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François Thiellet, fondateur de Thema TV, fournisseur mondial de contenus africains

Par NIA JOHNSON le 5 Juillet 2016

Aux manettes de Thema TV, François Thiellet évoque les raisons pour lesquelles le continent est incontournable sur le marché de la production audiovisuelle.



François Thiellet, fondateur de Thema TV, fournisseur mondial de contenus africains
Il y a dix ans tous les business plans de ce fin connaisseur du continent africain étaient quasiment refusés par les distributeurs et les financiers. Au seul motif qu’ils contenaient le mot “Afrique”. En 2015, le boom économique du continent, ainsi que l’expansion du numérique donnent enfin raison à François Thiellet. Créée en 2005, Thema TV est spécialisée dans deux métiers : elle fournit des contenus à des opérateurs de télévision à péage dans le monde et édite des chaînes de télévision. La société compte aujourd’hui quatre filiales à l’étranger et travaille avec plus de neuf bureaux d’agents dans les principaux marchés d’Europe. Avec un portefeuille de près de 100 chaînes,Thema TV est pionnière en Afrique avec la chaîne Nollywood TV. En cette rentrée effervescente dans le secteur audiovisuel en Afrique, François Thiellet, qui a vendu sa société à Canal+ Overseas en 2014, reste plus que jamais aux commandes de Thema TV avec le lancement de plusieurs autres chaînes – comme Novelas TV , chaîne 100 % telenovelas, qui offre des fictions de qualité, certaines inédites en Afrique, ou la toute dernière, Gospel Music TV, première chaîne de télévision musicale rassemblant dans sa programmation la diversité de la musique gospel moderne. Interview.

FORBES AFRIQUE : Thema vient d’éditer Gospel Music TV, une toute nouvelle chaîne de musique gospel, pouvez-vous nous la présenter ?

FRANÇOIS THIELLET : C’est une idée que j’avais depuis un certain temps. Mais, faute de temps, j’ai demandé à un ami de travailler sur le projet, ce qu’il a fait en lançant sur le continent une chaîne qui s’appelait Gospel. Quand j’ai été prêt, je lui ai rachetée, et nous l’avons re-conceptualisée ensemble pour en faire Gospel TV. Pourquoi? Tout simplement parce que cela n’existait pas. Le gospel dans toute l’étendue de sa diversité est une musique magnifique. Et cela va de sa conception la plus traditionnelle jusqu’à des formes plus modernes avec le gospel urbain… En Afrique, c’est un genre très plébiscité. Jusqu’à présent il n’existait pas de vraie chaîne musicale essentiellement gospel, il y a une chaîne américaine mais qui est plutôt une chaîne religieuse. 

Quelle cible visez-vous avec cette nouvelle chaîne?

F. T. : Notre cible est extrêmement large. D’abord, en termes de classe d’âge. On a une un public jeune qui va écouter aussi bien du gospel traditionnel que du gospel urbain. Et ce, même en France, il suffit d’aller à un concert de gospel vous allez voir des Bretons, des gens dont les grands-parents sont africains… La cible est large, mais cette chaîne fait la part belle au gospel africain avec 70 % de gospel africain y compris francophone et 30 % de gospel américain. C’est une chaîne que j’ai conçue en pensant à mes compatriotes africains en France aussi. On l’a lancé d’abord sur Canalsat Afrique – sur Canal dans l’océan Indien et aux Antilles. Dans l’Afrique anglophone, la chaîne est disponible chez l’opérateur StarTimes. 

A l’heure où l’Afrique francophone est en forte croissance, pourquoi ne pas lancer une chaîne de fiction africaine francophone?

F. T. : Nous avons déjà créée Films d’Afrique, une offre de vidéo à la demande par abonnement 100% africaine! C’est le premier service de SVOD de films africains, avec des fictions, des séries, des clips musicaux, avec un large choix à la production francophone, nous proposons les plus grandes séries francophones, comme Ma Famille, les concerts des plus grands griots d’Afrique de l’Ouest… Deuxièmement, sur Nollywood TV, il y a aussi de la fiction africaine francophone. La chaîne s’appelle ainsi car on a souhaité saluer le cinéma nigérian, comme une référence – un peu à l’image d’Hollywood. C’est aussi un coup de chapeau au cinéma africain, aussi nous proposons une série francophone chaque jour – une soirée de fiction francophone par semaine. Donc, il y a déjà une fenêtre. Quant à une chaîne de fiction francophone, il faudrait parvenir à nourrir l’antenne, il faut avoir du volume… Et, aujourd’hui je ne suis pas certain que les volumes nous permettent d’éditer une telle chaîne [Nollywood TV a été monté avec un volume de 750 heures de programmes, NDLR], voilà pourquoi on a démarré avec cette formule de soirée sur Nollywood TV. 

Et dans ce sens, intervenez-vous dans la production de contenus africains francophones ?

F.T.: Oui, on ira dans cette direction, d’ailleurs mes collègues d’A+ vont de plus en plus dans cette direction. Puisqu’ils interviennent de plus en plus en pré-achat. Nous, on le fait beaucoup sur des séries nigérianes, où on fait de la coproduction. Et en coordination avec A+, on va s’engager sur cette voie pour les séries francophones aussi. 

En moins de deux ans, vous avez édité trois chaînes, à quoi est due cette accélération ?

F.T.:  Nous nous sommes vraiment lancé dans l’édition de chaînes de télévision ces dernières années suite au succès de Nollywood TV... Et il y en aura d’autres avant la fin de l’année. 

Quelle était la vocation de Thema lorsque cette société a été créée il y a dix ans ?

F.T.: Le premier métier de Thema était de fournir des contenus à des opérateurs de télévision à péage dans le monde. Nous avons commencé par accompagner les chaînes thématiques qui nous donnaient des mandats pour se développer à l’international. Rapidement, nous avons complété cette activité en agrégeant et développant des offres de chaînes internationales, notamment en France. Nous avons mis à profit le développement de l’ADSL, d’abord en France puis dans le reste du monde, pour constituer des bouquets de chaînes étrangères. La distribution et le développement de chaînes étaient donc nos activités premières.

Il y a-t-il une recette Thema TV pour atteindre les diasporas du monde ?

F. T. : Nous étudions la présence des diasporas, leurs tailles, leurs spécificités. Nous faisons des analyses “socio-ethnologiques”, nous essayons de comprendre la relation que ces personnes ont avec leur pays d’origine, s’il existe une barrière de la langue, combien 
de générations sont présentes. Il faut comprendre s’il y a une frustration, un manque de télé de leur pays d’origine, puis définir une offre, la tester et définir les prix, trouver la façon de les distribuer et faire le marketing derrière. 

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ? Et aujourd’hui qu’est-ce qui a changé ?

F. T.: Au début, les chaînes de télévision en Afrique étaient méfiantes envers mon discours. En gros, je leur disais : «œJe vais récupérer votre signal, m’occuper des problèmes techniques, des problèmes de droits, ça ne va rien vous coûter et je vais vous donner de l’argent.» Heureusement que certains me connaissaient, ce qui a facilité les choses. C’était assez difficile. Et puis, techniquement, c’était très compliqué. Il y avait les problèmes d’occultation car les chaînes africaines n’ont pas de version internationale. Leur chaîne est conçue pour le territoire national. C’est pour le territoire national que les groupes achètent ou qu’on leur donne les droits. Quand on sort du territoire, on ne peut pas toujours exploiter ces droits. Dans ce cas, il faut changer les programmes ou les retirer. On est obligé de bloquer comme on l’a fait pour les matchs de la Coupe d’Afrique des nations. Aujourd’hui, les choses changent et tous les regards sont tournés vers l’Afrique. C’est un bonheur pour moi qui suis un passionné du continent que je parcours depuis plus de vingt-cinq ans.

Quelle a été votre recette pour faire de Nollywood TV un succès ?

F. T. : Je dis toujours que Thema est une passerelle entre deux rives –…l’Afrique et ses diasporas. C’est ce rôle que nous avons joué avec Nollywood TV. Quand nous avons lancé il y a plus de cinq ans le « bouquet africain » en France, chez tous les opérateurs ASDL et câble, nous nous sommes demandé quel genre de chaînes manquait dans le but de satisfaire pleinement nos abonnés. Une chaîne de cinéma nous est apparue comme une évidence, la fiction africaine étant un succès dans toute l’Afrique. Or, une telle chaîne n’existait pas jusqu’alors… Suite à de longues discussions-négociations avec le groupe sud-africain Mnet, nous sommes finalement arrivés à un accord pour l’achat d’une bibliothèque de 750 heures de films de Nollywood. Plusieurs mois ont ensuite été nécessaires pour doubler les programmes en français, mettre en place la régie de diffusion, l’habillage de la chaîne… Avec une chaîne de fiction africaine de qualité, la finalité est donc avant tout de satisfaire les abonnés au Bouquet africain et d’offrir enfin la possibilité aux gens de découvrir le cinéma de Nollywood en français. 

Canal + Overseas a pris une participation majoritaire dans Thema, quels sont les enjeux de cet accord ?

F. T. : Pour nous, c’est un enjeu majeur de développement et de croissance qui porte principalement sur nos projets en Afrique. Nous sommes fiers et heureux de nous associer à Canal + Overseas dont les moyens et l’implantation internationale permettront d’accélérer la croissance de Thema dans le monde. C’est la concordance de nos objectifs qui a permis cet accord. Et cela va permettre le développement rapide de Thema.

Publié dans le numéro de DÉCEMBRE 2015 // JANVIER 2016



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