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Entrepreneuriat : les Congolais de la diaspora à l’assaut de leur pays (compte-rendu)

Par Harley Kenguéléwa le 3 Juin 2016

La 3e édition des « Rencontres des entrepreneurs et professionnels congolais » a été une opportunité pour la diaspora de recueillir des conseils et des recommandations, et de s’imprégner des meilleures pratiques en matière d’entrepreneuriat.



Porteurs de projet et professionnels se sont réunis le 4 mai 2016 à la Plaine Coworking située à Aubervilliers, au nord-est de Paris. Originaires pour la plupart des deux rives du fleuve Congo, ils souhaitent entreprendre dans quasiment tous les secteurs porteurs de l’économie tels que l’agriculture, l’industrie, le BTP ou les nouvelles technologies.
 
Prenant la parole devant un auditoire diversifié, Davy Kalia, fondateur de Hubtalents, est parti du constat que les Congolais de la diaspora ne savent pas comment formaliser leurs idées de création, trouver des financements, identifier les contacts-clés et trouver des partenaires locaux. D'où l'idée de mettre en place cette plateforme de rencontre, dont il est l'initiateur, afin que les entrepreneurs puissent s’entretenir avec des acteurs impliqués dans tout le processus de financement, depuis le montage du dossier jusqu’à la concrétisation du projet, une fois de retour au pays.

Tout est possible en Afrique

Tout d’abord, le public a assisté à la projection d’un film basé sur le témoignage d’entrepreneurs travaillant dans les secteurs de l’automobile, du marketing, de la restauration et des centres d’appel. Ce documentaire a mis en exergue des patrons de tous âges, présentant des profils variés – autodidacte, diplômé, expérimenté – qui ont su, malgré leur parcours parfois difficile et semé d’embuches, porter leur société vers les sommets, ce qui a amené à conforter l’argument selon lequel « tout est possible » en Afrique, particulièrement en République démocratique du Congo et au Congo-Brazzaville, à condition d’y mettre de l’enthousiasme et de faire preuve d’audace, de persévérance, de discipline et de rigueur.

Innover : pas si simple…

Le thème de l'innovation a également occupé une bonne part des échanges entre les intervenants. Une occasion de prendre conscience des perspectives de croissance en Afrique en matière de technologie.
 
« Les produits innovants sont souvent les plus difficiles à vendre », tempère Cathy Bariol, directrice des opérations de Tymora, une société spécialisée dans le financement de l’innovation.
 
Autrement dit, la difficulté réside dans le fait qu’il faille changer les habitudes des consommateurs et que le processus de commercialisation du concept innovant peut s’avérer plus long que prévu, selon ses dires. De ce fait, elle a proposé aux professionnels désireux d’étendre le périmètre de leurs activités aux deux Congo, de les accompagner dans l’étude de faisabilité de leur projet, pouvant se concrétiser par une aide substantielle de l'Etat, sous réserve que leur entreprise soit éligible aux dispositifs fiscaux en France et à l’échelon de l’Union européenne.

De l’importance de la viabilité économique d’un projet

Pour sa part, Auguste Malanda, gérant d’Yvalanda, une société d’intermédiation financière, a constaté qu’il existe des milliers de PME au Congo-Brazzaville, dont une grande majorité se verrait systématiquement refuser l'accès au crédit tant qu’elles continueraient à exercer dans le secteur informel.
 
Même son de cloche, dans une intervention très remarquée, pour Régis Matondo, chargé d’affaires à Aries Investissements, une société basée à Brazzaville dont l’activité est axée autour du conseil stratégique et financier. Ce dernier a marqué les esprits en décrivant sans langue de bois le parcours des aspirants patrons : « beaucoup d’entrepreneurs se plaignent des banques qui ne prêtent pas d’argent, mais ne sont pas capables de leur donner la moindre information indiquant la viabilité économique de leur projet ». Et, tempérant son propos : « à Brazzaville, aucun organisme n’est en mesure de fournir des données statistiques permettant de réaliser des études de marché ».
 
C’est  d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Aries Investissements s’est donné pour vocation d’accompagner les porteurs d’affaires congolais dans tous les aspects managériaux de leur projet, afin de les aider à obtenir des financements.
 
Régis Matondo a également déploré le 176e rang occupé par le Congo-Brazzaville, sur 189 économies, dans le rapport Doing Business 2016 édité par la Banque Mondiale. Un mauvais classement qu’il impute en partie à un cadre législatif peu propice aux investisseurs locaux et internationaux, pourtant essentiels dans le financement des entreprises. Ainsi, seuls les pays d’Afrique anglophone ont su créer un environnement réglementaire et fiscal favorable aux fonds d’investissement.

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Selon lui, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Sénégal semblent prendre la même direction dans la sphère francophone. Enfin, il a vivement recommandé à la diaspora qui envisage de s’implanter à Brazzaville de cibler également les 17 millions de consommateurs potentiels de Kinshasa, une ville où la demande en biens et services est en progression constante.

Des opportunités entrepreneuriales « à chaque coin de rue »

Pauline Boutroy, quant à elle, a mis en évidence les opportunités entrepreneuriales offertes à « chaque coin de rue » lors de son passage à Abidjan, en Côte d’Ivoire, ce qui l’avait d’ailleurs conduit à créer Madeleo, une société proposant des solutions stratégiques aux entreprises qui veulent poursuivre leur développement à l’international, notamment sur le continent africain. Elle n’a pas hésité à transposer ce constat aux réalités économiques congolaises.

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Une autre oratrice, Aminata Karamoko,  a rappelé aux participants que Bond’Innov, une structure d’accompagnement implantée en Seine-Saint-Denis, est en mesure de faire éclore des projets innovants portés par des entrepreneurs congolais qui auront choisi d’incuber leur idée en France plutôt que dans leur pays d’origine, en raison d’une facilité plus grande d'accès aux sources de financement dans l'Hexagone.
 
La soirée s'est clôturée par une séance de pitch de 3 minutes, à laquelle ont pris part Noémie N'Kodia, à l’initiative du projet E-Wax Industrie, une plateforme commerciale et industrielle spécialisée dans la vente de vêtements, et Soleil Kiangudi, gérant de Talaris France, un spécialiste du transport maritime et aérien à destination du RD Congo et du Congo-Brazzaville. Tous deux ont tenté de convaincre des professionnels présents dans la salle de la faisabilité de leur projet.  
 
 
 
 
 


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