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Lahcen Haddad : « Le tourisme est un vecteur de développement économique durable et fiable »

Par DOUNIA BEN MOHAMED le 18 Juillet 2016

L’Organisation mondiale du tourisme dénombre plus de 1,8 milliard de touristes et prévoit un doublement des flux d’ici 2030. Une réelle opportunité à saisir pour l’économie marocaine. La mise en place d’une offre touristique attractive s’impose pour différencier et singulariser la destination Maroc. Dans cette perspective, de grands projets sont lancés, d’autres sont dans les tuyaux… Au cœur de cette impulsion : Lahcen Haddad, ministre du Tourisme du Maroc.



FORBES AFRIQUE: Dans le contexte actuel de croissance du tourisme mondial, comment le Maroc compte-t-il se hisser parmi les destinations touristiques incontournables ?

Lahcen Haddad : « Le tourisme est un vecteur de développement économique durable et fiable »
LAHCEN HADDAD: A l’heure où la compétition touristique bat son plein et face à des
touristes de plus en plus exigeants, la différenciation s’impose. Le Maroc a choisi d’ancrer son développement autour de valeurs fondamentales qui constituent un réel avantage compétitif pour notre pays : authenticité, diversité, qualité et durabilité. Aujourd’hui, satisfaire ne suffit plus, il faut faire rêver et ravir les touristes. Aussi, le Maroc a-t-il identifié ce qui fait la singularité de chaque destination. Un travail minutieux a ainsi été entrepris par les ingénieurs marocains du produit touristique afin d’identifier, valoriser, et créer une offre cohérente et attractive pour distinguer chaque destination et maximiser l’expérience du visiteur. A la croisée entre la demande touristique et les ressources du territoire d’accueil, la mise en place du produit touristique obéit à des logiques de développement propres à chaque territoire. Le Département du tourisme, à travers la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT), a ainsi identifié des produits touristiques économiquement viables, adaptés aux besoins de développement de chaque territoire, qui ont ensuite été déclinés en clusters touristiques à même de répondre à la demande en offrant une expérience de qualité.

Quelle a été votre démarche pour attirer les investisseurs, notamment dans un contexte international assez difficile, où la levée de fonds relève presque de l’utopie?

L.H.: Je répondrai en trois points. Tout d’abord, la planification du développement touristique a été orientée vers les villes afin d’asseoir le positionnement escompté pour chaque territoire, d’en renforcer l’attractivité et de drainer par là même d’autres investissements qui viendront construire le pôle de compétitivité touristique… Les investissements proposés dans ce cadre sont rentables. Selon cette même logique de renforcement de l’attractivité des territoires, nous avons travaillé sur l’amorçage du produit touristique au niveau des zones émergentes via des investissements indispensables à l’essor des destinations, mais que le secteur privé ne peut porter. Plusieurs fonds d’investissement ont été créés pour permettre le développement d’écosystèmes touristiques à forte valeur ajoutée. Le tourisme est un vecteur de développement économique durable et fiable, mais aussi une véritable source d’épargne en devises étrangères et un moyen efficace pour améliorer les conditions de vie des populations locales en créant une dynamique économique dans les zones reculées. L’Afrique dispose aujourd’hui d’un potentiel énorme pour le développement touristique.

Quelles sont vos priorités pour 2016-2020?

L.H.: L’enjeu pour le prochain quinquennat est d’enrichir et de diversifier l’offre touristique des huit territoires. Ce qui aura un fort impact sur les performances touristiques des destinations, sur les perspectives de rentabilité des établissements touristiques et par là même sur l’attractivité de notre pays pour les investissements touristiques. Parallèlement au développement du produit, nous nous devons de diversifier nos marchés émetteurs pour rentabiliser l’investissement touristique. Plusieurs mécanismes d’accompagnement seront également mis en place (primes, fiscalité…) pour attirer davantage d’investisseurs.

La SMIT est l’organe en charge de l’attractivité des territoires touristiques. Comment vous y prenez-vous concrètement?

IMAD BARRAKAD : Effectivement, la SMIT est une plateforme d’accompagnement et d’assistance aux investisseurs et collectivités locales à travers la mise en place d’un ensemble d’actions permettant d’augmenter l’intensité de l’attraction de la ressource, en la mettant en valeur. Capitalisant sur notre fine connaissance du marché, notre maîtrise des besoins de développement de chaque région, notre expertise pointue et notre capacité d’analyse, nous apportons des réponses qualitatives, évolutives et adaptées au développement du patrimoine naturel et culturel, et ce, pour permettre la constitution d’une offre différenciée de la concurrence nationale et internationale. Nous sommes chargés de façonner le paysage touristique national tout en étendant les bénéfices socio-économiques à tous les maillons de la chaîne de valeur du secteur et en assurant une équité territoriale nationale. L’ingénierie touristique est un métier à part entière et implique l’intervention de spécialistes et d’experts dotés d’un savoir-faire marketing, technique et financier, présents au niveau de la SMIT et qui font aujourd’hui notre force.

​Quel est le projet dont vous vous réjouissez et que vous considérez comme le plus réussi?

I.B.: Nous avons lancé dernièrement un programme pionnier, résultat d’un partenariat fructueux entre différents départements ministériels et acteurs locaux, pour la diversification du produit touristique et le développement d’un tourisme durable. L’idée de ce programme est de permettre aux touristes de découvrir et d’apprécier la beauté naturelle, l’histoire, la culture, le style de vie et de consommer des produits locaux. Ainsi, et selon ses aspirations, un touriste pourra choisir un circuit thématisé reliant plusieurs composantes: sites et monuments, animations touristiques, activités de 
mise en valeur de produits du terroir et du savoir-faire local et des structures d’accueil et d’information. Nous avons donc mobilisé l’ensemble des partenaires autour de programme pour créer un fonds d’amorçage qui financera des infrastructures que le privé ne peut porter et qui sont déterminantes pour le développement de l’attractivité des territoires touristiques. Concrètement, il s’agit de créer des circuits thématisés pour faire vivre une expérience différenciée selon les attentes des touristes; mettre en place la signalétique pour améliorer la lisibilité et la mobilité des touristes; interpréter le patrimoine et mettre en place des infrastructures d’accueil des touristes; mettre en valeur le patrimoine pour enrichir l’offre et renforcer son attractivité ; mettre en place des concepts pilotes d’hébergement à titre de démonstration pour capter dans une deuxième phase l’investissement privé. Et aussi, créer l’environnement nécessaire pour capter l’investissement privé via la mise en place de mécanismes de financement spécifiques, de programmes de formation ciblés et le déploiement des TIC. La particularité de ce programme, c’est qu’il permet de toucher des zones reculées et vulnérables et d’agir comme levier de développement, en améliorant les conditions de vie de la population locale grâce à l’afflux touristique. En chiffres, il s’agit de créer plus de 30 000emplois.

​Etes-vous satisfait de vos résultats? Quel est votre catalyseur d’attractivité?

L. H.: Malgré une conjoncture internationale très difficile, nous avons enregistré de 
bonnes performances comme en témoignent les chiffres: à la date d’aujourd’hui et à mi-parcours des objectifs tracés, la capacité touristique engagée est de l’ordre de 233 000 lits, soit 79% de l’objectif. La capacité touristique créée entre 2011 et 2015 est de plus de 55 000 lits. Mais il faut tendre vers encore mieux. Avec le programme national pour le développement du tourisme durable, nous allons pouvoir renforcer l’attractivité de certaines destinations émergentes qui peuvent désormais profiter des opportunités de croissance touristique. Le développement d’une destination est fortement tributaire des performances économiques enregistrées, elles-mêmes impactées par l’intensité  et la richesse de l’offre proposée. La diversification est donc notre fer de lance.  

Publié en Juin 2016



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