Forbes Afrique magazine
Facebook
Twitter
Menu
Cover story

Lala Andriamanamisata, un dirigeant éclectique

Par Par Hery Andriamiandra le 9 Mars 2016

Lala Andriamanamisata est un chef d’entreprise à tête multiple qui a fait le pari de la délocalisation et de la diversification. Son groupe Sysdata a tissé un impressionnant réseau de références internationales.



Tiré à quatre épingles, Lala Andriamanamisata nous reçoit au troisième étage de sa seconde société – Exxolia – à Soanierana, une zone industrielle excentrée de la capitale. Cet homme d’affaires a, en deux décennies, créé trois entreprises, tout en s’occupant de nombreuses activités extraprofessionnelles – membre-fondateur et ancien président du Rotary Club Antananarivo Vovona, membre du comité de pilotage pour la mise en place de l’e-commerce et membre du comité de pilotage pour la bonne gouvernance. Dans les années 80, à Paris, Lala suit des études secondaires au lycée Chaptal dans le viiie arrondissement, il y obtient une mention en série D. Puis, en 1989, il sort de l’Université Dauphine (Paris 9) une maîtrise de finance en poche. Il bifurque alors vers des études d’informatiques et décroche un diplôme en troisième cycle de concepteur logiciel de gestion à l’école d’ingénieur EPSI. Sollicité par une myriade d’entreprises, il choisit finalement d’entrer en 1990 chez Cap Gemini à Paris, comme ingénieur d’études. Une année plus tard, il devient responsable de l’application informatique « gestion des contrats » au sein de la société Nation-Vie (filiale de la BNP-Paribas), poste qu’il occupe jusqu’en 1995. Cette deuxième expérience professionnelle lui permet de s’occuper de la gestion multidevise (passage à l’euro). Moment crucial pour le futur chef d’entreprise, puisqu’il reçoit des actions gratuites d’une valeur de 300 000 FF (60 000 euros) lors de la privatisation de la banque BNP Paribas, ce qui lui permet de financer sa première firme.

Le retour au pays

Après une étude de marché, sur une prestation off-shore, Lala rentre définitivement dans la Grande Ile. Il crée le 1er janvier 1995, avec un actionnaire minoritaire, un ami marocain, Sysdata SA au Maroc et à Madagascar, société spécialisée dans le développement des logiciels de gestion. Les débuts poussifs, en raison d’une main d’œuvre moins performante que prévue dans la filiale malgache, incitent Lala Andriamanamisata à entrer dans le conseil d’administration de l’Ecole nationale d’informatique (ENI) de Fianarantsoa, afin de mettre à niveau les 150 étudiants, avec l’appui de la coopération française. Il décide finalement de confier le développement de logiciels à Sysdata Maroc et les dessins industriels à sa filiale malgache. Activité comprenant le cadastre (80 % de l’activité), le bâtiment et le dessin mécanique. Aujourd’hui, des clients européens comme Dassault, Lagardère, Bouygues font confiance à Sysdata SA Madagascar. Qui vend aussi du matériel informatique. Cette success story conforte le businessman dans son choix, qui ne regrette rien. « En termes de qualité de vie, de gestion du temps tout est parfait, concède-t-il, mais il a fallu s’adapter. »

La crise politique de 2002 a pourtant mis à rude épreuve les nerfs de ce chef d’entreprise. « Nous nous sommes rendu compte que les employés ne pouvaient pas se rendre sur leur lieu de travail en raison de la pénurie d’essence. » Rapidement, ses collaborateurs sont encouragés à travailler à domicile, huit heures par jour, en utilisant un équipement vendu à crédit, augmentant la productivité. Le coût des prestations au sein de cette entreprise située dans la zone franche est estimé à 8 euros/heure contre 20 euros/heure en France. Ses principaux concurrents se trouvent en Asie. Mais Sysdata ne s’inquiète nullement de l’avenir : « Positionné dans un marché de niche, le fournisseur que nous sommes négocie des contrats à moyen et long terme », précise-t-il.

Diversification d'activités

Sportif à ses heures, Lala aime les challenges. En juillet 2012, il crée un centre d’appels et un portail web dénommé Exxolia – se basant sur les conslusions d’une étude menée par l’Economic Development Board Of Madagascar (E.D.B.M) analysant l’avenir des technologies de l’information et de la communication (T.I.C.), qui prévoient un bel avenir pour les centres d’appel dans la grande île. Andriamanamisata s’engouffre dans la brèche. « Le potentiel en ressource humaine représente 35 000 personnes avec un niveau bac et plus. Leur formation dure un mois pour être opérationnel. » A cela, il faut ajouter « la connexion Internet rapide grâce à la fibre optique de l’opérateur historique Telma et d’Orange, qui nous garantit 1 Mo permanent. »

Autre avantage, pour la Grande Ile, un téléopérateur revient à 400 000 ariary/mois (133 euros/ mois), un matériel informatique incluant l’ordinateur et le routeur coûte 1 million ariary (333 euros), alors que la vente des prestations finales est facturée à 10 euros l’heure (contre 12 euros l’heure sur l’île Maurice, et 13 euros l’heure au Maroc). Malgré cet avantage, le jeune manager reconnaît certaines faiblesses, les études supérieures étant peu adaptées au marché de l’emploi. En tant que viceprésident et fondateur du Syndicat des entreprises franches informatiques de Madagascar (SEFIM), Lala Andriamanamisata compte inverser ce phénomène, en interpellant les pouvoirs publics.

Féderer les PME-PMI

Sa marge de manœuvre a augmenté depuis son élection en novembre dernier, à la tête du Jeune patronat de Madagascar (JPM), association membre du Groupement des entreprises de Madagascar (GEM). Le JPM regroupe d’anciens cadres supérieurs ayant fait leurs études à l’étranger, ayant par la suite fondé leur entreprise dans leur pays natal. Durant son mandat (2013-2015), le jeune président compte fédérer les PME-PMI, pour qu’elles soient le fer de lance de l’économie malgache. Admirateur du roi Andrianampoinimerina (XVIIIe siècle), et du père fondateur de Singapour Lee Kuan Yew, il conclut : « On peut partir de rien pour réaliser nos rêves. Nos politiciens devraient s’en inspirer pour bâtir sur le long terme dans un océan de stabilité. »



publié en mars 2014



Dans la même rubrique :
< >
Inscription à la newsletter

Découvrez le sommaire des derniers numéros du magazine