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Rédigée le 3 Juin 2016

La guerre du voile n'aura pas lieu

Le débat fait rage. Tout le monde en parle : les politiques, les journalistes, les sociologues. Qu’est-ce qui secoue la société à ce point ?


Ce sont quelques enseignes de prêt-à-porter qui, comme si elles s’étaient donné le mot, ont lancé des publicités pour des tenues féminines inspirées du voile dit islamique. L’abomination suprême serait ce maillot de bain intégral avec capuche, pantalon et haut à manches longues. La première chose qui frappe et déroute un peu, c’est que ces tenues sont très belles, avec des couleurs chatoyantes et variées. On est loin de la burqa sombre, triste et unicolore. Ces tenues me font penser aux camaïeux des voiles mauresques dont la beauté m’a toujours charmé. Pourquoi donc cette étrange et forte levée de boucliers ? C’est que, nous dit-on, le voile renverrait systématiquement à la soumission de la femme arabe par l’homme. Il ne devrait donc pas trouver place parmi les enseignes occidentales. J’ai ensuite entendu un rappel historique qui opposait cette mode de la soumission à la mode de la libération de la femme à la belle époque du MLF, mouvement d’émancipation symbolisé par la minijupe. La libération des esprits allait donc de pair avec celle des corps. C’est à partir de cet instant du débat que la question se pose.

Devrait-on trouver sur toute la planète une uniformité vestimentaire et culturelle inspirée de la minijupe ? Si la libération d’une certaine catégorie de femmes est passée par la minijupe et le monokini, celle d’autres peuples ne pourrait-elle pas s’inspirer de modèles, disons, plus « couverts » ? Les femmes dénudées dans les vitrines d’Amsterdam ou sur les boulevards des Maréchaux parisiens, cornaquées par d’intraitables maquereaux, incarneraient-elles le summum de la libération ? Pour ma part, je suis émerveillé par le sari des femmes indiennes, dont l’abondance de tissu ne nuit point à la sensualité des corps, avec ces ventres partiellement et savamment découverts. Je l’ai dit, les voiles mauresques sont pour moi ce qu’il y a de plus beau sur les Mauritaniennes. On dirait des peintures vivantes, les corps ondulant avec une grâce sans pareille sous ces voiles qui, en couvrant les chairs, laissent justement l’imagination galoper. Enfin, il est à plaindre celui qui n’a jamais été séduit par les beaux pagnes des femmes d’Afrique de l’Ouest, avec leurs coiffes aux allures d’œuvres d’art. De la vraie haute couture ! Là encore, on n’est pas chiche en tissu et, pourtant, la femme n’a jamais autant été mise en valeur. Mon rêve, c’est que nous arrêtions la guerre des anciens et des modernes, des libres et des soumises, et que toute référence au voile cesse d’être interprétée comme un éloge de la soumission de la femme véhiculé par le monde arabo-musulman. Un autre rêve : que toutes les femmes du monde puisent dans ce riche patrimoine universel de la mode et se fassent plaisir, l’Européenne et l’Africaine en sari et en voile, l’Arabe en tailleur et en pagne… Mon ultime rêve, c’est que la renaissance africaine porte à ce rendez-vous du donner et du recevoir mondialisé des modes qui séduisent la terre entière, permettent l’émergence des talents qui sommeillent et la création des milliers d’emplois dont nous avons besoin
 
 
 
 
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