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Fatima Beyina-Moussa, une dame de fer aux commandes d’ECAir

Par Mélina E.Ngisi le 16 Juin 2016

C’est elle qui a monté le dossier du projet de la compagnie aérienne congolaise ECAir avant d’en prendre la tête en 2011 : autant dire qu’Equatorial Congo Airlines, c’est son bébé. Aujourd’hui, Fatima Beyina-Moussa se démène pour faire en sorte que la compagnie congolaise vole au zénith dans le ciel africain, s’assurant une place d’acteur incontournable dans un secteur concurrentiel encore majoritairement dominé par les compagnies étrangères.



Lorsque je rencontre Fatima Beyina-Moussa pour la première fois en 2011, la jeune femme vient de rentrer dans son pays natal, le Congo, après un passage à Lagos au Nigeria.
Riche d’une belle expérience en Afrique et aux Etats-Unis où elle
a successivement œuvré comme auditrice au sein du cabinet Ernst & Young, chef de service à la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) et responsable de la coopération Sud- Sud au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), elle intègre alors le ministère des Finances, du Budget et du Portefeuille public.

En tant que conseillère à l’économie
et aux réformes, la trentenaire se
voit confier la restructuration des Assurances et réassurances du Congo (ARC), dont elle sera par la suite nommée administratrice générale. En quelques mois, elle réussit à redresser l’ARC, tout en préparant l’installation de la nouvelle direction générale. Parmi les autres dossiers dont cette fonceuse a la charge, « la mise en place d’une compagnie aérienne congolaise
à vocation internationale, ECAir », projet qui s’inscrit dans le cadre de la réhabilitation du parc aéroportuaire national et traduit la volonté des pouvoirs publics de doter le pays d’infrastructures modernes. Ayant porté ce projet à bout de bras, c’est donc naturellement qu’elle sera nommée à la tête de la jeune structure en 2011. 

« BIENVENUE CHEZ VOUS »

Cinq ans plus tard, je retrouve Fatima Beyina-Moussa au dernier étage de l’immeuble d’ECAir, en face de l’aéroport Maya-Maya de Brazzaville. En cinq ans, la jeune compagnie est parvenue à s’imposer face aux pachydermes internationaux autorisés à voler au Congo. Il faut dire qu’ECAir a déjà relevé plusieurs défis importants. Et pour cause : l’État congolais envisage de faire de Brazzaville un hub régional incontournable, à l’image de grandes plateformes aéroportuaires comme Casablanca, Nairobi, Addis-Abeba ou même Johannesburg. Pour cela, une ambitieuse politique de rénovation des transports et des infrastructures de base a été engagée. Neuf aéroports sont concernés, parmi lesquels celui de Maya-Maya et l’aéroport Agostinho-Neto de Pointe-Noire, la capitale économique du Congo. Rien qu’à Brazzaville, les travaux ont coûté près de 86 milliards de FCFA. Mais les efforts payent. Selon un classement publié en octobre 2015 par le site internet Sleeping in Airports, qui recense les votes et critiques de tous les voyageurs du monde, l’aéroport Maya-Mayaseclasserait6e meilleur aéroport d’Afrique, juste derrière ceux de Maurice et de Kigali.  Et ECAir n’est pas étrangère à ce bon résultat : le transporteur congolais
a en e et su s’imposer au niveau domestique pour les vols reliant Brazzaville à Pointe-Noire, ainsi qu’à la future zone économique spéciale d’Oyo via l’aéroport d’Ollombo.

 
Avec plusieurs liaisons directes au départ de Brazzaville, ECAir a gagné de la sympathie de nombreux voyageurs. Et pour que les Africains et la diaspora s’approprient totalement cette compagnie, Fatima Beyina-Moussa a fait d’ECAir un véritable ambassadeur de la culture congolaise : à bord des Boeings, l’équipage, vêtu de tenues sur mesure en pagne, incarne l’hospitalité africaine et s’adresse aux passagers
en français, anglais, lingala et kitouba (langues nationales congolaises).
« On veut vraiment que les passagers vivent “l’expérience ECAir’’, qu’ils se sentent chez eux. Ça se traduit par
le choix des plats servis à bord ou encore la sélection de musiques et de films africains proposés », explique
la DG. Une volonté résumée dans le slogan d’ECAir, « Bienvenue chez vous ». La compagnie nationale a également déployé ses ailes vers Dubaï et Beyrouth après avoir ouvert des liaisons pour relier l’Afrique centrale à l’Afrique de l’Ouest, en commençant par des destinations très prisées : Cotonou, Douala, Libreville, Bamako, Dakar. Ce succès, la directrice générale l’explique par le rapport qualité-prix qu’o re ECAir, mais également par un besoin croissant
de connexions intra-africaines de la part d’une classe moyenne de plus
en plus mobile. « Les passagers ont
du mal à se déplacer à l’intérieur
du continent. L’une des premières vocations d’ECAir est donc de faciliter le transport aérien de nos concitoyens à l’intérieur de la zone Afrique centrale, mais aussi de développer les destinations interrégionales et intercontinentales depuis l’aéroport de Brazzaville. »
 
 

AUX PORTES DES CIEUX AFRICAINS

La présidente sortante de l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) aborde le sujet avec passion. Choisie par ses pairs en 2014 pour diriger cette instance réunissant quarante- cinq compagnies aériennes africaines et une centaine d’organisations internationales, elle a bataillé un an durant, jusqu’aux instances de l’Union africaine, pour pousser à
la libéralisation du ciel africain et permettre une vraie circulation de
la flotte commerciale au sein d’un espace aérien unique, conformément
à ce que prévoyait la décision de Yamoussoukro, entérinée en 1999. Fatima Beyina-Moussa déplore que cette résolution ne soit pas appliquée malgré le gain escompté de 1 à 2 points du PIB pour les nations concernées. Elle rappelle que « cette situation ralentit la marche de l’Afrique vers l’émergence, et profite aux géants aériens non africains comme Turkish Airlines, Brussel Airlines ou encore Air France, qui réalise 20 % de parts de marché sur le trafic entre l’Afrique et l’Europe ». Aujourd’hui, il reste difficile de circuler en Afrique du fait des barrières douanières et commerciales. « Le prix du carburant, jusqu’à 20 % plus cher, représente 40 à 50 % des coûts d’opération des avions africains contre 30 % ailleurs dans le monde. Les nombreuses taxes aéroportuaires, les infrastructures insuffisantes, les problèmes liés à la sécurité, les taux d’accidents bien plus élevés que la moyenne mondiale, mais également la pauvreté des offres de transport, sont autant de freins au développement du secteur aérien africain. »
Dans ce contexte, les transporteurs africains doivent se montrer solidaires et travailler ensemble afin de « mutualiser leurs forces ». Cette union sacrée, Fatima Beyina-Moussa l’a appelée de ses vœux lors de la 47e assemblée générale de l’AFRAA en novembre dernier. Jusqu’ici, cette diplômée d’HEC Montréal, titulaire d’un MBA de l’université d’Ottawa et d’un DEA en économie internationale de Sciences-Po Paris, a réalisé un sans-faute. Qui plus est, en prenant la tête de l’AFRAA (Association des compagnies aériennes africaines),
qui constituait déjà une véritable reconnaissance par ses pairs, elle a
pu faire connaître son action. C’est ainsi que son nom a été cité dans plusieurs classements de dirigeants africains prometteurs, exemplaires ou innovants.
Après la liste des 100 Africains les plus influents de l’année 2015 établie par le célèbre groupe de presse IC Publications, Fatima Beyina-Moussa a été classée parmi les 100 Africains à avoir fait bouger le continent en 2015 (catégorie « stratèges ») par le magazine en ligne Financial Afrik. Seule Africaine identifiée par le Journal de l’Aviation comme l’une
des cinq personnalités ayant marqué le monde de l’aéronautique en 2015, cette dame de fer a également été nominée dans la catégorie du meilleur chef d’entreprise lors des Africa CEO Forum Awards 2015, aux côtés de géants de la trempe du Nigérian Aliko Dangote ou de l’Ivoirien Jean Kacou Diagou. Pour celle qui incarne désormais l’image de la réussite congolaise, « cette nomination est une reconnaissance des efforts consentis par la compagnie aérienne congolaise afin de créer des liens forts entre l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest ». 

UN SUCCÈS CONGOLAIS

Une nomination de bon augure pour ECAir, qui envisage l’ouverture prochaine d’une ligne Brazzaville- Abidjan. En attendant, l’Equatorial Congo Airlines garde le cap, fixée sur l’objectif de s’imposer comme
la compagnie de référence en
Afrique centrale. Après avoir réussi
à désenclaver le bassin du Congo
en reliant Brazzaville à Kinshasa, Douala, Libreville et bientôt Yaoundé et Bangui, la DG reste fidèle à la vision qui a présidé à la création d’ECAir. Cinq ans après sa naissance, la prometteuse ECAir peut déjà s’enorgueillir des bons résultats affichés avec plus d’un million et
demi de passagers transportés,
une flotte se composant de sept avions, et une desserte de douze destinations nationales, régionales, et internationales. Aujourd’hui, le chi re d’a aires de la jeune compagnie,
qui a par ailleurs permis la création de quelque 700 emplois, atteint quasiment 30 milliards de FCFA (environ 46 millions d’euros), soit
une augmentation de près de 50 % par rapport à 2013. Au-dessus, c’est le soleil !
 
 Publié en mai 2016
 
 
 
 



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