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L'éditorial de Michel Lobé Ewané

Rédigée le 31 Janvier 2017

L'Afrique et la révolution digitale

Le monde vit une nouvelle révolution. En anglais, on l’appelle «the digital disruption». C’est la révolution du siècle : la révolution digitale. Grâce à elle, l’Afrique pourrait devenir la puissance économique de ce siècle. Ce qui est sûr, c’est que le continent a amorcé son «virage digital».


Numéro 41 février 2017
Numéro 41 février 2017
De nombreux spécialistes pensent que l’Afrique est en bonne position pour
réussir ce saut historique. Le cabinet d’audit et de conseil américain PwC, qui vient de publier une étude sur le sujet – Disrupting Africa: riding the wave of the digital revolution –, se veut optimiste. «En accomplissant pleinement sa révolution digitale, l’Afrique a tous les atouts pour devenir la nouvelle puissance économique», écrivent les auteurs du document. Il est vrai que les atouts ne manquent pas pour y arriver ‚: explosion démographique, extension de l’urbanisation, émergence de nouveaux modèles économiques et sociaux liés aux nouvelles technologies, montée en force de la classe moyenne. Pour PwC, l’Afrique qui n’a pas d’héritage économique marqué a «désormais toutes les cartes en main pour saisir les opportunités o…ffertes par le virage digital et ainsi dépasser les économies développées dans de nombreux domaines ‚: de l’énergie aux télécommunications, en passant par les services financiers».
    Big data, blockchain, drones, Fintech, énergies renouvelables, objets connectés. Toutes ces nouvelles technologies constituent autant de registres sur lesquels le continent peut aisément jouer. Elles lui off…rent la palette de couleurs grâce à laquelle il peut dessiner les contours de sa prospérité annoncée. Pour PwC, l’Afrique sera «le poumon de la croissance du monde». Pour le cabinet américain, «d’ici à 2050, 50‚% de la croissance démographique mondiale devrait venir d’Afrique, tandis que sa classe moyenne sera celle qui augmentera le plus rapidement (...). Bénéficiant d’une main d’oeuvre de plus en plus nombreuse, le continent africain est appelé à devenir le 1er producteur industriel mondial d’ici 2050. Cependant, cet objectif ne pourra être atteint que si les acteurs économiques et politiques se saisissent pleinement des opportunités off…ertes par les nouvelles technologies.»
    Et c’est là, bien sûr, que des questionnements s’imposent sur la capacité de l’Afrique à réaliser les conditions qui s’imposent pour réussir cette révolution. Il lui faut s’engager impérativement, indique PwC, sur six chantiers pour construire cette prospérité. Créer des structures plus ešfficaces, grâce à la récolte et l’analyse de données, et mettre en place de nouveaux modes de travail collaboratifs et virtuels. Eradiquer la corruption, et créer la confiance et la légitimité des institutions. Inciter les entreprises à jouer sur le terrain des marchés «dématérialisés», tels que le e-commerce ou les services. Renforcer l’accès aux soins, à l’éducation, à la formation et à l’emploi.
    Enfin, promouvoir le secteur des services. Des pistes et des solutions pour réussir la révolution digitale existent donc, on le voit. Mais les élites politique, intellectuelle et celle des aff…aires ont-elles intégré le nouveau logiciel qui va avec cette révolution? Il est toujours facile de rejeter la responsabilité des échecs de l’Afrique sur sa classe dirigeante. C’est oublier qu’elle est le produit de l’élite, de ses valeurs, de son mode de fonctionnement, bref de son logiciel. Par ailleurs, n’oublions jamais que l’Afrique ce n’est pas un pays, mais 54 ‚nations. Le pari est donc loin d’être gagné. La révolution devra d’abord être celle des esprits, ou elle ne sera pas.
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