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Enquête

Le marché des cométiques : peau noire, masques blancs

Par Miriam FOGUM le 19 Avril 2018


Marché en forte croissance, le business de la dépigmentation n’a plus plus pour seuls maîtres les grandes enseignes, mais aussi les petits poucets, qui ont flairé le bon filon. Mais gare aux dérapages.



Point de vente de produit de beauté à Yaoundé au Cameroun
Point de vente de produit de beauté à Yaoundé au Cameroun
Les géants mondiaux du secteur des cosmétiques mais aussi une multitude de marques locales se livrent à une concurrence sans merci pour conquérir les 300 millions de personnes qui appartiennent aux nouvelles classes moyennes du continent africain. Et de fait, le business de la beauté progresse de 10 % par an sur le continent noir et le marché des cosmétiques est
estimé à 2,7 Mds (milliards) d’euros. En 2015, L’Oréal a vendu près de 150 millions d’unités de produits dans cette partie du monde, dont 60 % de marques africaines. Il a réalisé la même année 200 M (millions) d’euros de chiffres d’affaires. Le groupe d’Eugène Schueller (L’Oréal) revendique la deuxième place sur le continent avec 8 % de parts de marché. Il arrive derrière l’Anglo- Néerlandais Unilever, leader historique, avec 16,4 % de parts du gâteau selon Euromonitor. Quant à Procter & Gamble, troisième du marché, il a engagé au Nigeria la construction d’un site de production de soins pour bébé d’un montant de 200 M$.
On compte aussi des acteurs africains, tels que les laboratoires Biopharma (lire p.􏰀48) créés en 2001 et aujourd’hui le leader du marché des cosmétiques au Cameroun et en Afrique francophone. Mais à côté
de ces mastodontes de la cosmétique s’invitent des acteurs qui proposent des produits d’un tout autre genre, aidant à la dépigmentation volontaire de la peau. Ils se positionnent en concurrents, gagnant
la sympathie de nombreuses entreprises locales, mais aussi du secteur informel. Ce marché représenterait 18 Mds$ seulement en Asie, avec un milliard pour le Japon.
Une véritable machine à sous, à base de corticoïdes (l’hydrocortisone, le quinacore, le clobétasol...), d’hydroquinone, de mercure, ou encore, le plus en vogue aujourd’hui,
de glutathion (utilisé à la base pour des maladies neurodégénératives très graves). Sous forme d’injections, de gélules ou de crèmes, les distributeurs promettent une dépigmentation «􏰀saine􏰀» à des prix défiants parfois toute concurrence. 

UN MARCHÉ SÉDUISANT POUR LES ENTREPRISES

Vente de produits éclaircissants
Vente de produits éclaircissants
En 2016, Euromonitor International annonçait que le marché des produits de beauté devait augmenter de 24,5 % en cinq ans, entre 2015 et 2020, pour atteindre
17 Mds$ (soit 14,94 Mds d’euros) dans les huit principaux pays du continent : Afrique du Sud, Nigeria, Egypte, Maroc, Algérie, Kenya, Tunisie, Cameroun. Le principal marché, l’Afrique du Sud, représentait à lui seul 3,5 Mds de dollars en 2015. Et il devrait encore croître de plus de 25 % d’ici à 2020. Mais dans un milieu où blancheur cutanée rime avec beauté, les grandes marques de cosmétiques voient une belle aubaine et dérapent parfois.
Ce marché des produits éclaircissants attire beaucoup d’acteurs qui promettent des teints ensoleillés. De nombreuses entreprises, grandes comme petites, s’activent pour prendre leur part du
gâteau. Ainsi la marque Afrobela de la Camerounaise Angela Mbou Fonkou
qui trouve sa place parmi une clientèle huppée de la société : «􏰀Je me fournis en Thaïlande et en Espagne. Et le “brassage cosmétologue” se fait par une pharmacienne en Belgique.􏰀» Ses laits éclaircissants sont composés de macadamia, de pissenlit,
de poudre d’arbutine, de glutathion et de vitamines A, B, C et E. Vendus entre 30􏰀000 et 75􏰀000 francs CFA l’unité, ils sont arborés comme des produits bio élaborés dans le but d’embellir l’épiderme : «􏰀Ils sont susceptibles d’éclaircir la peau à une dose très élevée, grâce à de la poudre de glutathion, de la vitamine C et de la poudre d’arbutine􏰀», explique la promotrice. «􏰀Le dosage de 
ces trois produits justifie nos prix.􏰀» Sa marque existe depuis cinq ans et c’est un business qui «􏰀lui donne le sourire􏰀». Elle préfère ne pas dévoiler son chiffre d’affaires, mais nous cite les pays dans lesquels ses produits sont exportés : le Bénin, le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Mali et quelques pays occidentaux. 

L’INFORMEL RÉCLAME SA PART DU GÂTEAU

Métro Château Rouge dans le 18e arrondissement de Paris, il est huit heures
 du matin et le cœur de la Goutte d’or grouille déjà de monde. Dans cette cohue pittoresque et colorée, une dame que nous nommerons Bernadette, nous interpelle : «􏰀Il y a un arrivage, viens faire ton choix􏰀!􏰀», lance-t-elle d’un ton familier. Son panier de fortune est effectivement fourni de produits cosmétiques en tout genre : «􏰀Je te rends blanche en un tour de main, il suffit de demander􏰀», assure Bernadette. Elle poursuit : «􏰀Rapid Clair, Diva, Clarissime, Sivoderm..., je compose
 une bonne crème pour toi.􏰀» Ses articles, de 15 à 100 euros sont originaires du Cameroun, du Bénin, du Sénégal. Elle est elle-même originaire de la Côte d’Ivoire. «􏰀C’est un commerce que j’exerce depuis mon pays et donc je le poursuis ici. Mes compositions marchent très bien, je ne peux pas laisser tomber􏰀», signale-t-elle avec un large sourire. Ces produits sont interdits en France, mais Bernadette nous avoue utiliser plusieurs détours afin que sa marchandise arrive à bon port. 

Pour lire la suite de cet article rendez-vous dans l'édition de Forbes Afrique de mai 2018 bientôt en kiosque.


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