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Jean-Pierre Bekolo, cinéaste activiste

Par MICHAEL TOBIAS le 21 Juin 2016

Le réalisateur camerounais Jean-Pierre Bekolo a reçu le prix Prince Claus décerné par la couronne des Pays-Bas. Cette prestigieuse distinction culturelle récompense, selon le comité qui sélectionne les lauréats, « des réalisations exceptionnelles dans le domaine de la culture et du développement ».



Jean-Pierre Bekolo,  cinéaste activiste
Le 2 décembre dernier, SAR le prince Constantijn des Pays-Bas a remis le prix Prince Claus à plusieurs personnalités artistiques et culturelles de la planète, parmi lesquelles le cinéaste camerounais Jean-Pierre Bekolo. La Fondation Prince Claus rend également hommage à dix autres artistes et modèles culturels pour leurs travaux innovants dans le domaine de la culture et du développement. Le Grand prix a été décerné à la photographe iranienne Newsha Tavakolian. Les lauréats ont été sélectionnés par les membres d’une commission internationale indépendante, le Comité des prix Prince Claus.

Le cinéaste camerounais est considéré comme la tête de proue du 7e art au Cameroun et l’un des réalisateurs les plus créatifs, les plus audacieux et les plus iconoclastes de sa génération en Afrique. L’un de ses plus récents films, Le Président (2013), résume bien l’esprit et la liberté de son ton.

Le réalisateur y raconte l’histoire d’un président africain en fin de règne qui décide un matin de quitter le pouvoir sans l’annoncer ni à ses collaborateurs ni à la nation… En fait, le vieux dirigeant disparaît du jour au lendemain, et personne ne sait où il est passé. Cette fiction, qui évoque par de nombreux aspects la réalité de bon nombre de régimes africains d’aujourd’hui, est une réflexion presque métaphysique sur la nature du pouvoir africain. Cette fiction interroge le rapport au pouvoir puisque le leader lui-même questionne son parcours et révèle ses doutes et ses angoisses sur son œuvre, ses accomplissements et, finalement, sur son rapport au peuple, à son entourage. Mieux, il s’interroge sur la signification du pouvoir africain. « Jean-Pierre Bekolo est un cinéaste d’avant-garde et un activiste socio-culturel dont les œuvres bousculent les stéréotypes sur l’Afrique et le cinéma africain», estime le Comité des prix Prince Claus.

« Ses films, pour la plupart des divertissements, opèrent à de multiples niveaux et emportent les spectateurs dans des histoires palpitantes, à l’humour mordant et au style dramatique », ajoutent les membres de ce Comité. Pour Jean-Pierre Bekolo, ce prix constitue une validation de sa démarche « hors système ». En effet, le cinéaste a choisi de faire des films en se tenant à distance du système de production et de financement classique qu’offrent la France et l’Europe à travers de nombreux fonds de soutien (CNC, Francophonie, subventions de l’UE) aux cinéastes africains. « C’est vrai que je fais un cinéma qui sort des sentiers battus. Avec Le Président, j’ai choisi de faire un genre de film qui ne plaît pas à tout le monde. Les membres du Comité du prix Claus m’ont nominé sans que j’en sois informé.

Mais ils l’ont fait selon leur procédure, avec une enquête fouillée sur moi, en interrogeant des dizaines de personnes. Je ne m’attendais à rien, moi qui ai quitté le système. Mais, le système m’a retrouvé, en quelque sorte. Et j’avoue que je ne fais pas la fine bouche. Je mesure toute la signification de ce prix. Il arrive à un moment où beaucoup de gens doutent du type de démarche qui est la mienne. Une démarche qui tente de réinventer le cinéma chez nous, et de réinventer la société. »

Jean-Pierre Bekolo défend passionnément la liberté artistique. Dans son premier film, Quartier Mozart (1991), réalisé à 26 ans, il joue sur le registre de l’humour, un humour « hybride et complexe » mais limpide et rafraîchissant. Dans Les Saignantes, un thriller style science-fiction, il fustige la corruption morale et matérielle, le féminisme, le déclin social et le mal-être de la société africaine postmoderne.

« Le prix Prince Claus est décerné à Jean-Pierre Bekolo pour sa créativité, sa résistance, son irrévérence et son travail de refonte des idées dominantes concernant le cinéma africainł; pour la création d’une œuvre innovante, qui à la fois divertit et transmet un message sociopolitique fort ; pour la grande originalité de son style ; pour sa façon de mettre en cause les représentations erronées des cultures africaines ; et pour sa façon de réaffirmer le pouvoir du cinéma » : c’est ce qu’affirme le Comité du prix. 
Pour le cinéaste, « il s’agit, grâce à cette validation de [sa] démarche, de passer à la vitesse supérieure, par rapport à ce [qu’il fait] déjà. Essayer d’imposer [sa] vision, passer de la phase expérimentale, dans laquelle il était, à la phase d’implémentation. La question des moyens restant essentielle. » Mais il pense qu’avec une telle distinction, des portes vont s’ouvrir. « Ce n’est jamais acquis d’avance, dit-il, mais ce prix peut contribuer à légitimer mon travail et mes prochains projets.»

Parmi ces derniers, une exposition – Welcome to apply fiction – qui se tiendra à Berlin du 10 au 20 février 2016, en marge des Berlinades (Le Festival de Berlin) sur son œuvre de réalisateur. 

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Publié en Février 2016



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