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Le commerce électronique peut-il percer en Afrique francophone ?

Par Harley Kenguéléwa le 13 Juillet 2016

Les pays d’Afrique francophone semblent moins profiter du boom de l’e-commerce que les États anglophones.



Selon plusieurs études, les ménages africains font de plus en plus leurs emplettes sur Internet, le paiement en ligne offrant une plus grande facilité d’achat et une rapidité dans les transactions. Il n’est donc pas étonnant que le géant américain du secteur, eBay, s’allie avec MallForAfrica au Nigeria, un pays qui constitue une rampe de lancement pour conquérir 1 milliard de consommateurs à travers tout le continent africain.
 
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Il faut toutefois tempérer l’optimisme excessif de ces appréciations. Le facteur démographique et le poids linguistique constituent sans nul doute des éléments déterminants du succès des sites de vente en ligne. Certes, le nombre de cyberacheteurs connaît une augmentation significative en Égypte et dans les pays d’Afrique anglophone du sud Sahara, notamment au Kenya, en Afrique du Sud et surtout au Nigeria où l’on dénombre près de 93 millions d’internautes, soit un nombre de clients potentiels bien plus élevé qu’en France ! 

La sphère francophone à la traîne

Au contraire, la sphère francophone présente un contraste saisissant, avec l’éloignement de la perspective d’une embellie attendue dans ce secteur, constamment prêchée par les experts, à l’image du distributeur français Cdiscount qui a récemment mis fin à ses activités au Sénégal et au Cameroun. D’après le site d’information Internet World Stats, le français n’est que la 9e langue la plus utilisée sur Internet avec près 98 millions d’utilisateurs, très loin derrière l’espagnol (260 millions), le chinois (environ 700 millions) et l’anglais (870 millions). Lorsqu’on extrait de ces données la France, la Fédération de Wallonie-Bruxelles et les pays du Maghreb, l’Afrique subsaharienne ne pèse pas bien lourd dans l’équation : 7 260 000 internautes au Sénégal, 5 230 000 en Côte d’Ivoire, 2 600 000 au Cameroun. Même la République démocratique du Congo, considérée comme la nation francophone la plus peuplée au monde ne compte pas plus de 2 400 000 internautes. Ces pays représentent malheureusement des marchés embryonnaires pour des groupes d’envergure mondiale qui ambitionnent de convertir une masse critique de visiteurs de plateformes de vente à distance en véritables acheteurs et booster ainsi leur chiffre d’affaires de manière exponentielle.

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Un service encore trop cher

Mais l’aspect démographique et linguistique n’explique pas tout. La majorité des populations ne peuvent pas accéder à Internet à cause du coût exorbitant des abonnements, un montant supérieur au niveau de vie moyen en Afrique subsaharienne. Selon l’Union internationale des télécommunications, une agence de l’ONU spécialisée dans les TIC, il faut par exemple débourser l’équivalent de 450 euros pour se connecter à l’Internet haut débit en Guinée ou en Centrafrique. Une somme plus élevée que le revenu moyen, d’autant que la notion de classe moyenne en Afrique diffère de celle définie conformément aux critères occidentaux. Ainsi, la Banque africaine de développement (BAD) considère un Africain comme faisant partie de la classe moyenne dès l’instant où ce dernier perçoit entre 60 et 550 euros par mois ! Nul ne peut prétendre souscrire à un abonnement Internet et naviguer sur des sites d’e-commerce pour effectuer des paiements en ligne avec de tels revenus. 

Faible bancarisation, informel et cybercriminalité

Se pose également le problème du très bas niveau de bancarisation dans les pays de la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et ceux de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Dans des pays comme le Niger, le Congo-Brazzaville ou le Tchad par exemple, ce taux ne dépasse pas les 5 %. Une grande majorité des ressortissants de ces deux espaces économiques africains ne dispose pas de carte bancaire, un moyen de paiement privilégié sur les sites de vente en ligne. Et n’étant pas détenteurs d’un compte bancaire, ils ne peuvent pas opter pour des solutions de type PayPal pour effectuer leurs achats.
 
Les différents acteurs du commerce électronique ne semblent pas avoir pris la pleine mesure du rôle central que joue le secteur informel dans presque toutes les économies africaines. Autrement dit, la plupart des activités économiques échappent à l’administration fiscale. De ce fait, nombreux sont les consommateurs africains qui préfèrent de loin s’approvisionner en produits très compétitifs issus de l’informel, eu égard à l’absence de taxation, plutôt que d’acquérir des articles proposés par les sites d’e-commerce qui offrent pourtant un plus grand choix de marques possible à des prix bon marché.
 
Il faut ajouter à cela l’absence d’un arsenal juridique adéquat et étoffé pour lutter efficacement contre la cybercriminalité.

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En effet, les arnaques en tous genres et les piratages massifs de données personnelles sur la toile dissuadent les utilisateurs africains de transmettre sur ces plateformes leurs coordonnées bancaires et autres données personnelles. Encore aurait-il fallu démocratiser les cartes bancaires prépayées dans le commerce en ligne en Afrique francophone pour rassurer les cyberacheteurs potentiels ?
 
 
 
 
 


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