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Rédigée le 31 Janvier 2017

Le Père Noël n'y est pour rien

Le Père Noël est une ordure, on l’a dit. Mais il faut admettre, à son corps défendant, qu’il exécute les ordres qu’il reçoit et apporte les cadeaux qu’on lui demande. Ce n’est pas comme ces cigognes qui n’en font qu’à leur tête. Si vous passez commande d’un clown, sachez que, parfois, ça « trumpe » énormément.


Numéro 41 février 2017
Numéro 41 février 2017
José Martí, philosophe de la révolution cubaine, a dit que chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite. Quand comprendrons-nous que les peuples n’ont pas les dirigeants que choisissent les autres ? Même si c’est l’impression que l’on a parfois, en fait si un peuple se laisse choisir ses dirigeants, c’est que c’est bien ceux-là qu’il mérite. Parfois, les choses paraissent très compliquées, j’en conviens. La valse présidentielle à mille temps qui se danse en France peut paraître surprenante. Il n’en serait rien, si l’on en croit le grand philosophe. Le peuple le mériterait. Mais deux anciens Présidents mis sur la touche par leurs Premiers ministres, c’est peu banal. On croirait Tintin se cassant les oreilles chez les Arumbayas, avec les Tapioca et
les Alcazar.
    Une île, chantait Jacques Brel, île au large de l’espoir où les hommes n’auraient pas peur. L’île du Panama, des meilleurs cigares au monde, de la salsa, du Buena Vista Social Club ! Rien que pour ces merveilles, elle vaudrait le déplacement. Mais c’est aussi l’île, de Che Guevara et d’Hemingway. L’île dont les personnages de légende ont enflammé plus que personne, les imaginaires de ma jeunesse. On n’a pas réussi à nous faire croire qu’elle ne fut pas belle la révolution et nous arborons encore casquettes et bérets de cette époque épique, les uns sur leurs têtes les autres dans leurs frissons.
    Et puis un beau matin, on a entendu ce cri, le lion est mort. Et dire que nous l’avions cru immortel ! Fidel à jamais! Pensez donc! Echapper à près de sept cents tentatives d’assassinats orchestrées par le maître du genre ; soutenir avec son peuple depuis plus d’un demi-siècle un incompréhensible embargo accepté par le monde entier de façon incompréhensible et même irresponsable ; demeurer néanmoins un fleuron de la culture, de l’éducation et de la médecine.
    J’entends comme je vous vois les contorsions lyriques des journalistes. Ils sont tiraillés entre l’incontournable admiration pour le mythe et le respect des injonctions qui l’ont diabolisé à vie. Et cette ministre qui se fait mitrailler comme jamais parce qu’elle a osé en dire un peu de bien. Même les morts ne sont plus tous des braves types. En 1953, le jeune homme avait prévu la sentence de ses ennemis. «Peu importe que je sois condamné, l’Histoire m’acquittera.» Chaque peuple ayant le dirigeant qu’il mérite, le sien le pleure encore et encore, et jure qu’il ne mourra pas. N’est-ce pas l’essentiel ?
   Une année s’est achevée. Qu’en retiendrons-nous ? De nos jours, les références ne sont plus heureuses. Nous n’avons plus l’occasion de nous réjouir des grands événements positifs. Nous nous contentons de peu. Pas de pandémie de type Ebola. Peu de cas de grippe aviaire. Pas de tsunami. Les incendies d’été et les inondations d’automne ont été peu meurtriers. Il y a eu du foie gras sur nos tables de Noël. Pour le reste, Lampedusa reste Lampedusa. Mozart et les étoiles continuent à y mourir sans un soupir. Et moi je n’arrive toujours pas à me faire à la sagesse résignée de la chanson qui nous demande d’avoir toujours le sourire parce qu’il pourrait nous arriver pire.
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