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Grace Kelly Azizet, pour la promotion du local

Par Patrick Ndungidi le 6 Juin 2016

Faire découvrir la beauté des créations issues de cultures souvent perçues comme « indigènes » ou « sauvages » en montrant ce qu’elles ont de plus beau. Tel est l’objectif de la Gabonaise Grace Kelly Azizet, fondatrice de Wild Flowers (« fleurs sauvages »), une agence conseil en stratégie de marque et communication 360°, spécialisée dans le luxe durable.



Détentrice d’un master 2 en marketing et stratégies commerciales obtenu dans une école de commerce parisienne, Grace Kelly Azizet se lance dans la vie professionnelle dès l’âge de 17 ans en enchaînant les stages en alternance et les petits boulots dans de grands magasins parisiens. « Mes débuts m’ont permis de me former sur le terrain et d’être au contact de la clientèle. J’ai ainsi pu appréhender les bases de mon métier tout en étant à l’écoute de mon client et en observant le marché au sein duquel j’évoluais ».
 
Après cinq ans passés dans des services de marketing et communication, elle crée en 2009 un magazine en ligne qui lui permet de devenir pigiste, puis chef de rubrique mode et joaillerie, avant de devenir consultante puis de travailler pour des groupes de renom comme L’Oréal ou LVMH. L’idée de créer son agence lui vient fin 2011 quand, pour le besoin d’un article, elle assiste à une édition du salon Ethical Fashion Show. « J’ai été marquée par l’intervention d’un entrepreneur qui a créé une coopérative de femmes dans le textile au Pérou. Il démontrait qu’il était possible de valoriser des savoir-faire séculaires en créant des pièces à la fois désirables et respectueuses de l’environnement destinées à une clientèle internationale. J’ai eu envie de faire partie de cette chaîne vertueuse en accompagnant des visionnaires qui partagent cette ambition et impactent positivement la vie des communautés locales », se rappelle-t-elle. La symbolique des fleurs sauvages, explique Grace, illustre la volonté de révéler l’authenticité d’une marque dans une approche respectueuse à la fois de l’humain et de l’environnement.
 
Aujourd’hui, l’agence Wild Flowers collabore avec de jeunes créateurs et des groupes internationaux comme L’Oréal, pour les aider à développer des marques fortes et responsables. « Mon rôle auprès des jeunes créateurs africains est, entre autres, de vendre leurs créations made in Africa à des acheteurs internationaux. Mon principal défi est de faire découvrir la beauté de nos savoir-faire et le caractère exceptionnel de nos matières naturelles en prouvant qu’ils répondent aux critères d’exigence d’une clientèle internationale. Je travaille également avec des institutions en proposant des idées et des actions visant à structurer les industries culturelles et créatives de manière responsable sur le continent et en France », explique cette jeune chef d’entreprise de 29 ans.
 
C’est ainsi qu’en août 2015, l’agence Wild Flowers a co-organisé la Brazza Fashion Night au Congo-Brazzaville, en partenariat avec le ministère des PME. 

Des rôles modèles pour inspirer la jeunesse

Pour Grace Kelly Azizet, la jeunesse africaine a besoin de « rôles modèles » car dans de nombreux pays du continent, les jeunes sont résignés et défaitistes. « Nous avons besoin de voir et d’entendre des histoires de personnes de notre génération qui se battent chaque jour pour dessiner l’Afrique de leurs rêves. Nous avons besoin de comprendre que tout est possible », souligne la jeune femme. En outre, fait savoir la fondatrice de Wild flowers, les entrepreneurs africains en général et les jeunes en particulier ont besoin d’être accompagnés, notamment financièrement, dans la concrétisation de leurs projets.

Selon elle, plusieurs obstacles freinent le développement d’un entreprenariat local fort sur le continent ainsi que la mise en place d’un environnement favorable pour les entrepreneurs, à savoir : manque d’eau potable, coupures d’électricité intempestives, accès limité à Internet, état des routes, etc. 

Le Nation Branding

Pour Grace Kelly Azizet, les économies qui ont réussi à créer un secteur privé fort sont souvent celles qui ont construit des marques s’inscrivant dans une logique de « nation branding ». Ainsi, explique-t-elle, au même titre que le « made in France » ou le « made in USA », les Etats africains doivent investir dans des fonds de soutien à un entreprenariat culturel qui valoriserait les cultures nationales en créant des exceptions africaines par pays. Cette stratégie de marque pays, poursuit-elle, faciliterait le développement des pôles de compétitivité dans des secteurs à fort potentiel en aidant les entrepreneurs à créer des identités fortes, notamment en termes d’image et de communication.

Cela leur permettrait de réussir à promouvoir leurs produits locaux auprès d’investisseurs étrangers potentiels. « Dans cette logique, les entrepreneurs locaux pourraient bénéficier de dispositifs fiscaux avantageux si leur offre de produits répond à une valorisation de la culture locale. Les Etats concernés pourraient alors mutualiser sur le sol les compétences d’entreprises locales en créant des complémentarités, et donc développer un écosystème favorable à une croissance inclusive et durable », note-elle. Pour la fondatrice de Wild flowers, le nation branding permettra de voir émerger des champions nationaux et de mettre en valeur les identités respectives des 54 pays du continent.


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