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Focus sur la compétitivité en Afrique subsaharienne - Entretien avec Elsie Kanza

Par Szymon Z. Jagiello le 16 Novembre 2016

Ex-conseillère économique de l’ancien président tanzanien, Jakaya Mrisho Kikwete, Elsie Kanza est une personnalité reconnue dans le paysage africain et figure souvent dans le top des classements, notamment ceux effectués par Forbes Afrique, des personnes les plus influentes du continent. Elle est aujourd’hui la Directrice du département Afrique du Forum économique mondial, lequel lance souvent des rapports importants sur l’évolution, les développements voire les défis de l’économie à travers le monde. Forbes Afrique s’est entretenu avec elle pour faire un petit état des lieux sur la compétitivité en Afrique dont une longue analyse a été publiée par son organisation durant le mois d’octobre.




Comment la compétitivité en Afrique a-t-elle évolué au cours des 10 à 15 dernières années ?

Elsie Kanza : L’Afrique a connu une croissance importante depuis le début de ce siècle avec une moyenne de 5%. Certaines régions, comme l’Afrique de l’Est ou australe, ont fait mieux que d’autres et des pays comme la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Rwanda, le Sénégal, voire la Tanzanie entre autres, ont contribué à alimenter cet essor économique. Mais, ce dernier n’a pas engendré automatiquement une augmentation de la compétitivité car les Etats africains restent majoritairement bien moins concurrentiels que leurs homologues américains, européens et asiatiques pour une certaine partie. Néanmoins, certains pays, bien qu’ils aient été situés à des niveaux bas, ont connu une progression impressionnante et sont devenus de plus en plus compétitifs durant ces dernières années, comme c’est le cas du Botswana ou de l’Ile Maurice.
 

Quels sont les éléments qui freinent le développement de la compétitivité en Afrique subsaharienne ?

E.K. : Les contextes divergent selon les régions et les pays. Toutefois, nous pouvons citer de manière générale 3 éléments qui sont la gouvernance ou les institutions publiques, les infrastructures et l’éducation. Pour le premier, beaucoup de nations n’ont pas encore mis en place des cadres réglementaires assez forts au niveau fiscal, du marché du travail pour le rendre plus efficace ou encore dans la création d’entreprises. Concernant le dernier élément mentionné, il vous faut, par exemple, plus au moins 4 heures pour créer une société au Rwanda alors que cela peut prendre jusqu’à 6 mois pour d’autres endroits, ce qui a un impact non négligeable sur la compétitivité du pays où les procédures administratives sont longues. Quant aux  infrastructures, qu’elles soient liées aux transports ou aux nouvelles technologies, elles ne sont pas encore assez développées bien que des progrès substantiels ont été effectués dans ces secteurs. Enfin, les dirigeants africains ont reconnu le fait que l’accès à l’éducation pour les jeunes est un droit fondamental et ils ont adopté des politiques qui permettent à un nombre grandissant d’adolescents de suivre un enseignement. Toutefois, la qualité de celui-ci est encore insuffisante pour un nombre important d’enfants, lesquels forment dans beaucoup de pays la couche la plus importante de la population. Cette réalité, qui est due à un manque d’infrastructure adéquat notamment, impactera aussi sur la compétitivité des nations du continent car les jeunes n’auront pas directement les aptitudes nécessaires pour faire face aux exigences du marché du travail actuel.

Beaucoup d’économistes pensent que l’intégration régionale est la clé pour la compétitivité future de l’Afrique. Partagez-vous leur opinion ?

E.K. : Je crois que c’est un élément supplémentaire qui contribuerait certainement à augmenter la compétitivité des Etats africains. Bien que cela évolue positivement, le continent manque, par exemple, encore d’infrastructures liées aux transports pouvant connecter les différentes contrées afin de leur permettre d’avoir des échanges avec des volumes conséquents. Néanmoins, ce manque de connexion interrégionale s’explique par un contexte spécifique à l’Afrique qui remonte à la période de la colonisation. En effet, depuis le siècle dernier, les voies routières, ferroviaires ou maritimes  se sont plus développées avec une logique d’exportation vers le marché international plus tôt que des échanges entre pays d’une sous-région africaine donnée. De plus, comme mentionné dans notre récent rapport portant sur l’état de la compétitivité globale, nous nous trouvons dans un contexte économique mondial particulier au sein duquel les marchés, y compris l’Afrique, sont de moins en moins ouverts, ce qui menace la compétitivité de manière générale et rend la tâche plus ardue aux dirigeants de mettre sur pied des cadres politiques tournés vers la croissance durable et inclusive.

Beaucoup de pays connaissent ce que l’on qualifie de 4ème révolution industrielle* dans laquelle les nouvelles technologies impacteront tous leurs domaines y compris l’efficacité de leur business et de leur compétitivité ? Avec vous des exemples de pays dans cette situation ?

E.K. : Pour répondre à votre question, il me semble pertinent de mentionner les deux conditions préalables qui permettent à un pays donné d’embrayer le pas vers une telle révolution. D’un côté, vous devez disposer d’une infrastructure technologique avancée vous permettant, par exemple, de développer une économie numérique. De l’autre, vous avez besoin de personnes disposant de connaissances adaptées telles que l’encodage. S’ajoute à cela, des éléments comme l’accessibilité parmi d’autres. Dans le contexte africain, tous les pays enregistrent un niveau assez bas si on se réfère à la qualité des connaissances et de l’infrastructure technologique. De ce fait, il faudra un certain temps avant qu’ils soient en mesure d’être compétitifs.  À l’heure actuelle, bien qu’il soit difficile de prédire s’ils pourront connaître cette 4ème révolution industrielle au cours de la période citée, l’Afrique du Sud et l’Ile Maurice sont certainement des pays à la pointe du développement technologique sur le continent. Mais, on pourrait aussi évoquer le Rwanda dont la capitale Kigali s’est récemment dotée d’une mobilité high-tech et où l’innovation technologique s’impose comme un secteur clé du développement de ce pays.

* La « 4ème révolution industrielle » est liée à la révolution du numérique dans laquelle le développement de domaines tels que la robotique, les biotechnologies, l’impression 3D, l’intelligence artificielle ou le big data vont transformer en profondeur l’architecture économique et sociale des pays à travers le monde.
 

Classement des 10 pays africains les plus compétitifs




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