis des politiciens locaux. Optimiste de nature, Maminiaina Rasolondraibe se réjouit tout de même de l’organisation des élections présidentielles, après quatre ans de marasme économique. L’homme se défend toutefois de rouler pour un candidat, n’ayant jamais adhéré à un parti politique, et arme sa foi dans « l’entreprise créatrice de richesse ».
 
 

De brillantes études

Grâce à l’éducation de son défunt père, qui était enseignant, il croit à la rédemption de l’homme par l’excellence au travail. A la fin du lycée, en 1978, une bourse lui permet de partir en France. Il étudie l’économie et la finance à l’Institut d’études politiques de Grenoble et obtient une maîtrise en recherche appliquée en mathématiques. Suivra l’Ecole nationale de l’aéronautique et de l’espace de Toulouse, d’où il sort ingénieur en juin 1985. Il intègre ensuite Exapi, une agence financière parisienne, entre 1985 et 1989, puis bifurque vers le secteur automobile dans une filiale financière de Renault.

Il va aussi créer avec un ami, Thierry Rajaonah, une association, Jeune Patronat de Madagascar (JPM), regroupant des cadres supérieurs malgaches voulant saisir l’opportunité de créer un jour une entreprise dans leur pays d’origine. C’est en revenant entre 1991 et 1993 à Antananarivo, dans le cadre de la privatisation
de la banque
BTM (devenue
Bank Of Africa)
pour le cabinet
Eurogroup
Consulting,
 qu’il décide
d’apporter sa 
pierre à l’édifice de la reconstruction économique. La Grande Ile sort alors d’une anesthésie étatique, après
 dix ans de socialisme qui ont mis l’économie à genoux.

Soutenir la croissance

C’est l’industriel Charles Ramanantsoa, fondateur de 
l’unité de fabrication de produits pharmaceutiques Farmad, qui lui met le pied à l’étrier. Il le nomme fondé de pouvoir de son empire et devient son mentor. Au même moment, Maminiaina Rasolondraibe fonde avec Thierry Rajaonah le cabinet d’études FTHM, associé au cabinet Canadian Houston Associates.
La libéralisation de l’économie apporte un nouveau sou e à Madagascar, avec la création de milliers d’emplois dans les années 1990. C’est en lisant un article sur
les fonds de pension hollandais que Maminiaina Rasolondraibe choisit de créer Funreco, le premier et unique fonds de pension privé à Madagascar.

Son objectif est d’offrir une alternative fiable au système public de retraite actuel. « Funreco, affirme-t-il, est devenu un instrument pour soutenir l’innovation et la croissance dans l’économie. J’ai décidé de créer ce fonds de pension privé pour construire une source de financement abordable pour les institutions de microfinance. Ce système reste encore un champ vert pour les pays francophones d’Afrique. A Madagascar, le taux d’intérêt des prêts bancaires est très élevé. C’est l’un des principaux obstacles à l’expansion des PME, à la croissance et à la création d’emplois. Cela pourrait s’expliquer par le coût de l’intermédiation de refinancement des banques commerciales et des institutions de microfinance. Donc, si la régulation institutionnelle est bien développée et son application plus efficace, l’accès au refinancement pourrait être plus abordable pour les institutions financières, puis pour les entrepreneurs. »

Plus de 75 % des Malgaches sont agriculteurs et ils comptent sur les institutions de microfinance. « C’est pourquoi la réduction de la pauvreté par le renforcement des institutions de microfinance fait partie de notre stratégie. L’objectif de Funreco est de devenir la première institution de fonds de pension privés en 2018 », soutient Maminiaina Rasolondraibe, qui tient à ajouter que « le système de pensions et de retraites ne doit pas être monopolisé par une institution publique ».
Mais il insiste sur la lourdeur du système. « En tant qu’entrepreneur, je pense que le marché libre est la meilleure option, même pour la protection sociale et la santé. Mais que se passe-t-il ? Le système des retraites à Madagascar a été inspiré par le modèle français. Et les textes juridiques le régissant datent des années 1960. » Le système est axé sur le soutien intergénérationnel public et ces règlements ne correspondent pas à la situation économique actuelle. 

Un briseur de monopole

Pour Maminiaina Rasolondraibe,
la solution réside dans le dialogue entre l’Etat et les entreprises, pour le bien de tous, dans un environnement serein. « L’absence de certaines lois
et règlements de base à Madagascar, précise-t-il, ne garantit pas une bonne gouvernance de l’administration. Cette carence dans un contexte économique et social dégradé exige des solutions nouvelles et durables. » En 2005, conscient de l’existence de cet écart, il a pris l’initiative, sans être parlementaire, de faire voter une proposition de loi sur les fonds de pension. Malgré les obstacles, il a convaincu politiciens et partenaires économiques et sociaux. Le texte a également légitimé ses propres activités de fonds de pension et brisé le monopole de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNAPS).

Le marché est encore vaste et présente des perspectives. Seulement 8 % des ouvriers et employés sont cotisants. Le défi est de convaincre les organismes sociaux, d’autres firmes et le grand public de l’opportunité de permettre à des organismes privés et/ou publics de gérer le système de protection sociale.
Pour faire face à cette bataille, Maminiaina Rasolondraibe a créé sa propre société de médias, Nams, afin de défendre ses valeurs. « Nous avons commencé à publier un quotidien et un hebdomadaire, tirés respectivement à plus de 10 000 et 5 000 exemplaires. Les deux journaux sont aujourd’hui des leaders d’opinion. »

Publié en Décembre 2013/ Janvier 2014



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