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L'agriculture, une nécessité, une urgence

Par Romain Fontes le 30 Mai 2016

En 2009 l'Afrique a atteint le milliard d'âmes. Selon des projections démographiques récentes (Ined, Unicef, PBR), le continent devrait voir sa population doubler d’ici 2040, et atteindre… 4 milliards d’individus à la fin du XXIe siècle. Cette progression s'accompagne d'un exode rural régulier.



L'Afrique n'est bien entendu pas à l'abri des changements climatiques en cours et connaîtra d'avantage de canicules, d'inondations et de sécheresses....
Les conditions de la production agricole du continent (disponibilité de l'eau, types de sol, topographie, surface cultivée par entité, réglementation locale...) diffèrent grandement d'une région à l'autre, voire d'une commune à l'autre.
 
Les marges de progression  résident dans une mécanisation qui reste à mener. Avec ses bons et ses moins bons côtés. En effet, un hectare cultivé à l'aide d'un tracteur emploie une personne, tandis que sans tracteur, ce sont quatre personnes qui travaillent. A ce jour, près des deux tiers des Africains travaillent de près ou de loin dans l'agriculture.
 
Un autre axe majeur tient aux infrastructures. Le besoin de routes de qualité entre les lieux de production et les lieux de transformation/consommation est vital, et ce à grande échelle, car il faut pouvoir acheminer rapidement après leur récolte des denrées fragiles et périssables. L'agriculteur qui ne voit pas de débouché pour sa production fera de la culture de subsistance.
 
Comme souvent, la solution ne se trouve probablement pas à l'échelle du continent ni bien entendu à celle d'un pays unique, mais plutôt dans une régionalisation. En mettant sur pied des politiques locales et les structures nécessaires, ces questions avanceront. L'offre et la demande de produits locaux pourront se développer parallèlement.
 
Une autre bataille se joue entre les semenciers, ces compagnies qui commercialisent des graines (semences). Pour mieux produire, en quantité comme en qualité, des chercheurs créent des semences, issues des croisements d'espèces existantes, ou de manipulations génétiques (les fameux OGM) censées mieux s'adapter aux spécificités et besoins régionaux. Des semences plus résistantes à la chaleur, aux inondations, aux sols acides....
 
Le marché africain des semences, estimé aujourd'hui autour de 1,5 milliard d'euros, devrait tripler dans les prochaines années. Il est important de noter qu'une nouvelle semence créée génère, tout comme un brevet industriel, des droits. Sa commercialisation est donc réservée à l'entreprise qui en a les droits. Naturellement, un semencier qui en rachète un autre achète également un portefeuille de semences. Partant du principe (vérifié) que beaucoup reste à faire en termes de productivité, les grands groupes internationaux se penchent sur l'Afrique. Les rachats d'entreprises africaines, ou prises de participation, se sont ainsi multipliés. Jusqu'à récemment, ces opérations se cantonnaient à l'est du continent ou à l'Afrique du Sud : le Français Vilmorin au Zimbabwe avec Seed Co, l'Américain Dupont en Afrique du Sud avec Pannar Seed, ou encore le Suisse Syngenta (en cours de rachat par le Chinois CemChina) en Zambie avec Seed Zambia.
 
Monsanto a été le premier à s'implanter en Afrique de l’Ouest, au Burkina Faso dans les années 2000. Mais les semences OGM de coton du géant américain n'ont pas répondu aux attentes. La baisse de qualité (une fibre moins longue) de la production a plombé les exportations du pays. L'affaire se réglera devant les tribunaux, les agriculteurs regroupés demandant réparation.
 
L'échec de Monsanto au Burkina démontre qu'il faut des années pour estimer le bien fondé du choix d'une semence ou d'une autre. Néanmoins, ce contre-exemple ne doit pas masquer le besoin criant d'une agriculture apte à répondre à des besoins qui ne font qu’augmenter, au rythme de croissance de la population.
 
C'est à ces défis que doit répondre l'agriculture africaine. Tous les spécialistes l'admettent : l'Afrique a les capacités de réduire largement sa dépendance à l'importation de denrées alimentaires, et pourrait atteindre une production suffisante pour tous en l'espace d'une génération.
 
Les décideurs économiques et politiques ont du travail !
 


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