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L'agence afrovisuelle de Shirley Souagnon

Par Julien Le Gros le 27 Octobre 2017


Shirley Souagnon, humoriste franco-ivoirienne est une véritable boule d'énergie. Cette entrepreneuse de 30 ans, diplômée d'un BTS de communication, a lancé l'agence Afrocast. Explications.



L'agence afrovisuelle de Shirley Souagnon

Comment avez-vous eu l'idée de créer Afrocast, agence pour les professionnels afro de l'audiovisuel français?

Shirley Souagnon : En février 2016 je suis partie faire des représentations à Abidjan. Vivant en France, je n'avais pas été en Afrique depuis douze ans. Ça faisait du bien de voir des gens qui me ressemblent. Juste avant, il y avait eu des polémiques sur les Oscars et les Césars. (le hashtag Oscars so white en janvier 2016 NDLR) J'ai commencé par demander au sein de la communauté afro de France: « Est-ce que quelqu'un peut citer quatre acteurs noirs en France?» J'ignorais leurs noms moi-même. Plutôt que de se plaindre on a cherché des solutions. Je connais ce qu'on m'a appris à l'école en France. C'est à dire pas grand chose. C'est à nous les afros de créer notre propre culture. Dans un premier temps, le but d'Afrocast c'est de ne pas rester dans l'ignorance.

Quel est le processus concret de cette plate-forme?

On va monter une application en interne pour les événements liés à la communauté afro, avec des offres d'emploi. Il y a de super parcours d'acteurs noirs à montrer, répertoriés par noms, âges, origines. Savoir qui fait partie du paysage cinématographique français dans la communauté afro. J'ai lancé le site avec un mailing. Du coup il y a eu plus de 500 inscriptions de professionnels, d'acteurs, réalisateurs, auteurs, producteurs... J'ai fait beaucoup de réunions avec tous ces inscrits pour connaître leurs intentions. Aujourd'hui il faut qu'on crée un vrai business lié à la population afro. C'est un marché de 3 à 4 millions de personnes qui n'a pas de diffuseurs dédiés. Je ne peux même pas dire le nombre de pièces, de scénarios, de contenus intéressants que j'ai reçu. Ce n'est pas produit parce que les financeurs n'ont pas la même couleur, la même sensibilité, la même culture. A nous de créer notre propre business pour produire des choses qui nous ressemblent: « Tu es Noir et tu as de l'argent? Viens! »
 

Quels partenariats économiques avez-vous noués autour d'Afrocast?

Il y a des personnalités intéressées dont je préfère ne pas révéler le nom. On a des partenaires comme Afropunk et la société de communication  Brown sugar days pour produire des contenus, en espérant former une communauté afro unie. (1) Ça profitera à la génération suivante. Les Africains de France doivent créer une boucle vertueuse. Qu'on arrête de ne voir des Noirs que dans des rôles nuls à la télévision !

Est-ce que vous ne risquez pas d'être taxée de communautarisme?

On fait simplement ce que tout le monde fait déjà: s'adresser à un marché. On est là. On existe. On consomme. On fait partie de la population et du paysage. Je suis contente de voir qu'Amanda Scott, avec sa touffe de cheveux en afro,  a sa propre émission sur France Télévisions. Je n'ai pas compris ces débats identitaires en France. Comme si on était en train de se rendre compte tout d'un coup qu'on était métissés. On nous dit: « Intégrez-vous!» Non, c'est à nous tous de nous mélanger! Si le Front National monte en France c'est parce que certains commencent à avoir peur du réel changement qui est en train d'arriver !

Quels sont vos autres projets?

Il y a 3 ans, avec 5000 euros de capital, j'ai créé une société de production de spectacles la SAS: On time productions. La meilleure façon d'aller au bout de mon art c'est d'être ma propre productrice. J'ai fait un pilote qui m'a coûté 15000 euros. J'ai testé toutes les étapes: la réalisation, l'écriture, la technique et la production. Parallèlement je développe une deuxième société, un hub d'humoristes: Le club on time. Dans cet espace le Coworking Comedy club, dans le 18ème arrondissement de Paris, on créera des vidéos d'humour. A part le Paname café, il n'y a pas de lieu stand-up à Paris. Ce nouvel endroit sera une mutualisation des forces des humoristes: des workshops avec les auteurs et des levées de fonds via la plate-forme de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank. Ces fonds serviront au développement d'Afrocast.

Enfin, où en êtes-vous en terme de spectacle?

Mon nouveau spectacle Monsieur Shirley porte sur le genre. J'y dis qu'il faut arrêter avec la théorie du genre et ces histoires de masculin et féminin. Auparavant j'ai lancé une tournée participative qui permettait au public de choisir la ville, la date, le prix. Ça m'a demandé un barnum assez énorme en terme de web marketing mais je suis assez contente du résultat. Ça m'a permis d'être en communication directe, sans passer par le circuit traditionnel de l'affichage.

Pour en savoir plus:
https://www.facebook.com/shirleysouagnonofficiel1/
 
https://www.youtube.com/watch?v=ijXuaTXZGdM
 
(1) Initialement Afrostream devait faire partie de ces partenaires mais le « Netfix africain » lancé en octobre 2015 par le franco-camerounais Tonjé Bakang a fermé ses portes cette année.


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